Femmes oubliées de l’Histoire : celles qui ont fait la Révolution française

Quelques semaines après la sortie du réaliste et poignant film Un peuple et son roi de Pierre Schoeller, retraçant l’Histoire des protagonistes de la Révolution française de 1789, nous vous proposons un retour sur ces femmes au cœur de la période révolutionnaire. Bravant les interdits sociaux, défendant la condition des femmes, dénonçant les excès de violence d’un renversement brusque ou même cible de ce dernier, les femmes ont une place centrale dans cet événement historique. Pourtant, elles demeurent encore aujourd’hui aux portes de l’Histoire, plongeant dans l’obscurité leurs travaux et leurs inspirantes destinées. Voici le portrait de cinq femmes illustres de la Révolution française.

Olympe de Gouges, la féministe révolutionnaire

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« La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits ». Ces mots ne sont pas le tweet d’une féministe 2.0 datant de 2018 mais bel et bien ce qu’énonce le Premier article de la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » rédigée le 5 septembre 1791. L’auteure ? Olympe de Gouges. Avant que la lame de la Terreur ne lui tranche le cou le 3 novembre 1793, elle fut une militante active des droits humains. Après avoir été mariée à ce que l’on appellerait aujourd’hui un « sugar daddy », Louis Aubry, Madame de Gouges décide de ne pas se remarier après la mort de celui-ci et d’entamer une vie de femme libre, luxe dans une époque où la place de la femme est déterminée en fonction de sa famille et de son mari. Elle use de sa plume afin de lutter contre l’Esclavage, notamment dans « L’Esclavage des Noirs, ou l’heureux naufrage »  publié en 1792  mais qui fut joué à  la Comédie-Française sous le titre de « Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage » en 1784.  Cette pièce lui donna une certaine renommée mais c’est essentiellement pour ses pamphlets ainsi que pour ses écrits politiques tel que la « Lettre au Peuple ou projet d’une caisse patriotique, par une citoyenne » publiée dans le Journal général de France en 1788 qu’elle incarne la femme révolutionnaire. Dénonçant avec véhémence la mise en place de la Terreur, Olympe de Gouges prône en parallèle le divorce, et une libération de la femme tant au niveau social que politique.

« Enfants de la patrie, vous mangerez ma mort ! » aurait prononcé cette militante, femme de Lettres, résolument humaniste sur l’échafaud.  Encore méconnue aujourd’hui, candidate à une potentielle entrée au Panthéon, son buste est visible depuis le 19 octobre 2016, au siège de l’Assemblée Nationale.

 

Manon Roland, la femme de l’ombre des Girondins

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« Vous connaissez mon enthousiasme pour la Révolution. Eh bien ! J’en ai honte. Elle est ternie par des scélérats, elle est devenue hideuse » Ces propos, écrits par Manon Roland dans une Lettre à un ami le 5 septembre 1792, illustre la force de caractère et les convictions inébranlables de celle qui fut l’égérie des Girondins.

Républicaine dans le cœur, elle se fait très vite remarquer dans les salons où l’on parle politique, philosophie et religion, jusqu’à ce qu’elle tienne le sien, où va s’élaborer maintes stratégies politiques du camp des révolutionnaires. Elle écrit des lettres pour son mari et notamment la fameuse lettre de Roland de la Platière du 10 juin 1792 dans laquelle il fait la requête au Roi Louis XVI de renoncer à son droit de véto.  Manon Roland le conseille également lorsqu’il prend des fonctions ministérielles, jusqu’à ce qu’il s’écarte du pouvoir à cause de la radicalisation de Robespierre notamment. Manon Roland réussit tout de même à garder une influence politique après la démission de son mari le 23 janvier 1793, en rejetant la tournure que prend la Révolution française, assez loin des idéaux des Lumières. Avec une purge de plus en plus acrimonieuse des ennemis montagnards, le mari de Manon Roland s’enfuit afin d’éviter l’échafaud contrairement à Madame Roland qui se laisse arrêter. C’est pour elle ici un véritable acte politique, ayant consacré sa vie aux idées des Lumières républicaines, elle souhaite y donner un sens avec sa mort. Jugée le 8 novembre 1793, cinq jours après l’exécution de Madame De Gouges, elle est guillotinée le même jour pour avoir conspiré contre la République robespierriste.

Germaine de Staël, la rebelle défenderesse de la liberté

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« Il y a dans le pouvoir sans bornes, une sorte de vertige qui saisit le génie comme la sottise, et les perd également l’un et l’autre ». Les considérations sur la Révolution française (posthume, 1818).

Autre femme de Lettres d’exception, Germaine de Staël connaît une prospérité plus conséquente que ses consœurs de par ses œuvres.

Considérée comme une pionnière du mouvement romantique français, avec « Corinne ou l’Italie » en 1807, où elle met en scène les pressions sociales de la femme en son temps, véritable mécène croqueuse d’hommes, elle est également une femme politique féroce. Elle étend son influence dans les nombreux Salons auxquels elle se montre, ces derniers étant un des rares lieux d’émancipation de la femme à cette époque.

Favorable à la Révolution française et au mouvement des Lumières, elle s’oppose au régime mis en place par les protagonistes de celle-ci, étant considérée dès lors comme une ennemie de la Révolution.  L’Historienne Monique Cottret a remis au goût du jour en 2006, un pamphlet de Germaine de Staël « Réflexions sur le procès de la Reine », où elle met en relation le traitement ignoble de Marie-Antoinette par la Révolution française et sa condition de femme, celle-ci ne jouant pas un rôle majeur dans les affaires publiques a contrario de Madame de Pompadour en son temps par exemple.

Après la Révolution française et la période de Terreur, Madame de Staël fut interdite de fouler le territoire français par l’empereur Napoléon dès 1803 jusque 1814 montrant l’influence politique qu’elle pouvait représenter à l’époque.

Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt, l’audacieuse

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« Armons-nous, nous en avons le droit par nature et même par la loi. Montrons aux hommes que nous ne leur sommes inférieures ni en vertus ni en courage. Il est temps que les femmes sortent de leur honteuse nullité ». Cette citation attribuée à Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt illustre la combativité de cette liégeoise. Elle s’installe en France en 1789 afin d’assister à la Révolution française, à laquelle elle prend part activement. Les ennemis de la Révolution la caricature en prostituée notamment dans un journal pamphlétaire « Les Actes des apôtres », ce qui ne l’empêche pas d’être l’une des femmes les plus actives de la Révolution dans la sphère publique. Elle participe à la diffusion des travaux de l’Assemblée, est présente dans cette dernière. Après un retour à Liège, elle revient à Paris en 1792, elle souhaite créer une armée de femmes et participe à l’assaut du Palais des Tuileries le 10 août 1792. Néanmoins, dès 1793, elle milite pour un apaisement des conflits, et devient l’ennemie jurée de son propre camp, à savoir les Montagnards et les Jacobins. Elle se fait lyncher publiquement et physiquement par des femmes jacobines et passe les vingt-trois dernières années de sa vie internée dans un asile. Elle est présentée par son frère comme folle, insane d’esprit mais dont la véracité est discutée car elle lui permet contrairement à Madame de Gouges ou Manon Roland, d’éviter la Guillotine.

Marie-Antoinette d’Autriche, victime de sa condition

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« Mon Dieu ayez pitié de moi ! Mes yeux n’ont plus de larmes pour pleurer pour vous mes pauvres enfants. Adieu, adieu ! »  Ces mots sont ceux que la Reine Marie-Antoinette a couchés sur le papier dans sa dernière lettre, adressée à la sœur du feu Roi Louis XVI, Madame Élisabeth.

Véritable figure de rejet des révolutionnaires, cette reine apparaît comme une femme victime de la politique et de son destin. Fille de la puissante impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, la Grande, elle fut envoyée par celle-ci en France afin de nouer une alliance politique en épousant le dauphin, futur Roi de France Louis XVI. Surnommée « l’autrichienne », elle incarne, dès ses premiers pas, une figure de détestation auprès de la Cour. Elle ne s’intéresse guère aux intrigues politiques, même si Marie-Antoinette place plusieurs de ses favoris à des postes de conseillers clefs du Roi.

Connue pour son attrait certain à la mode, elle devient vite une cible de choix pour les classes bourgeoises souhaitant voir aboutir la Révolution. Elle est également caricaturée par le peuple dont la colère qui gronde nourrit les idéaux révolutionnaires. Honnie par celui-ci pour ses dépenses faramineuses et son train de vie fastueux, ce qui lui vaudra le surnom de « Madame Déficit », on lui attribue à tort une réponse, que Rousseau a reprise dans son œuvre « Confessions » en 1782, au fait que le peuple n’avait plus de pain à manger ; importatrice des viennoiseries à la Cour de Versailles, elle aurait répondu « Qu’ils mangent de la brioche ! ».

Sa destinée est bien loin de cette anecdote mordante. Le 14 octobre 1793, un peu moins d’un mois avant les exécutions d’Olympe de Gouges et Manon Roland, elle est jugée par le Tribunal révolutionnaire, jugement dont l’issue est déjà connue d’avance. Les cheveux blanchis, sa tête tombe le 16 octobre, actuellement Place de la Concorde.

Reine, utopiste, stratège ou combattive, de nombreuses femmes ont porté la voix du sexe féminin au sein de la Révolution française et ont laissé une trace pérenne dans l’Histoire de la France et du monde. Leurs parcours respectifs ne représentent néanmoins pas la condition de la plupart des femmes de l’époque, et malgré leur implication active dans la vie politique, le mouvement des Lumières a écarté de la sphère publique et politique les femmes, jetant ainsi un voile sur le travail de ces bâtisseuses de l’Histoire.

Melchior Delavaquerie