Basha Posh, au cœur des secrets de famille afghanes

Les « Basha Posh » pouvant se traduire littéralement par « habillée en garçon », sont des filles afghanes contraintes de changer leur identité à l’extérieur du foyer familial afin de profiter de certains droits. Ce phénomène de société a commencé à la fin du 20ème siècle en raison de la politique autoritaire instaurée par les talibans de 1996 à 2001, lorsque les femmes n’avaient plus du tout accès à l’éducation. La société afghane actuelle est patriarcale et l’idéologie talibane a laissé quelques traces de son passage (bien que l’Etat soit maintenant sous le contrôle de l’OTAN) ; les hommes n’ayant pas de fils se font appeler « Mada-Posht », qui est perçu comme le nom le moins flatteur à porter. Alors, pour lutter contre ces restrictions, des filles prennent l’apparence de petits garçons (coupe de cheveux et style vestimentaire vus comme exclusivement masculin) afin de contourner les idéologies et traditions sans protester contre ces dernières directement.

Les raisons expliquant ce mode de vie sont multiples : famille sans présence masculine, père en difficulté pour aider sa famille, choix personnel de l’enfant pour obtenir un droit à l’éducation plus favorable ou une liberté plus large. De nos jours, les filles ont droit à l’éducation mais son accès reste tout de même difficile ; le nombre de filles non-inscrites à l’école primaire et secondaire s’élève à 2,5 millions en 2011 (source : Save the Children) ; 46 % des afghanes atteignent la cinquième année de scolarisation (le taux est de 63% pour les garçons) et 21% sont inscrites dans l’enseignement secondaire comparé à 43% pour les garçons (source : L’Afghanistan-libre).

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Droits d’auteur : Copyright Adam Ferguson 2009

Les différents types de basha posh :

Chaque situation de Basha Posh est singulière, mais il peut exister des similarités entre certains cas. D’ailleurs, ce choix de vie peut résulter de raisons différentes, il peut émaner d’un choix ou d’une obligation familiale :

Il y a d’abord celles qui y sont forcées car leur famille est sans fils et que leurs besoins sont importants (pas de revenu suffisant pour nourrir la famille, manque de présence masculine pour accomplir des tâches quotidiennes comme faire les courses, accompagner les femmes à l’extérieur).

Une autre catégorie, plus rare, concerne celles qui sont élevées et vivent avec une double identité depuis la naissance. Cela peut s’expliquer dans les cas d’une famille gérée par une mère monoparentale ou sans aucune présence masculine dans le foyer.

En général, cela ne dure qu’un temps pour elles. À la puberté, elles reprennent pleinement leur identité féminine et peuvent avoir du mal à se voir retirer certains droits. En grandissant, elles tiennent des modes de vie conformes aux traditions attendues pour les femmes.

Le dernier cas vise des filles ayant au moins une présence masculine mais choisissant ce mode de vie pour profiter pleinement de leur liberté. Elles assument leur androgynisme même une fois la puberté passée.

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Source : She is my son, Alexander Avilov, RT documentary, 2016

Cette particularité permet une certaine émancipation des jeunes filles, dans le sens où même si elles masquent leur identité, elles ont accès à la liberté individuelle (le fait de sortir seule, être éduquée, pratiquer un sport…) et montrent qu’elles ne s’asservissent pas aux règles qui les freinent dans leur développement personnel. En revanche, le fait de rester caché ne permettra pas de meilleures conditions pour les femmes à long-terme, la principale cause de ce frein est due au fait qu’elles ne peuvent pas s’affirmer ni protester clairement contre les idéologies déjà instaurées. Malgré la persistance de ce phénomène social, les conditions des femmes semblent s’améliorer peu à peu. En effet, en 2011, il y avait 2,4 millions de filles dans l’éducation primaire et secondaire comparé à 5000 en 2001 (source : Unicef).

Sabrine BEN MANSOUR