Qui est Joe Biden, candidat démocrate à la présidentielle américaine de novembre 2020 ?

L’itinéraire politique d’un démocrate centriste et modéré

Joe Biden est né le 20 novembre 1942 à Scranton, en Pennsylvanie, dans une famille de classe moyenne supérieure. Il obtient en 1965 une licence en histoire et en science politique à l’université du Delaware, avant d’obtenir un diplôme en droit en 1968. Il commence la politique en 1969 après son élection au conseil municipal de New Castle et continue d’exercer en parallèle son métier d’avocat privatiste. Il se présente en 1972 aux élections sénatoriales pour l’Etat du Delaware, menant une campagne plutôt progressiste mais souffrant de manque de moyens. Il est néanmoins élu de peu le 7 novembre 1972. Cette même année fut marquée par un tragique accident de voiture qui tua sur le coup sa femme et sa fille d’un an et blessa gravement ses deux fils survivants. 

Sénateur du Delaware, Joe Biden s’intéresse d’abord à la protection des consommateurs et aux enjeux environnementaux, se décrivant libéral s’agissant des droits civiques et de la protection sociale, mais conservateur sur des thèmes tels que l’avortement. En 1981, il intègre le Comité Judiciaire du Sénat et soutient de nombreuses réformes répressives dans la lutte contre la criminalité, qu’il dit regretter aujourd’hui. Il vote de nombreuses lois ouvertement hostiles aux homosexuels telles que the Defense of Marriage Act de 1996 qui interdisait au gouvernement de reconnaître le mariage entre deux personnes de même sexe (loi jugée inconstitutionnelle en 2015).

Du Sénat et de l’échec de plusieurs campagnes présidentielles à la Vice-Présidence

Joe Biden va se lancer dans les primaires démocrates en vue de l’élection présidentielle de novembre 1988. Il est d’abord considéré comme favori en raison de sa position centriste, de la qualité de ses discours, mais également en raison de son rôle au Sénat et de sa participation dans la non-confirmation du candidat Robert Bork à la Cour Suprême. Il est cependant accusé en pleine campagne d’avoir plagié un de ses discours ainsi que d’avoir exagéré son rôle dans le mouvement des droits civiques. Ces incidents ont conduit Joe Biden à se retirer des primaires démocrates le 23 septembre 1987. Celles-ci seront alors remportées par Michael Dukakis.

En 1991, Joe Biden, président du comité judiciaire du Sénat entre 1987 et 1995, tente, sans succès, de bloquer la nomination du juge Clarence Thomas à la Cour Suprême, accusé d’harcèlement sexuel par Anita Hill. Il semble toutefois que le comité judiciaire du Sénat aurait négligé d’entendre les témoignages d’autres femmes qui auraient pu conforter celui d’Anita Hill et remettre en cause la nomination de Clarence Thomas. Par ailleurs, le comportement controversé de Joe Biden lors de l’audition d’Anita Hill lui sera reproché à plusieurs reprises tout au long de sa carrière.

Joe Biden soutient des lois répressives telles que la Violent Crime Control and Law Enforcement Act of 1994, tout en menant des combats progressistes pour la cause des femmes avec notamment la Violence Against Women Act of 2000. Il devient président du comité des affaires étrangères du Sénat entre 2001 et 2003 où il défend le multilatéralisme et l’interventionnisme. Il votera pour la guerre d’Afghanistan en 2001 puis pour celle d’Irak en octobre 2002.

Le 13 janvier 2007, Joe Biden se lance de nouveau dans la course à la présidentielle en annonçant sa candidature aux primaires démocrates, face notamment à Hillary Clinton et Barack Obama. Mais impacté par des remarques jugées racistes contre Barak Obama et les Indiens d’Amérique, Joe Biden ne disposera plus de soutiens financiers suffisants pour faire décoller sa campagne. Il finira de fait cinquième au caucus de l’Iowa, le 3 janvier 2008, et mettra fin à sa campagne le soir même.

Intéressé par l’attrait qu’il avait pour la classe ouvrière, souvent blanche, et voyant en lui l’incarnation d’une position modérée pouvant lui apporter du crédit sur les sujets de politique extérieure, Barack Obama le choisit en tant que vice-président durant ses deux mandats (2008-2016). Joe Biden sera, entre autres, chargé de s’occuper des relations avec l’Irak, du plan de relance et d’infrastructure voulu par le Président pour sortir de la récession, et du budget. Les deux hommes s’entendent parfaitement et il est souvent admis que cette complicité fut déterminante dans les grandes avancées obtenues à cette période. Tout en demeurant interventionniste et modéré en économie, Joe Biden va évoluer sur les questions de mœurs en soutenant notamment le mariage homosexuel et le droit à l’avortement.

Barack Obama remettant la Presidential Medal of Freedom à Joe Biden, plus haute distinction, le 12 janvier 2017

Un début difficile aux primaires avant de s’imposer comme le choix rationnel pour faire face à Donald Trump

Pressenti pour se présenter aux primaires démocrates pour l’élection présidentielle de 2016, Joe Biden refuse néanmoins suite au décès de son fils et donne son soutien à Hillary Clinton.

Le 25 avril 2019, il annonce sa candidature aux primaires démocrates pour l’élections présidentielle de 2020. Depuis lors, il mène une campagne modérée, bien que plus à gauche que ses positions habituelles en raison du climat politique au sein du parti et de la campagne énergique et progressiste du sénateur Bernie Sanders. La campagne de Joe Biden sera néanmoins ternie par des interrogations sur ses capacités cognitives et son âge ainsi que par des accusations de comportements inappropriés envers des femmes, et les liens que lui et l’un de ses fils entretiendraient avec l’Ukraine.

Bien que jugé favori dans les sondages, Joe Biden finit cinquième au caucus du New Hampshire, quatrième au caucus de l’Iowa et deuxième au caucus du Nevada. La Caroline du Sud, dont l’électorat est majoritairement afro-américain, lui a cependant permis d’obtenir une victoire écrasante face à Bernie Sanders. Par la suite, le retrait de candidats démocrates tels que la sénatrice Amy Klobuchar et le maire Pete Buttigieg, ainsi que l’implosion de la campagne du milliardaire Michael Bloomberg, a permis à Joe Biden de remporter dix Etats lors du Super Tuesday.

En juin 2020, Joe Biden devient officiellement le seul candidat démocrate en lice pour faire face à Donald Trump aux prochaines élections présidentielles. Sa victoire aux primaires s’explique par la formation d’une coalition d’électeurs comprenant les personnes âgées, les adultes afro-américains, la classe ouvrière et la moyenne blanche, dont le principal objectif est la défaite de Donald Trump. La fidélité de l’électorat afro-américain, son image d’homme de la classe ouvrière ainsi que la nostalgie de la présidence de Barack Obama ont permis à Joe Biden de battre Bernie Sanders, qui disposait d’un électorat majoritairement jeune et latino, et ce malgré une campagne timide. Il sera désormais déterminant pour Joe Biden de former une nouvelle coalition en attirant les électeurs qui ne le soutenaient pas, par le biais de nouvelles propositions et par le choix crucial de sa vice-présidente, puisqu’il s’est en effet engagé à ce que ce soit une femme.

Un candidat modéré, pour quel programme politique ?

Joe Biden appartient à la branche modérée du parti démocrate, certains le qualifient même de conservateur ou de centriste. Sa victoire à la primaire semble en contradiction avec l’évolution actuelle du parti, incarnée notamment par la démocrate Alexandria Ocasio-Cortez. Aussi, contrairement à ce que l’on pourrait penser, son programme pour les primaires et les présidentielles, bien que modéré, est plus à gauche que les programmes passés des candidats démocrates. Cette évolution du parti vers la gauche a dû être pris en compte par les candidats, et se décline également dans d’autres élections, notamment législatives. Joe Biden a donc adopté une position de centre gauche, acceptable par une majorité de démocrates mais n’aliénant pas les électeurs indépendants et les Républicains modérés.

Sur le plan judiciaire, déterminant en raison des positions controversées qu’a eu Joe Biden par le passé, mais également en raison du climat régnant dans le pays après la mort de George Floyd et de tant d’autres, le candidat démocrate est pour l’abolition de la peine de mort, la libération sous caution, l’instauration de peines minimums obligatoires et les prisons privées. Il soutient une refonte de la procédure pénale, notamment des lois répressives, dont celles qu’il avait soutenu en tant que sénateur. Il n’est pas contre la légalisation du cannabis mais il considère que ce choix doit se faire au niveau des Etats. Enfin, il souhaite accorder la citoyenneté aux dreamers, c’est-à-dire les enfants de personnes immigrées nés aux Etats-Unis et disposant d’une protection spéciale.

Sur le plan économique, Joe Biden est pour l’instauration d’un revenu minimum au niveau fédéral de $15 de l’heure. Il souhaite instaurer des congés payés et des arrêts maladie, revenir sur les baisses d’impôts des plus fortunés et des entreprises, et investir dans l’infrastructure afin de créer des emplois. Il se dit favorable à l’étude de réparations pour l’esclavage. Enfin, il soutient les accords de libre-échange et veut revenir sur les tarifs imposés par Donald Trump à la Chine et soutenir le traité transatlantique révisé.

Sur le plan médical, Joe Biden défend la jurisprudence Roe vs. Wade sur l’avortement, souhaite étendre l’accès à la sécurité sociale en reprenant la politique Obamacare et souhaite la baisse du prix des médicaments et son contrôle. Il demeure néanmoins opposé à un système universel à payeur unique de sécurité sociale comme nous l’avons par exemple en France.

Sur le plan éducatif, Joe Biden est contre les écoles sous contrat faisant du profit. Il est pour la gratuité des deux premières années d’études supérieures, souhaite étendre les mécanismes de soulagement des dettes étudiantes, et augmenter le salaire des professeurs.

Sur le plan écologique, Joe Biden souhaite rejoindre les accords de Paris sur le climat. Il est pour le maintien du nucléaire en développant parallèlement les énergies renouvelables mais il est contre le gaz de schiste. Il demeure interventionniste, soutient le multilatéralisme, souhaite augmenter le budget de la défense et continuer les guerres en cours.

Enfin, Joe Biden soutient la vérification des antécédents pour les achats d’armes à feu ainsi qu’un programme de rachat volontaire de celles-ci. Il souhaite créer un registre national les concernant. 

Nul doute que ces positions feront l’objet d’un débat virulent avec son adversaire à la Maison Blanche, et sera actualisé en raison de la crise du coronavirus et de la récession économique qui s’annonce.

Maxime Col