Jair Bolsonaro, une ascension fulgurante symbole d’un pays brésilien en pleine fracture.

Elections présidentielles Brésiliennes : Le candidat d’extrême droite a récolté 46% des voix au 1er tour sur fond de crise d’insécurité et de corruption.

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Jair Bolsonaro durant sa campagne avec ses sympathisants. (Franceinfo)

Vue D’Occident, l’émergence du membre du parti social libéral brésilien (PSL) semble irréaliste voire impossible. Misogyne, raciste, homophobe, réactionnaire… Tels sont les qualificatifs employés pour désigner l’homme de 63 ans et ancien militaire. Comment ce député fédéral depuis 1991, sans véritable poids politique dans le paysage brésilien, a-t-il pu rallier autant d’électeurs dans son combat contre la gauche ? Retour sur son parcours et les raisons de sa percée.

Né de parents dentistes, il poursuit des études à la Escola Preparatória de Cadetes do Exército. Il est ensuite formé à l’Académie militaire d’Agulhas Negras — la principale école militaire du pays — dont il sort diplômé en 1977, pendant la dictature militaire. Servant d’abord comme soldat, il s’élève jusqu’au grade de capitaine d’artillerie de l’armée de terre, période durant laquelle il critique le faible budget alloué à l’armée. C’est en 1988 que son engagement politique prend véritablement racine. Il s’engage avec le parti démocrate chrétien en tant que conseiller municipal de la ville de Rio. Durant les années 90, il continue ses missions de député et s’engage dans divers partis centristes ou de droite (parti progressiste réformateur, parti social-chrétien, ndlr.) Néanmoins, son fait le plus marquant se produit en 2016, année où il se prononce pour la destitution de l’ex-présidente travailliste, Dilma Rousseff. Celle-ci demeurait coupable d’avoir approuvé des décrets engageant les finances de l’Etat sans l’approbation du Parlement.

Cet épisode est révélateur quant à la stratégie du politicien. Sa fervente opposition à une gauche au pouvoir depuis 2003 et responsable des maux économiques et sociaux du pays, constitue un argument fréquemment utilisé. Le Brésil a connu une récession historique alors qu’il était loué pour son économie dynamique. En outre, les 13 millions de chômeurs viennent noircir un tableau déjà assombri. Le parti travailleur (PT ndlr.) brésilien est au cœur des scandales de corruption depuis 10 ans. Le « scandale des mensualités » en 2005 avait eu l’effet d’une bombe : le parti a versé des pots-de-vin à des députés contre l’échange de votes. La détention de Lula depuis 2016, toujours pour corruption suite à l’affaire Petrobas, profite largement à Bolsonaro. Le sexagénaire utilise son casier vierge pour légitimer sa participation à l’élection tout en décrédibilisant l’opposition. Ainsi, même des habituels électeurs de gauche se tournent vers lui, ne voyant en Haddad (le remplaçant de Lula Ndlr.) qu’un simple intérimaire de Lula. Le nationaliste l’a bien compris et tente de s’approprier une partie de l’électorat travailliste. Il ne désire pas supprimer le 13ème mois sur les salaires et compte même l’ajouter à la bourse familiale, une mesure tantôt évoquée par… Lula.

Autre thème récurrent dans sa campagne, l’insécurité. Le pays fut le témoin de presque 64 000 homicides sur son territoire uniquement durant l’année 2017. Par conséquent, la promesse d’un assouplissement de la législation sur les armes conquiert une partie de l’électorat touché par la criminalité. De la droite en passant par la gauche, les citoyens sont prêts à lui déléguer leur voix pour cette raison. L’évènement survenu le 6 septembre dernier n’a fait que conforter Bolsonaro dans son rôle de contestataire. Lors d’un meeting dans l’Etat du Minas Gerais, le populiste se fait poignarder par un militant d’extrême gauche de 40 ans qui estime avoir agi « au nom de Dieu ». La semaine précédente, l’homme politique avait appelé à mitrailler ces militants. Pourrait-on parler de martyr ? C’est en tout cas comme ça qu’il alimente son discours antisystème et anti-élites.

Cette marginalisation fait également figure de pierre angulaire de l’argumentaire de Bolsonaro. Du fait d’une loi électorale, le candidat n’a pas pu bénéficier d’un temps d’antenne conséquent sur les chaînes télévisées du pays. Les réseaux sociaux s’avèrent donc être l’alternative idéale pour mobiliser l’opinion. Une méthode similaire à un voisin continental résidant de la Maison Blanche.

Mais quel est son véritable programme ?

Il a prévu d’emblée de réduire considérablement la taille de son futur gouvernement. Il projette par exemple de fusionner les ministères de l’écologie et de l’agriculture, une décision fortement critiquée par de nombreuses ONG comme Greenpeace, qui y voient un délaissement de la thématique climatique et de la question amazonienne. Bolsonaro est surnommé « le candidat des trois b » : balles, bible et bœuf en référence aux lobbies le soutenant. En effet, il bénéficie du poids des groupes évangéliques, d’agro-business et d’armes. Autres sujets sur lesquels l’homme de 63 ans a parlé de son programme : l’économie et la fiscalité. S’il avoue ne pas être un spécialiste de l’économie, Bolsonaro a rassuré les marchés financiers en exprimant sa volonté de privatiser de nombreuses entreprises. De plus, il a promis une forte baisse d’impôts sur les salaires.

Le dernier facteur qui favorise la montée au pouvoir de Bolsonaro est l’absence d’unicité au sein de l’opposition. Geraldo Alckmin, (membre du parti de la Démocratie Sociale Brésilienne ndlr.), 4ème au 1er tour avec 4,76% des voix ne veut pas s’allier avec les travaillistes. La doctrine du « ni l’un ni l’autre » permet au nationaliste de voir ses espérances de présidence s’accentuer.

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Résultats du 1er tour de l’élection par régions.

Jair Bolsonaro met donc en exergue les nombreux problèmes du Brésil et s’en nourrit. Ce choc politique national et même international rappelle par ailleurs l’élection américaine. La gauche parviendra-t-elle à recoller les morceaux et à faire barrage à celui qui la fustige depuis des mois ? Réponse à la fin du deuxième tour.

Milan Busignies