Franc CFA : garanties et héritages controversés entre la France et les Etats africains, anciennes colonies

La France est aujourd’hui l’un des sponsors commerciaux les plus importants de l’Afrique et, en 2017, 38 000 de ses sociétés y ont exporté plus de 53 milliards d’euros. Malgré les chiffres, la France (pays colonisateur) a été remplacée par l’Allemagne en tant que premier pays exportateur sur le continent africain. Puis la Chine, ces dernières années investit en Afrique, même dans les pays qui représentent le pays dit de la Françafrique.

Dans les anciennes colonies françaises, ils interviennent également par le géant pétrolier Total, le groupe Orange de la Télécommunication et la société Bolloré construction. Les sociétés françaises profitent des territoires des États français pour extraire l’uranium du Gabon et du Niger. Dans ce dernier pays, la France est présente avec des missions militaires, sous forme de protection comme le G5 Sahel composé  des contingents français, qui contrôlent les frontières des pays du Maghreb et du Sahel.  

L’une des questions les plus controversées sur la relation France/Afrique réside dans la politique monétaire et le rôle du franc CFA, ce que l’on appelle le franc africain ou colonial.

En 1944, a été adopté le système de Bretton Woods, c’est-à-dire un système d’échange fixe entre les monnaies des différents Pays (Fond monétaire international- FMI), fixé par rapport au dollar dont la valeur a été fixée par rapport à ses réserves d’or. Ce système a été assuré par certaines institutions telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, qui assuraient et compensaient les taux fixes des accords entre États. 

Le franc CFA, qui a été introduit en 1945 par le Général Charles de Gaulle après les accords de l’année précédente, est devenu la monnaie commune de nombreux pays africains qui constituaient autrefois l’Empire colonial français. 

Au moment de sa création, l’acronyme du franc CFA signifiait «Franc des colonies Français d’Afrique». Aujourd’hui, nous parlons de « Franc de la communauté financière de l’UEMOA » et « Franc de la coopération financière des pays de la CEMAC ». 

De nombreux pays africains sont arrivés à l’indépendance dans les années où le système de Bretton Woods est entré en crise, à tel point qu’en 1971, il sera surmonté par un système de changements fluctuants. Dans ce contexte, les colonies françaises de l’Afrique subsaharienne ont obtenu l’indépendance sans guerre civile et elles ont pu choisir entre une indépendance totale et un système qui les a attachés au système économique français, ainsi qu’à l’Union monétaire. Ils ont clairement opté pour la deuxième option, à l’exception de la Guinée Conakry. 

La France a accordé dans les traités pour l’indépendance de ces pays le droit d’émettre de l’argent et de centraliser leurs réserves d’or dans une banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui a été commandée par les nouveaux États indépendants d’émettre le franc CFA, qui deviendra ainsi le franc de la communauté financière africaine et non plus Franc des colonies Français d’Afrique. En tout, il y a environ 155 millions de personnes qui utilisent le franc CFA.

Avec le crépuscule de l’époque coloniale, seulement 14 États ont conservé cette monnaie. Ces pays se retrouvent aujourd’hui dans l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA): Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo; et le choix monétaire est décidé par le Conseil des Ministres de ces pays, qui doit se tenir deux fois chaque année pour  coordonner avec le Conseil du Trésor Français (les garants du taux fixe). De plus, la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) composée du: Cameroun, Tchad, Centre-Afrique, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale. Les deux communautés monétaires et économiques ont une banque centrale. 

Les règles de fonctionnement du franc CFA ont été rédigées dans les traités de 1959 et 1962 et reposent sur quatre principes fondamentaux : 

1. le taux de conversion entre le CFA et l’Euro est fixé comme suit :1 Euro (€) équivaut à 655,957 francs (CFA); 

2. la France garantit la convertibilité du franc CFA en euros (le gouvernement français accorde des liquidités aux pays africains qui utilisent cette monnaie); 

3. les transferts de capitaux des pays de la zone CFA vers la France sont gratuits ; 

4. les pays africains qui utilisent le franc CFA sont obligés de déposer 50% de leurs réserves de change au Trésor Français et c’est grâce à ces dépôts que le taux de change est maintenu fixe. 

Depuis 1994, à la suite d’une dévaluation, l’Union a également été dotée de paramètres permettant de faire converger les économies des pays adhérents. 

Par exemple, le Mali a initialement choisi d’avoir une banque centrale, mais en 1967 a demandé à entrer après la crise financière et a été définitivement réadmis en 1984. La Mauritanie est sortie en 1973. La Guinée Conakry est encore sortie aujourd’hui. La Guinée-Bissau s’est jointe volontairement au parti en 1997. 

Cette Union monétaire a donc des avantages et des inconvénients à travers deux facteurs principaux, comme l’expliquent les économistes. 

A titre préliminaire, c’est toujours dans la capitale française que les billets sont imprimés et sont ensuite envoyés à des milliers de kilomètres au Sud, aux Banques centrales des États individuels. Le système garantit aux pays africains la possibilité d’échanger le franc avec toute autre devise. 

Le premier facteur est la garantie de la stabilité d’une monnaie qui, dans les pays en développement, est très fragile, sensible aux chocs internes et externes et qui court donc le risque d’une inflation rampante. On pense aussi qu’avoir une Union monétaire peut aider le commerce dans les différents pays de la région.

Il y a également plusieurs critiques avancées à ce système, telles que le rôle prépondérant de la France au sein des comités qui sont impliqués dans le cadre de la politique monétaire dans les deux banques centrales des zones en francs africains. En outre, il y a un manque de souveraineté monétaire des pays membres, en favorisant les classes riches des États africains, ne faisant pas bénéficier les exportations et les échanges entre les différents pays et ne garantissant donc pas une augmentation des prêts aux entreprises, ralentissant aussi le processus de l’industrialisation. 

Selon certains économistes, les dépôts seraient d’environ 7 000 000 000 000 francs CFA, soit environ 10 milliards d’euros, ce qui aiderait la France à payer environ 0,5% des intérêts sur la dette publique française. 

Il y a des opposants à la monnaie, par exemple, à l’avant-garde, l’économiste béninois Kako Nubukpo, qui parle de « l’esclavage des monnaies », se concentrant précisément sur l’obligation de transférer la moitié des réserves au Trésor Français. Il s’interroge également sur la raison pour laquelle les billets ne sont pas fabriqués directement en Afrique. L’expert admet que, dans le même temps, le mécanisme permet de bénéficier d’une assurance contre les lacunes de la gouvernance économique africaine. 

Carlos Lopes, économiste guinéen et ancien Secrétaire Adjoint de l’ONU, a amèrement critiqué le franc CFA, car bien qu’il admet que le commerce international est important, la consommation intérieure est l’objectif le plus important de la croissance dans les pays qui adoptent la monnaie. 

Le nœud fondamental est que le rapport entre les Pays du Continent noir et la France, avant d’être économique, est politique. 

Il est préférable de parler du nombre impressionnant de coups d’Etat en Afrique, en particulier dans les anciennes colonies françaises, qui vont bien au-delà du fameux cas du Président burkinabé Thomas Sankara (tué en 1987, peu après avoir proclamé sa volonté de briser l’esclavage de la dette qui opprimait les pays africains), ou le cas du Président du Togo, Sylvanus Olympio (tué en 1963) et le Président du Mali, Modibo Keita (renversé en 1968): cinq  coups d’Etat au Burkina Faso et aux Iles Comores; quatre au Burundi, en République d’Afrique Centrale, au Niger et en Mauritanie; trois au Congo et au Tchad; deux en Algérie, Mali, Guinée Conakry; au moins un au Togo, en Côte d’Ivoire et au Bénin. Les historiens ont compté qu’au cours des cinquante dernières années, il y a eu 67 coups d’Etat, en particulier dans 26 pays africains, dont 16 colonies françaises. 

Cela s’ajoute à la question de la dépendance militaire des pays africains de la capitale française. La France est en fait liée à 12 pays par des accords défensifs de type militaire et est présente dans 10 pays avec des missions militaires, pour un total de 5000 unités présentes, décrivant un cadre de dépendance qui ne peut pas être réduit à un seul thème monétaire. 

L’héritage historique du colonialisme français se reflète également dans la création d’un lien historique entre les Français et les élites régionales, ce qui crée une relation privilégiée entre les entreprises privées et publiques françaises avec celles des territoires africaines. A cela s’ajoutent les liens culturels entre l’Afrique et la France: plus de 100 millions d’Africains parlent français, la moitié des gens du monde. En France, environ 4 migrants sur 10 arrivent du Continent africain (principalement du Maghreb). Le lien qui unit la France et l’Afrique est enraciné au fil des siècles, restant un lien solide.

Dr. Morena Altieri