La bataille de Marathon

La bataille de Marathon, qui se serait produite le 17 septembre 490 avant notre ère, est rapidement entrée dans l’histoire. Elle est devenue une légende, un mythe. Revenons donc sur cet évènement qui fait partie de l’histoire grecque.

Le Before

C’est en 559 avant notre ère que Cyrus dit le Grand accède au trône et ainsi fonde la dynastie achéménide. Une rapide expansion impérialiste s’effectue : le royaume des Mèdes dirigé par Astyage avec sa capitale Ecbatane est pris en 550, le royaume lydien de Crésus est pris en 546 et Babylone en 539. Lui succède ensuite après sa mort, son fils Cambyse qui lui prend l’Egypte en 522. Vint ensuite Darius qui succède à Cambyse. Il lance une importante expédition vers l’Europe et le Danube dans le but de soumettre les Scythes en 513-512 mais c’est un échec. En revanche, il part à la conquête de la Thrace, la Macédoine et les cités grecques littorales. Débute ce que l’histoire a intitulé la « révolte de l’Ionie » qui dura 6 ans et cela ne concerna pas que l’Ionie mais quasiment toute une partie occidentale de l’Asie Mineure. Ils obtinrent une aide des grecs mais elle fut mince : Athènes ne donna que 20 navires de combat et 4 000 hommes et la cité d’Erétrie donna 5 trières. Les Spartiates refusèrent d’aider puis les Athéniens et les Erétriens décidèrent finalement de rembarquer. L’opposition entre les Perses et les Athéniens n’est pas réelle, c’est Hérodote qui alimente cette opposition car il donne l’image d’un Darius animé d’une tenace envie de revanche contre les Athéniens, c’est ce qu’appelle Patrice Brun dans son ouvrage (voir bibliographie) « « l’athénocentrisme », perversion de l’esprit tendant à faire croire qu’Athènes était au cœur des préoccupations des Perses, au centre de l’histoire. ». En réalité, l’objectif des Perses s’étend à l’ensemble du bassin égéen. Petit à petit, les Perses dirigés par Datis, s’emparèrent de l’île de Thasos, la plus grande des îles des Cyclades : Naxos, Carystos et la cité d’Erétrie, cette dernière ayant aidé l’Ionie précédemment. Enfin, les Perses, arrivant d’Eubée et conseillés par Hippias*, choisirent de s’installer sur la plaine littorale de Marathon.

Cours Philippidès, cours !

(Source : wikipédia)

Sitôt que les Athéniens prirent connaissance de l’arrivée des Barbares sur leur territoire, ils décidèrent d’envoyer une armée et de faire une demande officielle d’aide à Sparte. Ainsi, ils prirent Philippidès, à la fois héraut* et hémérodrome*, pour cette tâche. Hérodote le cite en ces termes : « Alors qu’ils étaient encore dans la ville, les stratèges avaient commencé par envoyer à Sparte le héraut Philippidès, un citoyen athénien. Il était également hémérodrome et telle était son activité ». Philippidès tient bien ses titres puisque d’après Hérodote, il est arrivé à Sparte le lendemain de son départ, il aurait donc accompli 240km en 36h environ. Sous le regard des magistrats de Sparte, le héraut prononça son message clairement : « Lacédémoniens, les Athéniens vous prient de venir à leur aide et de ne pas considérer avec indifférence que la plus ancienne cité des Grecs puisse être asservie par des Barbares. Car déjà, Erétrie a été réduite en esclavage et la Grèce se trouve affaiblie de la disparition d’une cité remarquable. ». Les Spartiates acceptèrent mais en pleines fêtes en l’honneur d’Apollon, les Karneia, ils ne pouvaient partir avant que la lune soit pleine, ce qui retardait l’aide de plusieurs jours. Les interdits religieux étaient très respectés, ils ne voulaient s’exposer à la vengeance divine. Selon la légende, quand l’hémérodrome Philippidès fut revenu à Athènes, il mourut d’épuisement. En revanche, Athènes obtint l’aide de la ville de Platées. Celle-ci avait comme protectrice Athènes depuis un long moment, il était donc logique que Platées accepte de les soutenir. Ils envoyèrent par conséquent 1 000 fantassins dirigés par Arimnestos.

Profession : Militaire

Parmi les Perses, on retrouve surtout des archers alors que chez les Grecs, il y a une plus grande homogénéité. Mise en place depuis la fin du VIIe siècle, la pratique de la phalange* est très utilisée par les Grecs. Il y a les hoplites* puis, pour un combat de loin, des lanceurs de javelot, des frondeurs et des akontistes. Les esclaves ne participaient pas au combat mais d’après Pausanias, juste avant la bataille, des Athéniens ont affranchi des esclaves. La raison de ce geste serait pour qu’ils combattent ; pourtant cela paraît peu probable puisqu’il faudrait dans ce cas-là les fournir en armement spécifique pour fantassin lourd et surtout, il faut prendre en compte qu’ils n’ont pas du tout de connaissances sur ce type de combat. Dans le système de la phalange, l’hoplite ne peut en aucun cas reculer et pour les encourager, il se battait auprès de leurs familles et de leurs compagnons de village. A Sparte, l’obéissance était plus qu’importante ; ainsi, si un soldat prenait peur et ne voulait pas avancer, il était banni du corps des citoyens ne pouvant plus jamais être repris et de fait, il perdait son statut et était relégué à la catégorie des Inférieurs dit les Treisantes (les « Tremblants »). Pour ce qui est du général, au niveau de la tactique il n’est placé qu’à droite de la ligne de front au premier rang donc sans protection à sa droite et son rôle était de mener le groupe dans une marche commune.
En ce qui concerne les effectifs militaires, il ne faut pas compter sur les textes littéraires antiques pour avoir des chiffres sûrs, c’est ce qu’on appellerait aujourd’hui des « fake news » tout simplement parce qu’ils gonflaient le nombre d’ennemis pour accroître le danger et pour intensifier la gloire du vainqueur, ils restreignaient le chiffre de son propre quota. Pour Marathon, Hérodote ne cite aucun chiffre précis pour les Perses mais ce qui était sûr, c’est que les Perses étaient plus nombreux que les Athéniens et les Platéens.

« T’as d’beaux yeux »

Pour le moment, l’armée perse n’avait pas vraiment l’intention de marcher sur Athènes car dans ce cas-là, elle pouvait prendre la voie maritime qui était plus pratique. Or, elle n’avait pas l’air de vouloir partir de son camp de base. Pendant au moins 8 jours, les deux armées, très proches, se regardèrent sans bouger. Cela démontre les hésitations stratégiques du côté athénien notamment. Hérodote y fait état mais il faut prendre avec des pincettes l’exactitude de cette version. D’après lui, dans les 10 stratèges*, il y en avait 5 qui étaient propice à une politique prudente en souhaitant le repli à Athènes pour attendre les renforts, parce qu’il y avait une disparité au niveau du nombre entre les deux armées et les 5 autres étaient favorables à une attaque. Cet épisode de l’attente fut effacé dans les mémoires parce qu’elle ne suivait pas le modèle hoplitique. D’ailleurs, Isocrate dans son Panégyrique écrit vers 380, donc bien après les évènements, en est un parfait exemple, il donne sa version de la réaction des Athéniens face aux Perses : « Ce fut, dit-on, le même jour que nos ancêtres apprirent le débarquement des Barbares et que, courant jusqu’aux confins du territoire, ils les vainquirent et élevèrent un trophée. ». Cela rend compte par conséquent qu’il y a un besoin de donner encore plus de grandeur aux Athéniens en gommant la réalité.

A la charge

Les Athéniens attaquèrent les Perses au moment où ceux-ci étaient en train de rembarquer. La phalange athénienne, parallèle au rivage, était composée de deux ailes à gauche et à droite avec un renforcement en profondeur, le centre devait du coup plus endurer le contact. Le polémarque* Callimachos, en tant que chef de l’armée, était placé tout au bout de l’aile droite au premier rang et l’aile gauche était formée par les mille Platéens. La disposition de l’armée perse, quant à elle, est inconnue. En revanche, d’après l’historien Hérodote, le centre de la ligne athénienne a été perforé par des troupes d’infanterie de Perses et de Saces. Les Athéniens se replièrent donc. En revanche, sur les ailes, le succès est de mise puisqu’ils repoussèrent les Perses jusqu’au rivage et s’en prirent à ceux qui avaient attaqué leurs compagnons du centre. Cette technique est alors considérée comme une manœuvre d’enveloppement mais rien n’évoque dans les récits que cette tactique était prévue, il faut surtout tenir compte du fait qu’il est difficile de garder les rangs en ordre.
Bilan : dans le camp des vainqueurs, 192 hoplites morts dont le polémarque Callimachos et une vingtaine de morts du côté des Platéens d’après Patrice Brun (voir biblio). Du côté des Perses, Hérodote donne le chiffre de 6 400 morts. Ce chiffre peut paraître élevé mais n’est en fait pas exagéré, étant donné que dans leur expédition, les Perses étaient nombreux ; ils étaient plusieurs dizaines de milliers d’hommes, ce nombre de pertes est en réalité perçu comme très insuffisant. Il y eût aussi des captures. D’après Hérodote, sept navires ont été pris mais il n’a pas fait mention de prisonniers. Il est évident donc que l’ensemble de la marine perse était repartie indemne. 

L’After

L’armée athénienne, après cette victoire, retourna au plus vite vers sa ville pour éviter toute tentative intra muros de recevoir Hippias. Ils s’installèrent hors de la ville près de Phalère pour montrer aux Perses qu’ils n’étaient pas possible de débarquer, sinon ils subiraient de nouveau le même sort qu’à Marathon. En effet, les vaisseaux des Perses déposèrent l’ancre à Phalère mais ne débarquèrent point. Attendant de voir des manifestations qui ne furent et se rappelant Marathon, ils se résignèrent enfin et repartirent.

Enfin 2 000 Spartiates arrivèrent en renfort ! … Mais après la bataille. Ceux-ci allèrent examiner le champ de bataille, félicitèrent les Athéniens puis rentrèrent chez eux. Le trophée* fut peut-être érigé à ce moment-là.

Pour conclure ce récit, comme Patrice Brun le dit si bien : « La bataille de Marathon entrait dès ce moment dans l’histoire d’Athènes, dans la mémoire collective des Athéniens, dans la légende de l’histoire grecque. Sitôt terminée, elle a été rangée au niveau des mythes : c’est d’abord en cela qu’elle est exceptionnelle. »

Lexique :

Hémérodrome : homme qui pouvait courir durant toute une journée et de fait parcourir des distances importantes en un laps de temps assez court.
Héraut : En Grèce et à Rome, messager chargé de porter les ordres du prince, de faire les annonces dans les assemblées et de déclarer la guerre.
Hippias : tyran d’Athènes de 527 à 510 avant notre ère.
Hoplite : fantassin lourdement armé, portant un casque à cimier, une armure de bronze, un baudrier de cuir, des jambières, un bouclier rond en bois. Il possède une lance et une épée courte d’estoc tout ceci étant à ses frais.
Phalange : formation que prennent certaines armées grecques. Les combattants sont alignés en deux lignes, celles-ci sont profondes de huit rangs et larges de plusieurs centaines de mètres, boucliers et piques en place pour attaquer l’adversaire.
Polémarque : titre décerné aux commandants d’armée de la Grèce.
Stratège : magistrat grec chargé des questions militaires.
Trophée : mannequin cruciforme orné des plus belles armes prises sur les cadavres ennemis.

Bibliographie :

  • Dictionnaire Larousse.
  • Dictionnaire de l’Antiquité, sous la direction de Jean LECLANT, Coll. Quadridge dicos poche, Puf, 2011.
  • BRUN Patrice, La bataille de Marathon, Coll. L’histoire comme un roman, Larousse, 2009.

Sarah Dieu