Le métier de photographe vu par…

Robert Capa, Dan Eldon, Carol Gouzy, Robert Doisneau… Photographes de guerre, reportage, mariage, sport, portrait… Tant de domaines et de noms dans le monde de la photographie. Alors qu’en 2019 le monde de la photographie est devenu bien plus accessible, que cela soit à travers la démocratisation des appareils mais également par l’évolution des portables, le métier de photographe semble aujourd’hui paradoxalement aussi inaccessible que plus facile à atteindre. Rencontre avec deux photographes aux univers bien différents pour en parler.


Pourquoi avoir choisi de devenir photographe ?

Clotilde BRIAND : « J’ai commencé la photographie quand mes parents ont acheté un reflex, je le prenais tout le temps pendant les vacances et puis un jour j’ai voulu photographier autre chose et je suis partie avec sur les concours équestres… La photographie me permet de m’exprimer autrement qu’avec des paroles. J’ai créé mon association en 2017 afin de promouvoir mon travail (expositions…). »

Manon LEPREVOST : « C’est difficile à dire… Maintenant je dirais que c’est pour le partage, la photo est un réel moyen de communication : permettre aux personnes d’ouvrir les yeux, de transmettre et véhiculer des émotions. Je fais de la photo depuis 2012. »


Quel est votre parcours ?

C.B : « Je voulais faire un BTS photographie mais je suis partie vers un BTS assistant de gestion PME-PMI, ce qui n’a rien à voir mais m’a permis d’apprendre de nombreuses choses sur le fonctionnement des entreprises. J’espère avoir l’occasion de créer la mienne un jour ! Ensuite j’ai intégré un bachelor marketing et communication que j’ai très vite arrêté. Je suis maintenant à la recherche d’une licence professionnelle pour la rentrée, pour ensuite espérer travailler dans le milieu équestre. »

M.L : « J’ai fait un Bac ES, un DUT en technique de commercialisation et deux ans d’ostéopathie pour chevaux et chiens. Le cursus était de cinq ans mais au bout de deux ans j’ai arrêté pour la photo. Je suis autodidacte mais je suis des formations (Empara), je fais des stages, etc, pour me former continuellement. »


Quel matériel utilisez-vous ?

C.B : « J’ai commencé avec le Nikon D5100 et le 18-200 f/3.5-5.6. J’ai ensuite acheté un 50mm f/1.4 à la suite d’un stage avec le photographe Little Shao qui me l’avait fait essayer, avant d’investir dans le Nikon D500 que j’utilise maintenant. J’envisage d’acquérir d’autres objectifs, mais ce n’est pas donné ! »

M.L : « Je suis équipée d’un Canon 5 D Mark III avec plusieurs objectifs : 70-200 2.8, 85mm 1.2, 24-70 mm 2,8 et un 50mm. J’ai mis du temps à travailler avec des focales fixes mais c’est génial surtout pour le portrait : ça change la façon de travailler mais ça oblige à sortir de la zone de confort. »


Pourquoi avoir choisi ces domaines dans la photographie ?

C. B (équitation, concert, festival) : « J’ai pratiqué l’équitation durant de nombreuses années, je suis passionnée par les chevaux (et tous les animaux) et c’était donc assez naturellement que j’ai voulu capter leurs regards… Autrement j’adore la musique, j’en écoute tout le temps et je fais de la guitare. Et puis un beau jour j’ai rencontré des personnes qui m’ont donné envie de faire des concerts.

J’ai ensuite découvert Broken Back en live et gros coup de cœur, toutes ces lumières, j’avais envie de faire forcément envie de faire des photos. J’ai alors envoyé un mail à la salle de concert de Châteaubriant, et la veille on m’a répondu qu’il avait accepté que je vienne faire des photos de son concert. J’étais stressée et à la fois super heureuse. J’avais seulement fait des photographies de spectacle auparavant. C’était vraiment une super expérience, j’ai alors contacté des festivals pour en faire d’autres. Malheureusement c’est un peu plus compliqué de rentrer dans ce milieu, mais j’ai eu l’opportunité de participer au Roi Arthur et à Mythos ! »

M. L (reportage, mariage, nu artistique, photos corporate) : « Le reportage et le mariage se ressemblent : on est spectateur de ce qu’il se passe et c’est à nous de capter les émotions. C’est très intéressant comme approche. J’ai appris la photo avec les chevaux donc j’étais obligée d’être très observatrice et réactive. Je fais aussi le nu… de femme ! J’aime beaucoup travailler avec les lignes du corps, et les ombres.

Le portrait corporate me permet de rencontrer beaucoup de personnes avec des origines différentes. J’aime beaucoup parler avec ces personnes et connaître un peu leur histoire. Bien que ce soient des portraits assez conventionnels, on peut quand même chercher la créativité. Je préfère les séances en extérieur, c’est plus facile pour le modèle de s’appuyer sur les éléments que de faire un véritable face à face avec l’objectif en studio. »

Est-il difficile pour vous de faire la transition d’un domaine à l’autre ?

C. B : « C’est vrai que ça change, après le concert de Broken Back je me suis demandée ‘qu’est-ce que je fais ?’. Et puis j’ai eu de très bons retours, et j’avais envie de progresser dans ce milieu et faire d’autres concerts. Le plus difficile c’est de se faire connaître dans un autre milieu je pense, je n’ai presque que des cavaliers qui me suivent sur mes réseaux sociaux ! »

M. L : « Non ce n’est pas difficile. C’est même important de varier : ça évite la routine et les mauvaises habitudes ! »

Quel regard, style, cherchez-vous à apporter à tes photos ?

C. B : « J’essaie de faire en sorte que que mes photos aient de l’émotion, c’est le but d’une photographie pour moi, et ça passe essentiellement par le regard (du photographe et de ce que je photographie), j’essaie donc de faire très attention à ce détail. »

M. L : « Je recherche au maximum le naturel, la spontanéité et les émotions… Pour le reportage c’est plus simple car la plupart du temps les personnes sont photographiées à leur insu, mais même pour les portraits au niveau des poses ça reste le plus naturel possible. Dans le traitement c’est pareil. J’essaye de faire en sorte que le traitement soit très discret : pour moi le traitement doit sublimer la photo mais pas la modifier. »


Quel genre de relation établissez-vous avec vos clients/modèles ?

C. B : « Étant assez timide, je ne fais pas beaucoup de portraits, je photographie essentiellement des personnes que je connais donc le contact se fait très bien. J’aimerais beaucoup en faire plus, ça m’aide vraiment à me dépasser et prendre confiance en moi. »

M. L : « J’ai de bonnes relations avec mes clients. Je cherche au maximum à les mettre à l’aise : c’est très important. Je m’intéresse beaucoup à ce que chaque personne fait : je crois que je suis très curieuse. »

Quel est le plus dur pour vos dans la photographie ?

C. B : « Le plus dur pour moi c’est de dépasser ma peur des autres, mais depuis que j’ai commencé la photographie j’ai beaucoup appris, j’ai rencontré de nombreuses personnes qui sont devenues de très bons amis. Je n’aurais jamais pensé faire tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, et j’espère que ce n’est que le début. »

M. L : « Le plus dur pour moi c’est d’en vivre, d’avoir une récurrence qui permet de savoir de quoi demain sera fait. Mais ce problème n’est pas réservé qu’à la photo ! »

Que pensez-vous de la démocratisation des appareils photos les rendant plus abordables, et au fait que maintenant il est plus facile qu’avant pour des amateurs de s’auto-proclamer photographe ?

C. B : « Je pense que l’appareil photo ne fait pas le photographe, je vois des personnes avec de superbes appareils photos mais je trouve personnellement que leurs photos ne sont pas exceptionnelles et des personnes avec des appareils photos d’entrée de gamme faire de superbes clichés. C’est une question de regard avant tout ! »

M. L : « Gros débat ! Un jour j’ai entendu une personne dire qu’en gros, ce n’est pas parce que les stylos plumes sont arrivés qu’il y a eu plus d’écrivains… Pour la photo c’est pareil ! Le statut pro/amateur c’est uniquement la partie déclaration qui les différencient. Il y a des amateurs qui ont un très bel œil, plus que les pros ! Cependant les amateurs ne sont pas soumis aux mêmes contraintes que les pros. Personnellement, j’ai de plus en plus de mal à faire des projets totalement personnels parce qu’il faut réaliser les prestations clients.

Mon seul point noir serait les amateurs qui font payer : ils n’ont pas de charge et ça casse les prix. Ensuite, autre observation un peu désolante, c’est que les gens actuellement veulent tout, tout de suite. Je le remarque dans les évènements : qui n’a pas son portable à la main ? Même si la qualité de la photo n’est pas bonne, l’essentiel c’est d’avoir la photo maintenant. Ils ne savent plus profiter du moment. »


Certains photographes dans le milieu depuis des décennies ont dit qu’à ce sujet, on voit de plus en plus de jeunes le faire en loisir, mais qu’au final très peu se professionnalisent. Est-ce que vous pensez qu’il y a un manque d’attractivité dans le métier ?

C. B : « C’est dur, très difficile d’en faire son métier mais tout est possible quand on s’en donne les moyens et j’espère réussir un jour. »

M. L : « C’est un métier passion… On ne peut pas faire ce métier si on ne cherche que l’appât du gain. Ça représente beaucoup d’heures de travail, le salaire ne suit pas toujours. Mais parfois les retours clients et leurs satisfactions valent bien plus (même si ça ne paye pas les factures) ! »


Un conseil à donner à une personne qui souhaiterait en faire son métier ?

C. B : « De photographier ce qu’il aime avant tout, de ne pas faire attention au travail des autres. »

M. L : « Patience, persévérance, observation, curiosité : ils seraient mes 4 mots bien qu’il y en ait plus. Il faut beaucoup regarder, beaucoup pratiquer et surtout s’accrocher, mais c’est le plus beau métier du monde ! »

Crédit photos : Clotilde Briand et Manon Leprevost. Propos recueillis par Marie-Juliette Michel.