Carnet de voyage : l’Inde du Sud, entre tradition et modernité

Après quelques ennuis de Visa et trois jours de retard, nous arrivons enfin à destination : Chennai. Il est 4h du matin, et nous voici propulsées dans une Inde étouffante et bruyante. Harish, notre chauffeur et ami de 27 ans, nous conduit à Mamallapuram, station balnéaire du Tamil Nadu dans le sud. 

C’est ici que nous passerons quatre jours riches en rencontres, en shopping bien sûr, et en découvertes culinaires et culturelles. Les parents d’Harish, Ganesan et Valarmathi, nous ont accueillies avec une chaleur incroyable. La gentillesse indienne n’est pas qu’un simple cliché. 

Après avoir découvert le petit magasin de sculptures de Ganesan, la mère de famille nous a invitées à déjeuner : mes premiers pas culinaires indiens riment avec riz, poulet et poissons parfaitement épicés et adaptés à un estomac européen. Ils ont eu lieu ici, dans leur accueillante petite maison du centre du village. 

   Harish, Ganesan et Valarmathi

La petite sœur de Harish, Priya, est partie étudier au Canada. Mais Harish, lui, reprendra le magasin de son père, c’est déjà décidé. Nous comprenons que le lien qu’il entretient avec les traditions et sa famille sont plus forts qu’une éventuelle envie de quitter son village natal. 

Nous avons pu discuter longuement avec nos hôtes : ce faisant, nous nous sommes plongées dans leurs habitudes, dans cette culture si riche. Il nous semblait nécessaire de déconstruire certains clichés : pour ce qui est des mariages forcés, par exemple, vous serez soulagés d’apprendre que, malgré certains cas isolés, c’est un procédé qui tend à se raréfier ! Nous nous sommes toujours senties en sécurité, et surtout, les bienvenues. 

Les habitants de la petite station balnéaire comptent principalement sur le tourisme pour vivre. Précisons ici que l’Inde du Sud est connue pour être plus “sûre” et accueillante que le Nord…. Après ces quelques jours, nous avons pris la route pour la grande ville de Pondichéry (ou Puducherry). 

street art dans les rues de Pondichéry

Véritable coup de cœur, nous nous devons d’évoquer les quelques rencontres que nous avons pu y faire, et ce que nous avons découvert ici : Yuvaraj Mani, infatigable guide touristique (qui ne s’assoit jamais) et qui nous fait découvrir la ville avec passion, en est le premier exemple. 

Nous avons eu la chance de nous immerger dans la vie de sa famille le temps d’une soirée mémorable : Cette nuit-là avait lieu le festival « Masi Magam« , durant lequel les habitants célèbrent le dieu Shiva en lui faisant des offrandes. 

Pour l’occasion, le sol devant chaque maison était recouvert de grandioses “Kolans” colorés (ci-dessous), censés porter bonheur et attirer la chance. Un Dieu Shiva sculpté déambulait dans la rue, soutenu par quelques courageux fidèles.


C’est pendant cette soirée, il faut le préciser, que nous avons testé l’assiette-feuille de bananier, assises dans le grand salon des Mani.

Ici, en plein centre du quartier indien de Pondichéry, la famille de Yuvaraj Mani avait laissé TV5monde Asie en fond pour nous « faire sentir chez nous” : une ambiance unique que nous ne pourrions vous décrire. Modernité et coutumes locales se joignent dans un fabuleux mélange !

Yuvaraj, contrairement à notre ami Harish, compte bien quitter la ville : passé la trentaine, il vit toujours chez ses parents…essayant d’y rester le moins possible. 

Véritable passionné de la France et de ses habitantes, parlant indien, français (avec un accent formidable) et anglais, il est notamment intéressé par des postes à l’Ambassade d’Inde en France, ou dans le domaine du tourisme. Voyageur aguerri, il n’hésite pas à quitter l’Inde si des opportunités s’offrent à lui : son meilleur ami, le peintre indien Pichaya Manet, expose bien souvent ses œuvres en France. Il l’accompagne, faisant le tour du pays et rendant visite aux nombreux amis qu’ils possèdent ici.  Les rencontres qu’il a pu faire dans l’exercice de son métier, et dans sa vie personnelle, le poussent à dépasser les traditions et à s’européaniser.

Pour terminer le récit de notre voyage, qui se doit de rester bref, nous nous devions d’évoquer Auroville, ville « idéale » à l’architecture moderne située à quelques kilomètres de Pondichéry et regroupant quelques 2500 habitants de 50 nationalités différentes ! Imaginée dans les années 70 par la Mère (figure spirituelle de cette région de l’Inde et dans le monde entier), qui mériterait d’ailleurs un article consacré, cette ville unique fut créée dans le but de rassembler et de célébrer l’unité humaine. 

Entre nourriture organique, méditation dans le Matrimandir (bâtiment ci-dessous) et achat d’articles fabriqués dans Auroville même…

 La visite de cet endroit unique nous invite à rester plusieurs jours, aller à la rencontre de ces curieux habitants, et à découvrir plus en profondeur le regard utopiste que posait la Mère sur l’humanité.

Surprenante, étouffante, grandiose et délicieuse, l’Inde ne vous laissera certainement pas indifférent et vous sentirez comme un besoin viscéral de revenir.

Clara Bousquet