Disney, l’industrie du conte de fées.

Walt Disney avait-il prévu, ou même imaginé, l’ampleur que prendrait sa société lorsqu’il l’a créée en 1923 ?

                  Walt Disney est né le 5 décembre 1901 dans une famille de cinq enfants. Il passe son enfance à dessiner et son adolescence à faire des petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille. Plus tard, en 1922, il crée sa propre agence de dessins animés, la Laugh-o-Grams Films. Sa société réalise des dessins animés inspirés de certains contes qu’il reprendra des années plus tard, tels que Cendrillon. Son entreprise fait faillite un an plus tard et Walt rejoint son frère Roy à Los Angeles. Roy, vétéran de la Première Guerre Mondiale et blessé de guerre, reçoit une compensation financière qui permet aux frères Disney de vivre à Los Angeles et de créer ensemble le Disney Brothers Studio en 1923, rebaptisé le Walt Disney Studio en 1926.

            La jeunesse de Walt Disney est compliquée dans la mesure où dessiner semble être sa vocation mais son talent lui vaut d’être confronté à la malhonnêteté de ses aînés. Ainsi, il se retrouve spolié de son personnage Oswald le lapin chanceux, étonnement ressemblant à son futur Mickey… En effet, sa célèbre souris s’inspire de figures emblématiques de l’époque qui ont fait partie des premiers dessins animés tels que Félix le chat, dessiné par Otto Messmer, et Oswald le lapin chanceux. Bien qu’étant le créateur d’Oswald, Disney n’en détenait pas les droits qui appartenaient au groupe Universal Studio. En 1928, le groupe décide de retirer la production du dessin animé à Disney. C’est à ce moment-là que naît Mickey Mouse que Walt Disney considère comme son alter-ego au point d’en faire lui-même le doublage vocal jusqu’en 1946. Mickey naît d’abord muet mais une fois la voix de Disney prêtée, lui et son frère trouvent inutile de continuer à faire des films muets. Il lance la création de leur premier dessin animé parlant, Steamboat Willie en 1928. Minnie et d’autres personnages célèbres comme Patibulaire et Pluto voient alors le jour.

       Blanche-Neige et les Sept Nains sort à l’été 1937 alors que les studios Disney manquent d’argent. Même la standing ovation à la fin de la représentation ne suffit pas à renflouer les caisses et Disney doit revoir toute sa stratégie commerciale. A cette fin, il prévoit une réédition de ses films tous les sept ans aux Etats-Unis et c’est ainsi que Banche-Neige ressort en 1944. Pour générer de l’argent, Disney imagine des courts-métrages, moins onéreux que des longs-métrages et dont l’impact est resté marquant, à l’image de Saludos Amigos (1942) et de sa suite Les Trois Caballeros (1945).

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Les Trois Caballeros, court-métrage resté classique dans l’univers Disney.

               C’est dans cette stratégie commerciale où Disney cherche à gagner de l’argent et à augmenter l’impact de sa renommée que s’insère l’ouverture du premier parc à thèmes de l’histoire : le parc Disneyland en 1955 en Californie. Disney disait lui-même qu’il voulait créer un endroit qui émerveillerait petits et grands et dans lequel tout le monde pourrait s’amuser. Avec ce parc, Walt Disney est à la tête d’un véritable empire qui ne va faire que prospérer. Le deuxième parc américain voit le jour en 1971 en Floride. L’extension de l’empire Disney se fait ensuite en Europe, notamment grâce à une politique commerciale capitaliste ouverte. A Paris, le parc Disney ouvre en 1992 alors qu’il faut attendre les années 2000 pour les parcs asiatiques. En effet, les économies asiatiques, notamment celle chinoise, ont longtemps été repliées sur elles-mêmes. En 1978, quand se fait l’ouverture économique de la Chine, il faut encore attendre que Disney gagne le cœur des habitants. En effet, après les bombes atomiques lancées sur le Japon en 1945, la Guerre du Vietnam (1955-1975), les dictatures communistes comme celles des Khmers rouges au Cambodge de 1975 à 1979 et celle de Mao en Chine de 1949 à 1976, un très fort sentiment anti-américain est présent en Asie du sud-ouest. Il faut ainsi attendre 2000 pour que le Japon se dote d’un parc aux environs de Tokyo. La Chine en érige deux, un à Hong Kong en 2005 et un à Shanghai en 2016. Aujourd’hui les parcs Disney sont devenus des symboles de la culture américaine.

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Le parc de Californie avec une statue de Walt Disney avec son Mickey et derrière le traditionnel château du parc.

          Walt Disney décède en 1966 d’un cancer du poumon. Son frère Roy reprend l’entreprise avant de mourir à son tour en 1971. Bien que Disney entre à la bourse de New York en 1967, l’entreprise ne parvient pas à remonter la pente avant les années 80, sous la direction de Michael Eisner qui reste PDG de l’entreprise de 1984 à 2005. Une fois les années 80 arrivées, rien ne semble plus pouvoir arrêter les studios Disney. Presque tous les deux ans, les studios produisent un dessin animé et en 1983 est créée la chaine de télévision Disney Channel qui permet à l’entreprise de s’imposer à la fois sur grand et petit écran. On remarque aujourd’hui que les « classiques » (les dessins animés sortis dans les années 50 et 60) sont aussi connus que les plus récents. Les studios Disney racontent toutes sortes d’histoires : tantôt ils vont chercher dans les contes européens (chez Andersen, chez Perrault, chez les frères Grimm) ou dans les romans et pièces de théâtre (à l’image d’Hamlet de Shakespeare qui a donné Le Roi Lion, du Livre de la Jungle de Kippling, d’Alice au pays des merveilles de Caroll), tantôt dans la mythologie et les mythes civilisationnels (Hercule, Merlin l’Enchanteur, Vaiana : La Légende du bout du monde). Ils s’inspirent aussi de destins historiques (Mulan, Pocahontas, Robin des Bois).

             Les longs métrages mêlent des contes classiques de plusieurs nationalités avec des thèmes d’actualité ou de société. Pinocchio et Dumbo traitent tous les deux de la maltraitance des enfants, Aladdin et La Belle et la Bête présentent des héroïnes indépendantes : la première veut briser les codes de son royaume et se dresse contre les hommes de son entourage, la deuxième monte à cheval à califourchon et fait preuve d’ouverture d’esprit par ses lectures. De même, depuis les années 90, les studios Disney n’hésitent pas à aller chercher dans des contes inconnus du monde occidental à l’image de l’histoire de Mulan mais aussi dans les contes polynésiens comme pour Vaiana : La Légende du bout du monde. Au-delà du fait d’être pleins de bons sentiments, les dessins animés des studios Disney permettent de vulgariser des concepts philosophiques et de les rendre plus palpables et compréhensibles par le grand public. Le Livre de la Jungle nous explique à l’instar d’Epicure qu’il « en faut peu pour être heureux », La Belle et la Bête nous apprend à ne pas nous fier aux apparences, Les 101 Dalmatiens posent des questions d’éthiques animales, etc.  

       Depuis une vingtaine d’années, l’entreprise Disney rachète d’autres studios : Miramax acheté aux frères Weinstein en 1993 puis revendu en 2010 ; Pixar en 2006 pour 7,4 milliards de dollars ; Marvel Entertainment en 2009 et Lucasfilm en 2012. En récupérant ces studios, Disney peut ainsi exploiter les licences et vendre non seulement de nombreux produits dérivés mais aussi produire des films à l’image de la quatrième trilogie Star Wars. En décembre 2017, Disney annonce vouloir racheter la 21st Century Fox, la maison mère de la célèbre 20th Century Fox qui a entre autres produit Titanic et Avatar, deux des plus grands films de James Cameron, tous les deux au top du box-office du studio.

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Montage satirique des rachats des studios Disney.

        Derrière le nom de Disney se cachent de nombreux films que le studio a produits tels que les Pirates des Caraïbes, Le Monde de Narnia, les Benjamin Gates, le Monde Fantastique d’Oz et bien sûr, tous les nouveaux « Disney Live ». Ces derniers donnent une deuxième vie à des contes déjà sortis au cinéma cinquante ans plus tôt, mais cette fois-ci avec des prises de vues réelles et des acteurs pour incarner les personnages. Depuis 2010, Disney a ainsi produit un nouveau Alice au pays des merveilles réalisé par Tim Burton, puis Maléfique qui reprend le conte de La Belle au Bois Dormant du point de vue de la sorcière noire, et Cendrillon, La Belle et la Bête, Le Livre de la Jungle, etc. La programmation ne s’arrête pas là, et rien que sur 2019, Disney prévoit la sortie de 3 Disney Live : Dumbo, Aladdin et Le Roi Lion. La recette est parfaite : un enfant peut aller voir les Disney Live et les adultes retrouvent la saveur de leur jeunesse avec les effets spéciaux d’aujourd’hui.

          Cette folie Disney perdure et chaque génération a ses héros et ses princesses. Disney ne cesse de se renouveler : de nouvelles figures et de nouvelles histoires pour les plus jeunes tandis que le studio reprend les anciennes formules grâce aux Disney Live. En 2019, Disney souhaite se refaire une place dans les foyers et sur le petit écran puisque l’entreprise envisage de concurrencer la plateforme de streaming Netflix en lançant la sienne propre.

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       Aujourd’hui, les produits dérivés Disney ainsi que les parcs d’attraction sont un business à part entière. Les parcs sont présents sur trois continents et assurent une recette d’envergure internationale. Aujourd’hui, Disney a un chiffre d’affaires de 55,6 milliards de dollars (2016) et une place enviée en bourse. Le 27 septembre 2018, l’entreprise avait la quatrième variation la plus importante à la Bourse de New York, derrière Nike mais devant Mc Donald’s.

 

Ludivine PASCUAL