Néfertiti et Akhenaton : couple subversif de l’Egypte Antique.

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  (« Portrait de famille Amarna » par Arden Ellen Nixon)

 Dans l’imaginaire collectif sont souvent encrés les momies, les divinités, les pyramides et leurs passages secrets, les trésors enfouis… Quelques originaux pourront même penser au conflit de Suez, ou encore à cette célèbre photographie où Louis Armstrong joue de la trompette aux pieds des pyramides de Gizeh.

 On se laisse, en effet, facilement emporter par toute la symbolique et la culture de l’Egypte Antique. Une aire si lointaine (-3100 av-jc / -30 av-jc) qu’elle nous paraît mystérieuse voire mystique.

 Pourtant, même si des milliers d’années nous séparent, de grands pharaons pourraient s’inscrire dans nos combats contemporains. En effet, si le combat pour l’égalité hommes/femmes eut, dans ses rangs, le tandem Simone de Beauvoir et J.P Sartre, l’Egypte Antique, elle, eut en quelque sorte Néfertiti et Akhenaton (Amenhotep IV).

Bouleversement des représentations traditionnelles

 Il était coutume, dans les représentations de pharaons, de représenter l’épouse royale plus petite que son mari. Le premier pharaon à avoir rompu cette tradition n’est autre que le père d’Akhenaton, Amenhotep III. En effet, ce dernier avait fait construire une représentation de sa femme Tiyi et lui, où ils avaient tous deux les mêmes proportions. On pourrait donc imaginer qu’Akhenaton n’a fait que suivre les pas de son père. Mais en réalité, il ira beaucoup plus loin que lui dans l’affirmation d’une égalité avec sa femme.

Au Neues Museum de Berlin, une stèle nous renseigne sur leur relation. Précisément, Néfertiti est représentée face à face avec Akhenaton, à la même hauteur, ayant un trône sophistiqué…

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 (Photographe : Rena Effendi)

autant d’éléments qui marquent leur pied d’égalité. Akhenaton se fera même représenter sous des traits féminisés voire androgynes, avec des seins par exemple, comme pour fondre les différences qui les séparent et affirmer qu’ils ne font qu’un. Sur la stèle, la similitude de leurs traits n’a d’ailleurs pas échappé aux spécialistes qui l’ont étudiée.

Partenaires politiques et spirituels

 Il n’est, certes, pas aisé de mesurer clairement le rôle de Néfertiti auprès de son mari. Néanmoins, les représentations du couple semblent correspondre à la réalité, notamment parce qu’Akhenaton consacra officiellement le pouvoir politique de sa femme par un édit qui l’unit aux prérogatives du trône.

 Tous deux règnent main dans la main. Ils sont même, selon certains historiens, les créateurs du premier vrai monothéisme de notre histoire. Du jour au lendemain, ils détruisent le culte d’Amon et le polythéisme dont il fait partie. Ils développent le culte du dieu Aton, dont ils sont les deux seuls intermédiaires ; leur pouvoir devient alors incontestable. Dans cette création, les suspicions d’intérêts politiques sont légitimes notamment puisqu’à cette époque à Thèbes, où ils habitent, le clergé d’Amon était tellement riche et puissant qu’il constituait un véritable contrepouvoir et même une possible menace pour leur règne.

 Mais ils ne s’arrêtent pas là. Aussi ambitieux l’un que l’autre, ils décident encore une fois d’unir leur force pour repousser les limites. Sûrement pour enraciner encore plus fermement leur pouvoir, ils décident de quitter Thèbes et de construire leur propre ville en plein désert. La ville qu’ils construiront s’appellera Amarna.

Mode de vie et intimité  

 A Amarna, Néfertiti révolutionne la façon dont les épouses royales se présentent au public. Elle se permet le port des vêtements fins qui laissent entrevoir ses formes et porte même des bijoux de pharaons.

 Enfin, même si Amenhotep III, père d’Akhenaton avait ouvert le bal avec des représentations plus égalitaires, il n’en avait pas moins un harem. Akhenaton lui, ne semble avoir eu ni adultère, ni harem. Il témoigna d’une considération importante pour sa femme ; femme qu’il mit en avant comme sa seule et unique partenaire jusqu’à sa mort.

Sandrine Messaoudene