Le survivalisme, un développement inhérent à l’évolution de notre société ?

Dans une époque pouvant paraître anxiogène au vu des situations économiques, nucléaires ou géopolitiques des différentes régions du monde, de plus en plus de personnes adoptent la doctrine survivaliste dans leur quotidien. Ainsi, il est donc question de comprendre la genèse de ce mouvement. Toutefois, sa définition puis les caractéristiques qui en découlent méritent également que l’on s’y attarde pour comprendre si cette tendance est exacerbée davantage aujourd’hui ou non.

Le survivalisme, qu’est-ce que c’est ?

De manière simple, on pourrait définir le survivalisme comme le fait de se préparer à la survie en prévision d’une catastrophe d’ordre naturelle, d’une guerre etc…

De ce fait, il est indéniable que ce comportement reste tout à fait normal et répond au besoin de survie. Les individus cherchent naturellement à préserver leur vie ainsi que leurs intérêts.

Les survivalistes vont par exemple élaborer des kits de survie, se loger dans des abris ou encore développer des compétences d’autosuffisance.

Ce réflexe demeure dans l’ADN humain, mais cette doctrine est relativement récente à l’échelle de l’humanité

Une appellation relativement nouvelle.

L’auteur américain Kurt Saxon (né en 1932) prétend avoir inventé ce terme. Il est notamment connu pour avoir écrit une série de livres sur les armes et munitions improvisées. C’est dans les années 60 que la notion de survie commence à constituer le fondement de nombreuses discussions dans l’opinion publique américaine. Durant cette période, l’inflation et la dévaluation de la monnaie ajoutées à la guerre froide cristallisaient une peur omniprésente chez la plupart des habitants du pays de l’Oncle Sam. La population quelque peu décontenancée et en perte de repères semblait être à la recherche de conseils. C’est dans ce contexte que de nombreux ouvrages parurent en évoquant des modèles économiques alternatifs en cas d’effondrement du système (notamment à la suite du choc pétrolier en 1973).

Parmi ceux-ci, on peut citer le passage à l’an 2000 qui a suscité une immense vague de paranoïa ou bien les attentats du 11 Septembre 2001 qui ont durablement impacté les esprits des Américains et des Occidentaux en général. On se souvient également de la supposée fin du monde censée se produire le 21 Décembre 2012.

La conduite survivaliste dépend donc des événements liés à l’actualité mondiale.

Une conduite extrémiste ?

Ce mode de pensée a pendant longtemps fait l’objet de connotations religieuses voire sectaires. Ces analogies se basent sur le fait qu’à l’instar des sectes, le curseur est placé sur l’hypothèse d’une fin apocalyptique où le monde sera détruit. Ce scénario envisagé peut être comparé à celui de l’enfer dans les religions monothéistes.

Cependant, le survivalisme n’est pas seulement un choix pris par des individus marginaux voulant vivre à tout prix en autarcie. Des actions plus modérées s’inscrivent dans une doctrine nommée néo- survivalisme.

Cela comprend simplement des réseaux d’individus se préparant à de multiples éventualités sans bouleverser totalement leur mode de vie. Il s’agit juste de se prémunir contre toute forme de dépendance et de gagner en autonomie et en solidarité. Le terme prepper signifiant « se préparer » est employé pour désigner cette catégorie.

La société a-t-elle un rapport avec la résurgence de cette tendance ?

Plutôt que d’employer le terme « responsable », je préfère mettre en perspective le lien de causalité ou non entre la société et le survivalisme. En effet, dire que celle-ci est responsable du survivalisme serait une forme de catégorisation de cette doctrine comme négative. Or, il me semble préférable de nuancer puisque comme nous l’avons vu, le survivalisme comporte du bon (prévoyance) comme du moins bon (paranoïa, hantise).

L’accès à l’information et la surabondance de celles-ci peuvent mener à la pérennisation d’un climat tendu. Les médias sont régulièrement accusés de « vendre la peur ». Néanmoins, le développement de diverses technologies et de techniques modernes permet d’anticiper des cas de figure toujours plus complexes.

Il est difficile d’apporter une réponse tranchée à cette problématique. Les survivalistes ne se basant que sur des suppositions mais aussi sur des faits avérés dans le passé susceptibles de se reproduire dans le présent.

Avancée ou dérive d’une peur excessive ? Les avis divergent mais le débat est lancé.

Milan Busignies