Quand la jeunesse s’investit pour son avenir

2020, 2021 et bientôt 2022 ! Nos trois prochaines années vont être ponctuées d’échéances électorales. Année après année, élection après élection, un constat semble émerger. Les jeunes correspondant aux 18-25 ans selon la catégorie de l’INSEE, s’éloigneraient de la politique et des élections. 

Ce constat n’est pas nouveau, cela fait plusieurs élections qu’il est observé ; pour autant, les dernières élections européennes auraient pu marquer un potentiel changement de tendance. En réalité, les jeunes ne semblent pas particulièrement éloignés de la politique, mais uniquement des partis politiques traditionnels et du vote.

Dès lors, interroger des jeunes qui, justement, s’investissent dans le monde politique mais en dehors des partis politiques tels que nous les connaissons est intéressant. 

Après plusieurs demandes réalisées auprès de divers jeunes de divers horizons politiques, l’un d’entre eux a accepté de répondre aux questions, Gaulthier Lenôtre, président des « Jeunes Normands Conquérants ». Dans les mois à venir, nous essaierons de rencontrer d’autres jeunes qui s’investissent également pour qu’ils puissent exprimer leurs motivations.

D’où t’est venu l’idée, et pourquoi avoir créé les Jeunes Normands Conquérants ?

Tout est venu de mon engagement au “ Parlement des étudiants ”, au bureau national en charge de la communication. Je me suis rendu dans différents campus universitaires pour valoriser l’action des sections locales, et je me suis rendu compte, en échangeant avec les différents participants, qu’ils avaient une réelle envie de participer à la chose publique et de se faire entendre. On m’a souvent dit « Je m’engage au Parlement des étudiants mais ça ne restera qu’au Parlement des étudiants, puisqu’à côté, nous ne sommes pas écoutés et on a beau avoir une volonté, une ambition, on est totalement marginalisés ». Je me suis donc renseigné sur la question durant un stage. J’ai pris le temps de la réflexion et j’ai remarqué que depuis 40 ans, la tranche d’âge la plus touchée par l’abstentionnisme est celle des 18-25 ans. En parallèle de mon stage, il y a eu des débats concernant la loi NOTRE, l’organisation des nouvelles régions. Et je me suis dit qu’il fallait que la jeunesse s’intéresse à la politique mais aussi au fonctionnement de la politique de leur région.

Comment peuvent-ils faire entendre leur voix ? J’ai donc décidé de créer les jeunes normands conquérants, un groupe de jeunes qui peut faire entendre leur voix avec un rapport remis au président de région Hervé Morin. C’est donc ça mon idée, se rassembler, discuter, et aussi peser en quelque sorte, sur le façonnement de la Normandie de demain.

Toi personnellement, pourquoi penses-tu que les jeunes de notre âge s’éloignent de la politique ?

C’est une bonne question, je pense qu’ils s’éloignent de la politique parce que beaucoup ne se reconnaissent plus dans le système politique actuel, et avec ce qui se passe actuellement, ils se disent « Non ce n’est pas ma manière de voir la politique ». Après de manière plus générale, il y a un sentiment, le fait qu’il y ait une déconnexion entre les élus et les jeunes. Beaucoup de jeunes n’osent pas s’exprimer, je le vois même au sein des Jeunes Normands Conquérants. Certains m’ont concédé « ah oui ce sujet j’aimerai y travailler mais je ne me sens pas compétent » ou « j’ai peur de proposer des idées qui soit irréalistes ». Je pense qu’il y a aussi une peur qui vient peut-être du discours qu’on a souvent entendu « t’es trop jeune, tu ne connais pas grand-chose à la politique ». Alors qu’au contraire, moi je pense sincèrement que bien qu’on soit jeunes, et que nous n’ayons pas autant d’expérience que nos aînés, nous avons toute notre place à prendre part au débat public.

Du coup, si l’on parle de ton initiative, en quoi consiste « les Jeunes Normands Conquérants » ?

Cela consiste à recentraliser la parole de la jeunesse en Normandie, et faire en sorte que cette parole recentralisée puisse avoir un écho au sein des institutions politiques. Pour ça, il y a 3 axes : premièrement, chaque mois, nous organisons des rassemblements régionaux sur une thématique en lien avec les compétences de la région. Nous rencontrons un élu de la majorité puisque les jeunes normands conquérants restent reliés à la majorité, et donc, on discute pendant 1 heure et demi, 2 heures avec l’élu en question qui nous présente les politiques mises en place par la région. De notre côté, nous venons pour échanger avec l’élu sur nos travaux, puisque nous avons créé des comités de réflexion pour imaginer la mise en place de nouveaux projets. Pour le deuxième axe, qui est relié au premier, en amont ou en aval des rencontres avec les élus de nos rassemblements régionaux, nous allons à la rencontre des acteurs économiques, sociaux et culturels normands pour répondre à trois objectifs : 1- que les jeunes qui s’engagent se rendent compte des potentialités de son territoire. La Normandie, ce n’est pas que les vaches et les pommiers. C’est aussi les industries, des start-up, des associations. 2- aller à la rencontre d’hommes et des femmes qui s’impliquent sur le territoire afin de découvrir l’action de ces derniers. Cela permet à travers cet échange, de saisir les problématiques qu’ils rencontrent. 3-permettre aux jeunes qui travaillent au sein des comités de pouvoir rendre réalisables leurs propositions. Le troisième axe des Jeunes Normands Conquérants est de faire en sorte que toutes les propositions que l’on fait rédiger soient présentées dans un rapport général d’idées remis à Hervé Morin, le président de la région Normandie et chef de file de la majorité régionale de la Normandie Conquérante .

Comment considères-tu les jeunes normands conquérants, un parti ou un « think tank » ?

C’est plutôt un club dans le sens ou c’est ouvert à tout le monde. C’est un club apartisan mais il faut soutenir la majorité régionale. Après, bien évidemment, il y a quand même un objectif lointain, de longue durée. Pour gagner en visibilité, nous jouons vraiment sur la communication sur les réseaux sociaux. Nous utilisons énormément les réseaux sociaux, et notre communication repose sur des supports ludiques, notamment sur l’aspect vidéo.

Et pour toi, quel est l’intérêt de « s’investir pour son avenir ? » 

Aujourd’hui on est jeunes citoyens de demain ! S ’investir pour son avenir en se mobilisant, en rédigeant des propositions, c’est utile. On a une manière d’être acteurs, d’être des bâtisseurs de la société de demain. Pouvoir participer dès à présent au façonnement de la région dans laquelle nous allons vivre est un apport considérable pour la Normandie et pour la société de demain.

Pour terminer, si tu avais un message à délivrer aux jeunes, un message concernant la politique ?

Mon message, ce serait de véritablement s’engager et de croire en soi, de ne pas se considérer comme illégitime. On a tous une compétence, quelque chose à dire, bien sûr nous n’avons pas une connaissance aiguisée de tous les sujets mais on a forcément une attirance pour un sujet quel qu’il soit. Nous avons tous une idée de ce que nous souhaitons pour notre société, je dis qu’il ne faut pas avoir peur de s’exprimer et de faire entendre ses idées auprès des aînés.

Hugo RENART