Les représentations transgenres sur le petit écran

La télévision comporte un impact important sur les représentations sociales. Nous pouvons comprendre, que ce soit par le biais d’émissions, de séries ou des informations télévisées, que l’apparition d’une communauté minoritaire au sein du petit écran induit une visibilité influençant l’acceptation ou le rejet de celle-ci. Il est d’ailleurs intéressant de se questionner sur l’importance de cette représentation sociale, et des effets qu’elle peut avoir lorsque la représentation est erronée.

Il semble que la communauté transgenre soit de plus en plus représentée au sein du milieu télévisuel. En effet, selon le sociologue Arnaud Alessandrin, ayant également co-écrit La Transyclopédie (ouvrage faisant le tour de la question de la transidentité afin d’établir les différentes perceptions sur celle-ci mais également sur le genre et le sexe) nous explique que « La visibilité trans explose depuis 2010 ». Il est vrai qu’auparavant les représentations transgenres étaient rares mais aussi très problématiques. Depuis 2010, nous avons des représentations plus diverses pouvant également induire une problématique car parfois stigmatisées comme des victimes notamment dans les personnages fictifs des séries télévisées. Il existe effectivement plusieurs représentations transgenres dans les séries télévisées. Avant 2010, nous pouvons compter, par exemple, hors du petit écran, le rôle du lieutenant Lois Einhorn, une femme transgenre dans le film Ace Ventura : détective pour chien et chat sorti en 1994. Son personnage subit des moqueries de la part de ses conquêtes lorsqu’ils apprennent sa transidentité. Nous pouvons également voir le rôle de Paul Millander dans un épisode Les Experts CSI en 2002. Ce personnage est un tueur en série où la transidentité est sous-entendu comme une conséquence d’un traumatisme durant son enfance. Nous pouvons aussi intégrer dans les représentations transgenres, les personnalités célèbres notamment Chaz Bonno, qui entre 2008 et 2010 racontait sa transformation de genre et dont un documentaire, appelé Becoming Chaz, a été publié en 2011. Nous comptons également dans les rangs des personnalités célèbres permettant une représentation transgenre sur le petit écran. La gynécologue américaine Marcie Bowers, désignée comme innovatrice de la chirurgie transgenre a joué un rôle télévisuel dès 2004 dans un épisode qui portait sur la transidentité dans la série Les Experts où elle était consultante. Elle a également été conviée aux talk-shows d’Oprah Winfrey et a été au cœur d’une série télévisée de 6 parties nommée Sex Change Hospital.

Néanmoins, nous pouvons nous interroger sur les représentations que la télévision donne à la communauté transgenre. Avant les années 2010, les représentations transgenres raréfiées étaient marquées par leurs caractérisations de méchants. En effet, les personnages transgenres jouaient le rôle de l’ennemi parfois au mental instable, sous-entendant, et ainsi stigmatisant, la transidentité comme une pathologie, un problème médical ou psychologique. Depuis les années 2010, les personnages transgenres ne jouent plus forcément les rôles de méchants. Ils sont marqués par un autre rôle, tout aussi stigmatisant, celui de la victime au sens que les personnages ne sont développés que par leur identité transgenre. Nous pouvons, ici, illustrer par le personnage de Cole dans The Foster dont ses seuls défis relèvent de sa transidentité. Très peu de personnages transgenres ont un rôle plus complexe que celui du bourreau ou de la victime. Nous pouvons cependant compter dans ses personnages celui de Sophia Burset dans Orange is the new black, ou encore celui de Casey Parker dans Grey’s Anatomy. Les personnages connaissent effectivement des intrigues tournant autour de la transidentité, des intrigues les confrontant à des enjeux liés à celle-ci mais leurs personnages ne tournent pas seulement autour de cela. Ce sont des personnages nuancés dont la transidentité est, certes, une partie importante du personnage mais ne base pas toute l’essence de celui-ci, et toutes les intrigues sur cet aspect de son identité.

Ce qui est d’autant plus bénéfique pour l’acceptation de la communauté transgenre car, le souci avec la représentation de la transidentité comme victime, c’est la connotation négative et douloureuse de la transidentité. Celle du méchant est mentalement instable et celui de la victime ne connaît que des maux face à sa transidentité. Cette représentation négative peut ralentir l’identification publique des personnes transgenres par peur de connaître les mêmes maux. De plus, les rôles de Sophia Burset et Casey Parker sont d’autant plus emblématiques pour l’acceptation de la communauté transgenre car ils sont interprétés par des acteurs transgenres. Le rôle de Sophia est interprété par l’actrice Laverne Cox et le rôle de Casey Parker par l’acteur Alex Blue Davis. Nous pouvons également citer Candis Cayne, qui, dans Dirty Sexy Money diffusé sur ABC, obtient le rôle de Carmelita Rainer. Cette représentation est d’autant plus importante qu’elle est la première femme transgenre à obtenir un rôle important dans une série télévisée. La série Sense8 a également un fort impact en ce qui concerne la représentation, notamment par son personnage transgenre Nomi joué par Jamie Clayton elle-même étant une femme transgenre, mais c’est également car la série est écrite par des femmes transgenres ; les sœurs Lilly et Lana Wachowski.

Il est important d’avoir des représentations des communautés minoritaires sur le petit écran afin d’aider à normaliser et ainsi aider l’acceptation de cette communauté au sein de la société. Néanmoins, une représentation régulièrement stigmatisée ou erronée entretient une distance entre la communauté minoritaire et la société, accroissant finalement l’incompréhension et le rejet. C’est pourquoi, il est nécessaire pour les représentations sociales de diversifier les représentations télévisuelles, quel que soit le sujet de la représentation. En ce qui concerne la communauté transgenre, la prochaine avancée serait de donner davantage de rôles cisgenres aux acteurs transgenres afin que les mentalités évoluent. C’est du moins ce que nous dit Louise Guilbert, rédactrice à Têtu Magazine, un magazine d’actualité LGBT+.

Bettina Laouar