Quand Napoléon Bonaparte découvrit l’Islam.

« Il n’y a pas d’autre dieu que dieu, et Mahomet est son prophète ». Ces mots sont ceux que Napoléon Bonaparte, alors simple militaire, adresse au Sultan du Maroc. Mais de cela, il ne s’agit que des dires que rapportent certains historiens. Cette anecdote du récit biographique de Napoléon Bonaparte fait rêver. Certains ajoutent même que l’empereur se serait converti à l’islam car, en tant qu’enfant descendant de l’esprit des Lumières, il s’ouvre au monde et plus particulièrement à l’Orient. Mais comment imaginer que Napoléon Ier, Empereur de France, pays au passé catholique, et père du concordat se serait converti à l’islam sans qu’aucune trace, ni récit ne soit présent ?

En réalité, la relation entre Napoléon Bonaparte et l’islam reste floue et inconnue, chacun y allant de sa thèse pour mettre en avant telle ou telle vision de l’Histoire.

La campagne d’Egypte et la découverte de l’Islam

La découverte de la religion musulmane par Napoléon Ier remonte à la campagne d’Egypte en 1798.

Napoléon Bonaparte intervient en Egypte et y mène campagne. Pendant longtemps, les objectifs de la mission restent secrets, essentiellement pour gêner les britanniques qui utilisent l’Egypte comme territoire stratège concernant la route des Indes Orientales. Le Directoire se refuse à attaquer de manière directe la puissance Britannique et son Empire, et préfèrent mener des affronts hors des frontières de l’île.

Lors de sa route vers l’Egypte, Napoléon et son armée font escale à Malte. Mais le grand maitre de l’ordre de Malte, Ferdinand von Hompesch zu Bolheim, refuse d’accueillir l’armée française pour une période limitée. Ce refus ne peut être entendu par Bonaparte, qui décide en retour de prendre militairement l’île. La prise de Malte sur la route de l’Egypte est avant tout stratégique, l’île servant à repousser les Anglais qui naviguent à proximité.

En quittant l’île, les troupes françaises prennent la décision de remettre en liberté certains prisonniers des bagnes Maltais. La décision est symbolique, et les forces françaises espèrent avoir en retour, le soutien des populations musulmanes avant de conquérir l’Egypte, elle-même terre musulmane.

Une dizaine de jour après leur départ de Malte, les troupes accompagnant Bonaparte débarquent en Egypte et plus précisément à Alexandrie. Mais avant cela Napoléon Bonaparte s’adresse haut et fort à son armée pour la prévenir et assurer un respect mutuel avec les peuples présents sur place. Les historiens rapportent la proclamation suivante prononcée par le général, mais les traces écrites étant rares, seuls les dires peuvent être pris en compte.

« Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans […] Ne les contredites pas ; agissez avec eux comme vous avez agi avec les Juifs, avec les Italiens ; ayez des égards pour leurs muphtis et pour leurs imams, comme vous en avez eu pour les rabbins et les évêques. […] Les légions romaines protégeaient toutes les religions. […] Les peuples chez lesquels nous allons, traitent les femmes différemment que nous ; mais dans tous les pays celui qui viole est un monstre. [… ]. La première ville que nous allons rencontrer a été bâtie par Alexandre. »

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« La Prière au Caire (1865) – Jean-Léon Gérome »

C’est là que les premières traces de l’Islam apparaissent dans la vie de Napoléon Bonaparte. La ville d’Alexandrie a prévu de résister et le général, muni de trois colonnes de soldats, décide de prendre d’assaut la ville. L’armée égyptienne capitule et les français deviennent maitre de la cité. Le 1er juillet 1798, Bonaparte s’exprime auprès des citoyens musulmans d’Alexandrie. Malgré l’insistance des historiens et académiciens sur ses propos, la traçabilité au sein des archives n’est guère facile à exploiter.

« Depuis trop longtemps les beys qui gouvernent l’Égypte insultent la nation française […]. Peuple de l’Égypte, on vous dira que je viens pour détruire votre religion, ne le croyez pas ; répondez que je viens vous restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte Dieu, son prophète et le Coran plus que les Mameloucks. […]. Si l’Égypte est leur ferme, qu’ils montrent le bail que Dieu leur en a fait… Cadis, cheiks, imans, tchorbadjis, dites au peuple que nous sommes aussi de vrais musulmans. N’est-ce pas nous qui avons détruit les chevaliers de Malte ? N’est-ce pas nous qui avons détruit le pape qui disait qu’il fallait faire la guerre aux musulmans ? N’est-ce pas nous qui avons été dans tous les temps les amis du Grand-Seigneur et les ennemis de ses ennemis ? Trois fois heureux ceux qui seront avec nous ! […]. Mais malheur, trois fois malheur à ceux qui s’armeront pour les Mameloucks et qui combattent contre nous ! Il n’y aura pas d’espérance pour eux, ils périront. »

Dans cette expédition, Napoléon Bonaparte cherche à utiliser l’Islam pour obtenir le soutien des populations musulmanes. La libération du joug des Mameloucks est un prétexte, mais le soutien de la population musulmane est majeur car cela légitime l’action française en Egypte et limite les tentatives de soulèvement.

L’impact de l’Islam dans la vie de Bonaparte

Beaucoup de mythes, rumeurs ou encore fausses informations sur éventuelle conversion à l’Islam de Napoléon Bonaparte circulent sur internet.

Napoléon Bonaparte aurait réfléchi longuement à se convertir lui-même, mais également à convertir son armée à l’islam, selon les récits du XVIIIème siècle. Pour le futur empereur, les religions dans leurs ensembles ont plutôt un côté pratique ; celui de pouvoir dominer les populations. En France, le catholicisme permet d’asseoir la domination sur une partie du peuple, très croyants à cette époque. Ce qui est certain, c’est que l’islam tient une place importante dans sa vie et cela pas uniquement durant la campagne d’Egypte, mais également par la suite.

Comme le rapporte André Castelot dans son ouvrage Bonaparte, le général Napoléon Bonaparte admire Mahomet prophète de la religion musulmane, « La supériorité de Mahomet est d’avoir fondé une religion en se passant de l’enfer ». Napoléon admire l’islam en partie car il est un enfant des Lumières, ce courant de pensée philosophique qui est en faveur d’une ouverture de l’esprit. Il a également un fort intérêt sur la découverte de l’Orient, et l’islam est une foi qui convient à Napoléon Bonaparte. Durant son exil sur l’île de Sainte-Hélène, il continue de parler de l’islam. Même si l’islam reste présent dans sa vie de manière culturelle, contextualiser sa relation à celui-ci demeure très difficile, freinant ainsi une partie de l’Histoire.

Bien que Napoléon Bonaparte n’ait jamais embrassé l’islam à proprement parler, c’est plutôt le côté philosophique de cette religion qui l’attire. L’utilisation de cette foi par Bonaparte lui servit essentiellement à se mettre en accord avec les populations locales qui aurait pu voir d’un mauvais œil la venue d’étrangers sur leurs sols.

Pour autant, en n’étant ni pratiquant, ni converti Napoléon Bonaparte une fois en exil sur l’île de Sainte-Hélène repensera à l’islam assez fréquemment, allant même jusqu’à dire « La religion de Mahomet est la plus belle des religions » comme le rapportera dans l’émission 28 minutes de la chaine Arte, le journaliste et historien français Xavier Mauduit.

Les fantasmes autour de ce mythe restent nombreux mais une chose demeure réelle : Bonaparte fut jusqu’à sa mort un admirateur de l’islam et de Mahomet son prophète.

 

Renart Hugo