Palestinement ou l’artisanat palestinien mis en lumière

En novembre 2018, Julie, chercheuse belge en sciences politiques lance son projet « Palestinement » : un compte Instagram pour vendre des produits issus de l’artisanat palestinien. Si le concept paraît simple, il dévoile également la dureté de la vie à Jérusalem-Est.

« Avec Palestinement, je me suis dit qu’il y a plein de pro-Palestiniens en Europe qui n’ont jamais voyagé en Palestine et qui rêvent d’aider la Palestine sincèrement mais ne savent pas comment s’y prendre. » affirme Julie. Entre constat de la situation tragique des Palestiniens de Jérusalem-Est vivant sous occupation israélienne et volonté de promouvoir la culture palestinienne à travers le monde, retour sur un témoignage aussi enrichissant que bouleversant.

Une dizaine de voyages en Palestine avant d’y élire domicile

Doctorante en science politique et militante pro-Palestinienne, Julie entreprend une dizaine de voyages en Palestine durant son cursus universitaire. C’est d’ailleurs au cours de l’un d’entre eux qu’elle y rencontrera celui qui deviendra son époux. « Je connaissais déjà les problématiques mais ça m’a permis de mettre une image sur des mots » se rappelle-t-elle.

La vie à Jérusalem-Est s’est très vite corrélée à une prise de conscience des contraintes de l’occupation pour les commerçants palestiniens. L’isolement qu’ils subissent est double. D’une part, le mur de séparation matérialise une barrière physique avec la Cisjordanie. Il est donc extrêmement délicat pour un commerçant de Jérusalem-Est de s’y approvisionner. D’autre part, les commerçants arabes de la ville sainte misent énormément sur le tourisme. Sauf que, les guides touristiques étant majoritairement israéliens, les marchands font l’objet d’une mauvaise publicité et, par conséquent, d’une baisse d’attractivité de leurs produits et de leurs recettes. Une discrimination qui laisse d’importantes séquelles pour les commerçants et leurs familles.

« Palestinement » : un projet de solidarité en pleine ascension

Bien que de nombreuses associations et ONG existent, beaucoup de gens dans le monde soutiennent la Palestine sans savoir de quelle manière aider concrètement. Parallèlement, Julie dénonce un « business » : des milliards de dollars qui entrent en Palestine sans pour autant que les palestiniens voient cet argent. Ce phénomène est d’autant plus visible au sein de la population palestinienne de Jérusalem-Est qui, officiellement, dépend d’Israël. « Ils sont un peu les oubliés de tous. » déplore-t-elle.

Oubliés mais certainement pas dépourvus d’idées, de force et de volonté de résister : « J’ai pas envie de charité, j’ai envie de solidarité (…) qu’on aide les palestiniens dans des projets lancés de leur initiative et qui existent déjà. » Palestinement a donc été pour Julie, le moyen de faire le lien entre les soutiens en provenance d’Europe et les vendeurs palestiniens qui aimeraient vendre leurs produits et faire connaître leur patrimoine.

La jeune femme est donc à l’initiative du compte Instagram « Palestinement » qu’elle alimente avec des photographies de productions de commerçants palestiniens de la vieille ville. Si initialement il s’agissait uniquement d’artisanat local palestinien (robes brodées à la main, céramique, bijoux…), elle élargit aujourd’hui selon les demandes des clients (épices, dattes… ) et entreprend de nouveaux projets de collaboration, par exemple avec une entreprise de broderie gazaouie.

Palestinement connaît un début prometteur qui ne cesse de motiver sa créatrice, désireuse de promouvoir la culture palestinienne dans toute sa diversité. Car il s’agit bel et bien d’une culture protéiforme : par exemple, chaque village palestinien a son propre type de broderie bien qu’un seul soit connu à travers le monde.

Ce projet attire aujourd’hui majoritairement des français et des belges. Si les autres nationalités semblent plus discrètes dans les ventes que réalise Palestinement, c’est notamment à cause de la barrière linguistique. En effet, les produits sont aujourd’hui présentés exclusivement en français : un obstacle que Julie entend bien franchir !  

Un reproche récurrent : des prix, parfois élevés qu’elle justifie par le coût de la vie et les taxes énormes imposées aux Palestiniens de Jérusalem-Est. « Le but premier est que le commerçant récupère de l’argent. C’est comme un don : si tu achètes chez Palestinement, tu fais un don aux Palestiniens et tu reçois, en échange, un produit de l’artisanat local. » souligne-t-elle.

Boucles d’oreilles ornées d’une réplique d’ancienne pièce de monnaie palestinienne
Source : Instagram @Palestinement

Vivre à Jérusalem-Est ou vivre chez l’occupant

Les problématiques des Palestiniens de Cisjordanie sont bien souvent liées au mur de séparation (notamment la mobilité impossible puisqu’elle nécessite un permis extrêmement difficile à obtenir). Pour les Palestiniens de Jérusalem-Est, la difficulté majeure est de vivre sous autorité israélienne, entourés de colons. L’impression de ne pas être libre, de ne pas être chez soi… Par exemple, la culture palestinienne est maintenue dans l’invisibilité par Israël et y déployer un drapeau est proscrit (alors que les drapeaux israéliens sont nombreux) ! La rudesse de la vie est perceptible dans la banalité du quotidien : une surveillance constante, une lourde précarité et surtout l’impression d’être une « minorité non-voulue » sur son propre territoire.

Julie dénonce une « pression énorme » de l’autorité israélienne sur les Palestiniens de Jérusalem-Est. Un seul objectif : que ces derniers quittent la ville. Divers moyens sont instaurés : taxes exorbitantes, aucune aide de l’État, peu de services, difficultés à trouver un emploi (sans avoir effectué un service militaire dans l’armée israélienne, qui pourtant, n’est ouverte qu’aux israéliens). Autre exemple : obtenir un permis de construire à Jérusalem-Est coûte plus cher que le logement seul. « Pour eux, c’est un combat, une fierté, une chance d’habiter à Jérusalem. Ils veulent rester et surtout pas partir. » soutient-elle.

Palestinement répond parfaitement aux objectifs de sa créatrice : la vente de produits locaux et le partage de la culture palestinienne.  Mais l’énergie débordante, la passion et l’entrain de Julie font évoluer son projet chaque jour davantage. Par exemple, une box palestinienne est disponible chaque mois avec de nombreux produits palestiniens, une recette détaillée et les ingrédients nécessaires. Aussi, Palestinement propose un aperçu de la vie à Jérusalem-Est avec de nombreux témoignages de commerçants.

A présent, il ne vous reste plus qu’une chose à faire. Rendez-vous sur la page https://www.instagram.com/palestinement  et faites-vous plaisir !

Anaïs CHETARA