Apostrophe littéraire

Salut,

Rassure-toi, si je t’écris, ce n’est pas pour te faire la morale ou pour t’apprendre la vie. En fait, il serait plus simple de s’asseoir tous les deux autour d’un verre ou de plusieurs verres même, soyons fous. Mais cela est impossible, on le sait toi comme moi, alors j’ai décidé de t’écrire directement et frontalement. Écrire, c’est encore la chose que je sais le mieux faire dans ce monde, même sûrement l’une des rares choses que je maîtrise et dans laquelle je trouve du plaisir. Où je trouve le vrai plaisir, celui qui est pur, sans artifice et sans attente. Ça tombe bien, ce que je voulais te dire concerne l’écriture. Enfin, ça concerne l’art en général, mais je veux parler de ce domaine noble qu’est l’écriture. Je veux parler de cette plume que l’on laisse ou que l’on blesse. Cette plume qui est ici et nulle part ailleurs, cette même plume qui nous sépare des autres animaux. Prendre la plume de nos jours, c’est se risquer à la honte et non plus se risquer à l’inconnu. Car malheureusement, notre plume semble s’être fanée de nos jours ou du moins, elle se cache. Je te l’ai dit, rassure-toi. Je ne vais pas te faire la leçon, je veux juste écrire une lettre ouverte à cette plume qui réchauffe les cœurs cachés. Je veux lui crier mon amour sans barrière.

Tu sais, dans mes moments de doute et de tristesse, je me perds à dire que ma plume n’est qu’une belle femme dont je suis condamné à croiser par intermittence au détour d’une ruelle. Dernièrement, nous avons eu des débats dans notre beau pays sur l’orthographe, sur la syntaxe française, sur l’écriture inclusive. Dans notre beau pays, au XXI siècle, nous avons eu un débat sur la linguistique, et c’était magnifiquement tragique. Loin de moi l’idée de critiquer tel ou tel débat, mais ces questions semblent difficilement audibles dans une société qui trouve que le singulier est vexant. Enfin, je m’égare dans mes pensées.

Tu sais, écrire, ce n’est pas forcément se prendre pour quelqu’un d’autre, ce n’est pas forcément se rêver en mieux. Je parle à toi, qui, dans tes moments de solitude, tente d’écrire la nostalgie de tes souvenirs, mais qui n’ose pas franchir le pas, te répétant que ce n’est pas pour toi. Ose, provoque ta légitimité. Tu n’es pas obligé d’écrire pour être célèbre, loin de là même. Écris pour toi, écris pour ton plaisir avant tout. Raconte-toi les histoires que tu aimerais lire, qui te font vibrer. Prends ta plume pour écrire l’imaginaire. L’utopie n’est pas seulement la mère de nos chagrins, non, elle peut être également le chemin de nos festins.

Je parle également à toi, celui qui a un avis sur rien. Celui qui vient briser les rêves et les passions des autres, je ne te consacre pas plus que ces quelques mots. Toi qui te prétends toujours de bon conseil alors que tu n’as jamais rien tenté, tu t’épanouis dans ta suffisance, laisse les personnes qui souhaitent peindre la pénombre le faire.

La littérature m’a ouvert des portes que je croyais jadis fermées. Lorsque je parle de porte, j’en parle comme Kafka, je parle des portes qui résident en moi-même. Je me suis adonné à la littérature et à l’écriture que très tard, mais une fois dedans, je n’ai pu faire marche arrière. J’ai serré dans mes bras mon moi d’autrefois, je l’ai regardé en lui disant que je l’aime comme tel, mais que maintenant, il doit aller se reposer. La littérature, l’écriture, a ce pouvoir de changer les hommes et les êtres : cela est bien réel. La plume est la plus précieuse des amis, essaye de la regarder de temps en temps, et peut-être que tu voudras à ton tour l’avoir près de toi. Elle permet de créer la plus belle des œuvres d’art, et pour ça, elle a besoin des deux plus belles ressources naturelles : la passion et le courage.

J’aime les beautés brutes,

Et les beautés occultes.

Celles qui t’éclatent à la gueule et qui te sculptent,

Quand elles te crient qu’elles sont vivantes,

Alors que toi, tu es encore éteint,

Hanté par les méandres de ton ombre,

Subjugué par l’Ombilic des Limbes.

J’aime celle qui fait Boum,

Et non celles que l’on trouvent dans les booms.

Celle que tu sens et qui te prend,

Te détruisant tout en te rendant tellement vivant.

Te marquant au corps,

Comme un rêve dans les champs de Maldoror.

Celle sans qui tout n’est qu’oubli,

Comme la beauté sombre et noire de la nuit,

Remplaçant la pâleur de la Lune,

Faisant résonner sa beauté brute comme un cri.

Celle pour qui on est prêt à tous les supplices,

Qui d’un regard nous transporte au-delà des soucis,

Avec un simple sourire.

Celle qui me détruit,

Et qui nous unit.

Celle qui fait de moi un cavalier sans tête,

Comme le petit prince perdant sa rose,

Se révélant pour toi de sa cachette.

Jouant une scène d’Automne,

L’éther dans les veines,

Et des idées dans les verres,

L’hiver ne pourra être qu’éternel,

Au travers de mes vers.

Sans elle, à coup sûr j’aurais plongé,

Etre fier : jamais je n’y aurais songé.

Sans l’art, ces beautés brutes auraient eu ma peau,

Me laissant en lambeau sur les cendres de mes écrits.


Baptiste Teychon