La représentation des latino-américains dans la culture populaire

Littérature, télévision, musique, cinéma, la culture occidentale ne peut se vanter de sa grande représentation des Latino-Américains. Nous parlons en effet d’une culture qui les voit comme une minorité, autant sociale que politique, et également au niveau de l’industrie du divertissement. Il n’y a pas de doute que depuis les dernières années il est évident qu’un effort a été réalisé de la part de la société afin de donner davantage d’opportunités aux personnes afro-américaines. Cependant, oublier les latino-américains, surtout aux Etats-Unis, est l’illustration de la grande discrimination et de l’hypocrisie venant d’une société se prétendant diverse.

La nécessité d’une représentation latino-américaine

Les répercussions d’une croissance sans représentation dans les médias n’est pas quelque chose dont on peut se rendre compte quand on se voit tous les jours sur tous les écrans. Pourtant, les conséquences existent. Quelle image avoir de soi-même ? L’impression de ne pas exister, de ne pas se retrouver dans un personnage, un héros qui ne nous ressemble pas. Encore pire, l’image que les personnes peuvent avoir d’un certain groupe ethnique se trouve au final très influencée par la culture populaire.

Gina Rodriguez s’est ainsi exprimée : « Je suis devenue actrice pour changer la manière dans laquelle moi j’ai grandi : jamais je ne me suis vue à l’écran. J’ai deux grandes soeurs. L’une d’entre elles est banquière d’investissement et l’autre médecin. Jamais je ne nous ai vu être représentées comme telles à la télé. Je me suis rendu compte de la limite que c’était pour moi. Je regardais l’écran et me disais, ‘Bon, de toute façon je ne pourrai jamais faire ça, parce que je ne suis pas là’. »

Sonia Manzano a aussi ressenti ce manque : « Quand j’étais enfant je ne voyais aucune Latina à la télé, pas seulement à la télé, mais aussi dans les magazines, les livres, tout… Il n’y avait aucune personne latine dans le monde où j’ai grandi, et je me demandais comment j’allais pouvoir contribuer à une société qui ne me ressemblait pas. J’étais invisible. »

Ce besoin est donc présent, et pourtant, de nombreuses difficultés sont ancrées dans un système qui isole volontairement et ignore ces appels, comme l’ont expliqué ces différentes figures du cinéma :

Andy García : « Il était très difficile pour un acteur qui venait d’un passé culturel spécifique et qui avait un certain nom, de dire pendant un casting ‘regardez-moi comme un acteur, une personne, ne me voyez pas comme un acteur de descendance mexicaine’. Regardez cette personne pour ce qu’elle peut offrir à votre histoire, à votre film grâce à sa participation et ses talents en tant qu’acteur ou actrice. »

John Leguizamo : « Je devais faire mes propres projets. C’était un antidote au système… parce que je ne souhaitais pas être un trafiquant de drogue ou un assassin pour le restant de ma vie. Ce n’est pas moi, ni mon peuple. »

Oscar Isaac : « Cela demeure difficile pour des personnes qui ne ressemblent pas au status quo dans ce pays d’obtenir de grands rôles. Les personnes qui distribuent les rôles dans les films et séries, espérons qu’elles voient au-delà de leurs conceptions limitées qu’elles peuvent avoir au sujet de l’ethnicité. »

L’accent, ne pas savoir bien parler anglais, chose tellement demandée à de nombreux acteurs, comme a pu le vivre Artura Castro : « Tu sais, tu passes beaucoup de temps à perdre ton accent, mais la première chose qu’ils te demandent, surtout quand tu débutes, c’est d’avoir cet accent. » ; ou bien encore Rita Moreno : « J’ai fais des films quand j’étais jeune et je devais toujours avoir un accent. Mais ce n’était pas le pire des problèmes. Si j’avais le rôle d’une Latina, je devais être sexy et facile. Je détestais toujours cela. » Pourquoi continuer à transmettre cette image plus que négative ? Rosie Perez se le demande encore : « Pourquoi est-ce que j’ai toujours reçu des offres à 50 millions de dollars pour le rôle d’une prostituée toxicomane ? Je leur ai demandé, et au début, mon dieu, leur réponse a été horrible. »

Littérature et musique

Les prix Nobel de littérature ne manquent pas : Miguel Angela Asturias (Guatemala), Pablo Neruda (Chili), Gabriel García Márquez (Colombie), Octavio Paz (Mexique), Mario Vargas Llosa (Pérou), pour ne citer que quelques-uns d’entre eux.

Alors que les œuvres anglaises, françaises, espagnoles, américaines se font adapter sur les écrans, il est clair que le monde occidental prête bien moins attention à la littérature de l’Amérique Latine. De plus, contrairement aux œuvres du continent européen, il semble aussi que peu d’attention est donnée aux auteurs et poètes latino-américains dans les écoles, collèges et lycées.

Si au niveau de la musique quelques artistes ont réussi à réaliser des succès en langue espagnole à l’image de Shakira ou Jennifer Lopez, ou encore plus récemment Luis Fonsi, la tendance générale demeure tout de même l’écriture de chansons en anglais, ou sinon des versions anglaises des chansons en espagnol.

Toutefois, il ne faut pas balayer l’ascension d’un genre musical latino-américain : le reguetón (reggaeton). Il s’est développé comme étant une forme de résistance contre le consumérisme culturel produit par la présence des États-Unis en Amérique Latine. La musique reguetón joue ainsi le rôle d’une solution pour les jeunes, leur permettant de s’exprimer au sujet de luttes qu’ils vivent et qu’ils perçoivent dans la société actuelle. Parmi quelques artistes, nous pouvons mentionner Vivo C, Daddy Yankee ou bien encore Nicky Jam.

Télévision et cinéma

Adam Rodriguez, Karla Souza, Sofia Vergara, quelques noms connus par le grand public. De manière générale, les personnages dont les rôles et caractéristiques ne sont pas des stéréotypes ou représentent négativement les Latino-américains sont au final très peu nombreux. De nombreuses séries, notamment de police, ont surtout recours à des acteurs et actrice latino-américains pour des rôles de criminels, ou bien d’indigènes, natifs, et très peu cherchent à réellement développer un réel personnage.

L’un des phénomènes les plus récurrents à Hollywood n’est autre que le whitewashing, une pratique de casting qui consiste à remplacer des personnages qui ne sont pas blancs (noirs, asiatiques, latino-américains…) par des acteurs blancs. Cela se pratique surtout dans l’industrie cinématographique des Etats-Unis. Un exemple est West Wide Story, adaptation de 1961 de la comédie musicale de 1957. En effet, alors que les personnages viennent du Puerto Rico, les rôles ont été donnés à des acteurs caucasiens. Ce film est également l’illustration du browface pour différents acteurs afin de leur donner une apparence latino-américaine.

Le problème est évident : les directeurs de casting ne souhaitent pas travailler avec des Latino-américains, alors que les acteurs, chanteurs, artistes, existent. Le fait que des rôles et personnages dont les origines ethniques sont évidentes et ont de fortes relations avec l’Amérique Latine soient distribués à des acteurs caucasiens, est un poids supplémentaire et un obstacle à ajouter, diminuant les possibilités de représentation.

Oscars

Les Oscars ne sont d’ailleurs pas à mettre de côté dans cette problématique. Si depuis 2015, le hashtag #OscarsSoWhite a permis aux personnes de descendance africaine d’obtenir davantage de représentation, il est difficile de pouvoir affirmer que les autres minorités ethniques ont bénéficié de ce mouvement. Dans un pays comme les Etats-Unis où il n’y a pas de langue officielle, dont certains Etats parlent l’espagnol, ce serait mentir que dire que les Latino-américains n’existent pas.

Pourtant, en 2016, seuls 3% des personnages dotés de répliques au cinéma étaient latino-américains, contre une représentation de 18% dans la population américaine réelle, et représentant en plus 23% des spectateurs de films. Comme l’a dit Michelle Mulligan « Nous parlons d’une décision délibérée de nous écarter de tout ».

Depuis la création des Oscars en 1929, soit il y a 90 ans, seuls vingt acteurs et actrices latino-américains ont été nominés, cinq sont repartis victorieux : José Ferrer en tant que meilleur acteur en 1950, Anthony Quinn en tant que meilleur acteur dans un second rôle en 1952 et 1956, Benicio del Toro pour la même récompense en 2000 et enfin Rita Moreno en tant que meilleure actrice dans un second rôle en 1961.

Il faut toutefois souligner les très belles performances dans les catégories des meilleurs photographies, réalisateur et film, où cette fois-ci les Latino-américains ont inscrit de nombreuses fois leurs noms dans l’histoire. Ainsi, sur seize nominations pour la meilleure photographie, cinq victoires sont comptées, dont trois fois Emanuel Lubezki pendant trois années d’affilées (2013-2015) et Alfonso Cuarón cette année. Deux victoires pour le meilleur film grâce à Alejandro González Iñárritu en 2014 (Birdman) et Guillermo del Toro en 2017 (La forme de l’eau). Enfin, ceux que l’on surnomme les « trois mousquetaires mexicains », les « trois amis », ont tous remporté l’Oscar du meilleur réalisateur : Alfonso Cuarón (2013 et 2019), Alejandro González Iñárritu (2014 et 2015) et Guillermo del Toro (2017).

Marie-Juliette Michel