Qu’est devenue l’Atlantide ?

     Depuis Platon au IVe siècle avant Jésus Christ, l’Atlantide déchaîne les passions et forme une des plus grandes énigmes de la planète. Qu’est devenue l’Atlantide ? Que lui est-il réellement arrivé ? Deux hypothèses émergent quant à son origine : soit le continent n’est qu’un mythe, une création par son auteur à but philosophique, soit le continent a vraiment existé et a disparu dans les abysses conformément au récit. De manière plus générale, cet article s’intéresse à ce conte relayé depuis Platon et aux recherches qui s’ensuivirent tout en essayant de comprendre pourquoi cette histoire a tant fasciné l’Humain.

Une contrée mystérieuse

        Si le continent porte le nom de son roi Atlas (et non pas le Titan portant la Terre sur son dos) signifiant celui qui porte le monde, c’est parce que le monde entier pouvait être trouvé sur cette île. Outre des détails exceptionnels relatifs à la faune (on trouvait sur l’île des éléphants), la flore et la géologie, les récits du Timée et du Critias font l’état de la puissance militaire et de l’extrême richesse des dix royaumes de l’Atlantide (gouvernés par les dix fils d’Atlas) fédérés par une grande capitale pleine de canaux située au pied d’une montagne sacrée. Plus grande que l’Asie et la Lybie réunies et située derrière les colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar), les Atlantes, demi-dieux issus de Poséidon et de l’indigène Clitô, ont agrandi leur empire jusqu’en Italie et en Egypte. Vaincus par Athènes, Zeus les frappe de tremblements de terre occasionnant des inondations pour punir les Atlantes de leur décadence et de leur « hybris » : en un jour et une nuit, l’Atlantide disparaît avec ses secrets sous l’océan environ 9700 avant notre ère.

À la recherche du continent

       Redécouvertes à la Renaissance, les œuvres de Platon ont déchaîné les passions et beaucoup de recherches ont été entreprises pour retrouver l’île immergée. Une grande divergence d’opinions émerge alors : la première soutient que l’Atlantide n’est qu’une allégorie enseignant que « l’hybris » est un péché qui est sévèrement réprimé, la seconde préfère s’intéresser à l’Atlantide en profondeur pour essayer de découvrir un réel continent. Ceux qui croient à l’existence de l’Atlantide ont cependant heurté des problèmes historiques, archéologiques ou géologiques. Plusieurs hypothèses ont été émises quant à la localisation de l’île, parfois contredisant la localisation platonicienne : certaines regardent les civilisations mésoaméricaines comme étant les descendantes des Atlantes, parfois c’est Malte et ses sites datant du Néolithique qui est pointée du doigt, comme les îles Canaries pour sa localisation. Mais l’île de Santorin dans la mer Égée est une des candidates les plus sérieuses du fait de son éruption qui aurait plongé la majorité de l’île sous la mer et aurait éteint la civilisation minoenne. Cette civilisation est connue pour avoir vénéré les taureaux (un culte très ancien en réalité venu du Moyen-Orient) comme les Atlantes. L’expansion coloniale atlante serait liée alors aux invasions conduites par les peuples de la mer lors de la chute de l’âge de bronze (du XIIIe au Xe siècle avant notre ère) qui détruisirent les côtes égyptiennes. Cependant, certains détails cités par Platon semblent manquer. En 2005, devant tant de questionnements, la conférence de Milos a mis en place 24 critères permettant d’identifier l’Atlantide.

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La civilisation minoenne (-2600 – -1100) de Crète et Santorin aurait servi d’inspiration à la civilisation atlante

 

Un mythe très répandu dans le monde

       Le mythe de l’Atlantide n’est pas le seul à avoir laissé une trace indélébile. S’il est aussi connu en Occident, c’est grâce à sa réutilisation dans les arts. Effectivement, d’autres mythes de brillantes civilisations submergées existent dans d’autres parties du globe, on pourrait aborder le mythe tamoul du Kumari Nadu et celui de Mu dans le Pacifique. Dans le Irayanar akkaporul écrit après le Ve s. de notre ère, on y fait état de trois riches cités d’art fondées par la dynastie tamoule des Pandya (-IIIe s. – XVe s.) gouvernées par les dieux qui furent englouties par l’océan. Ces cités, situées au sud de l’extrême sud de l’Inde, étaient construites sur un territoire immense rassemblant des terres de cocotiers, manguiers, de collines, de palmiers, de sable et côtières au nombre de sept chacune. La raison de la fin du Kumari Nadu est inconnue, toujours est-il que les nationalistes tamouls situent le berceau de leur civilisation sur ce continent.

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Les temples côtiers sont souvent considérés comme étant les restes du Kumari Nadu, cependant ils ont été construits bien après

       Le troisième mythe peu connu est celui de Mu, d’où vient Tao dans Les mystérieuses cités d’or. Contrairement aux deux autres, ce mythe a été vraisemblablement inventé au cours du XIXe siècle après une traduction (aujourd’hui controversée) d’un texte maya mettant en exergue un continent, Mu, anciennement puissant, ayant été submergé. Les derniers représentants de la civilisation se seraient réfugiés chez les Mayas après la catastrophe. Aujourd’hui encore, certains identifient des vestiges comme les restes de Mu comme les statues de l’île de Pâques, le monument immergé de Yonaguni au Japon, la cité abandonnée de Nan-Madol sur l’île de Pohnpei (Micronésie) voire la culture Lapita (-XIVe s. – –VIe s.). Ce mythe, apparemment corroboré par les récits des peuples polynésiens comme le mythe de Hotu Matu’a, premier roi de Rapa Nui qui cherchait une nouvelle terre pour son peuple de l’île de Hiva (identifié avec les îles Marquises), menacé par la violence des hommes et de la nature déchaînée.

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Les moaïs de l’île de Pâques sont, selon certains, les vestiges de Mu

      Passionnant beaucoup de monde, le mythe d’une civilisation florissante détruite par les dieux semble répandu et enseigne aux Hommes que la décadence d’une société est toujours punie par un châtiment divin. Tant l’Atlantide que le Kumari Nadu ou Mu, à défaut d’avoir peut-être réellement existés, sont une leçon de morale contre les péchés humains qui mènent à la perte de ceux-ci comme le disait Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris : « Tempus edax, homo edacior » (le temps est destructeur, l’Homme l’est plus encore). Seuls les océans peuvent nous livrer les secrets de ces continents perdus.

 

Augustin-Théodore Debsi-Pinel de la Rôte Morel