[TRIBUNE] Quand allons-nous nous préoccuper du sort des Ouïgours ?

Une petite fille ouïgour, dans les bras de son père, arborant le drapeau indépendantiste dans un coeur, comme pour illustrer que le combat pacifique contre l’oppression n’est pas mort. Combien de personnes ont déjà entendu parler des ouïgours ?  Cette population se situe essentiellement dans la région chinoise du Xingjiang, avec une population estimée à 10 019 758 millions d’habitants. Ces musulmans sunnites, turcophones, font aujourd’hui l’objet, comme de nombreuses minorités à l’époque de Mao Tsé-Toung, d’une véritable persécution. Le plus choquant, si ce n’est les thérapies de conversion que subirait un million d’ouïgours dans des camps de détention, est le silence ; celui autour de cette tragédie humaine.


Un silence des médias et de l’opinion publique

Il est vrai que ces dernières semaines certains médias se sont petit à petit emparés du sujet. Malheureusement cela reste marginal. Cela fait depuis plusieurs décennies que la répression sur la communauté ouïgoure a commencé. Sur le fond légitime de la lutte contre le terrorisme islamiste, le gouvernement chinois y a vu un moyen de brimer cette minorité. En effet, plusieurs individus ouïgours ont été impliqués dans des mouvements terroristes en Chine et à l’étranger, la population ouïgoure étant répartie dans d’autres pays à l’instar du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan ou du Kirghizistan. Ceci étant, la Chine a, sous couvert de la menace terroriste islamiste, réduit la culture riche de la communauté ouïgoure à de simples rituels folkloriques. En 2008, lors d’un séisme dans la province de Sichuan, les bâtiments historiques de la ville ouïgour Kachgar sont remplacés par des habitations dont l’architecture ne ressemble en rien à la précédente. L’attentat meurtrier perpétré le 28 octobre 2013 sur la place Tian’anmen de Pékin par des terroristes ouïgours renforce la haine des chinois Hans envers l’ensemble de la minorité du Xingjiang et, corrélé à une presse muselée voire cadenassée par le gouvernant, amène aux pires atrocités. En 2018, selon l’ONU, près d’un million de ouïgours sont détenus par les autorités chinoises dans des camps. Ces derniers auraient été édifiés par le gouvernement dès 2014 et des centres de rééducation seraient également en expansion. La France est touchée par ce phénomène puisque de nombreux ouïgours se sont réfugiés au sein de l’hexagone. Récemment, le magazine Foreign Policy a révélé que la police chinoise a exigé des Ouïgours vivant en France de fournir un certain nombre d’informations sans quoi des membres de leur famille restés en Chine pourraient subir des représailles. Alors que le sort tragique des Rohingyas en Birmanie a mobilisé l’ensemble de la bien-pensance française et que le sujet est devenu viral sur les réseaux sociaux, aucun média ni aucune personnalité ne s’empare de ce drame humain. Tout au long de l’année 2018, les médias français ont écrit des articles, mais aussi relayé des témoignages de réfugiés ouïgours en France dont des membres de la famille sont dans des camps de rééducation, sans que l’opinion ne s’en soit saisi. Par ailleurs, le sujet est resté dans son ensemble très peu médiatisé comparé à la gravité de la situation.

Un silence de la communauté internationale

Ce silence des médias et de l’opinion publique reflète le silence de la communauté internationale. Si ce n’est la Turquie qui a dénoncé le 9 février 2019 les actions du gouvernement chinois envers la minorité musulmane, aucun pays de tradition musulmane ni aucun pays en général n’a officiellement pris position contre l’action de l’Empire du milieu. Encore une fois, le cas des Rohingyas a été révélé au grand jour par la notoriété d’Aung Sang Suu Kyi, qui s’est vue critiquée de toute part, par une grande partie de la communauté internationale. De plus, le pays que dirige celle qui a reçu le prix Nobel de la Paix en 1991 est une puissance incomparable comparée au géant chinois. Trop d’intérêts économiques sont en jeu pour oser contester sur la scène internationale les actions de la Chine. Si le manque d’information et de précision pourrait expliquer la timidité de la communauté internationale à se prononcer clairement contre les agissement de Pékin envers les ouïgours, des preuves par satellite ont été apporté de l’existence de ces camps et plusieurs réfugiés ouïgours n’ont plus aucune nouvelle des membres de leur famille restés en Chine. L’influence de cette dernière au sein du système des nations unies et d’autres organisations internationales pourraient également s’avérer être un frein contre toute procédure lancée à l’échelle internationale contre les agissements du gouvernement chinois. Il faut espérer que la décision prise il y a quelques mois par la Cour pénale internationale de se déclarer compétente pour juger la déportation des Rohingyas puisse initier enfin une mobilisation contre la persécution des ouïgours en Chine.

Un silence appelant à se mobiliser

Il est temps d’agir. Si bien sûr, il ne s’agit pas d’interférer dans les affaires intérieures d’un pays, comme c’est malheureusement le cas trop souvent, conduisant à des drames politiques, les conversions dont sont victimes l’ensemble des ouïgours atteint le cœur de nos valeurs humaines. Tant de minorités et de groupes culturels sont en danger dans le monde, disparaissent dans l’indifférence totale. Il est grand temps que la communauté internationale, mais aussi des pays comme la France, qui ont sur leur territoire des réfugiés ouïgours, osent s’affirmer et dénoncer ces persécutions.  En 2009, une cinquantaine d’ouïgours s’étaient rassemblés place du Trocadéro pour déjà dénoncer la disparition de leur communauté. Que s’est-il passé en dix ans ? Une simple perte de temps. La communauté ouïgoure continue à disparaître dans une indifférence presque totale, alors que les réseaux sociaux ont prouvé qu’ils pouvaient mettre sur la table des puissants des sujets qu’ils ne voulaient pas voir jusqu’alors. Parler de la situation des ouïgours autour de soi, faire connaissance de cette communauté via les informations dont regorge internet et relayer des témoignages, des reportages sur les réseaux sociaux peut paraitre insignifiant mais permettrait peut-être d’enfin introduire le sujet dans le débat public.

Melchior Delavaquerie