Kamala Harris : L’itinéraire politique d’une candidature historique à la vice-présidence des Etats-Unis (2/2)

La première femme noire élue sénatrice pour la Californie (depuis 2017)

En 2016, lorsque la sénatrice démocrate de l’état de Californie, Barbara Boxer, annonce ne pas se représenter à sa réélection après 24 ans de mandat, Kamala Harris se déclare officiellement candidate. Donnée favorite, elle est soutenue par une grande majorité du parti démocrate et de ses plus grands dirigeants, dont le président Barack Obama et le vice-président Joe Biden. En 2017, elle sera élue sénatrice de l’état de Californie avec 61,6 % des voix, battant ainsi la démocrate Loretta Sanchez. Kamala Harris siégera dès lors au congrès des Etats-Unis au côté de Dianne Feinstein, la deuxième sénatrice pour cet état.

Kamala Harris siège aux comités sur le budget, sur la sécurité intérieure et les affaires gouvernementales (au sous-comité de contrôle des dépenses fédérale et celui sur les affaires de régulation), aux comités sur le renseignement et sur le pouvoir judiciaire (au sous-comité sur la constitution, sur le droit à la vie privée, la technologie et le droit et celui de surveillance, des droits fédéraux et des cours fédérales). Elle rejoint également les caucus afro-américains, asiatiques et celui dédié à la cause féminine.

Dès sa prise de fonction, Kamala Harris s’oppose frontalement au président Donald Trump concernant son décret présidentiel n°13769 qui limite l’immigration des individus venant de pays à majorité musulmane et vote contre la majorité des candidats pour son cabinet. Elle vote contre le candidat à la cour suprême Neil Gorsuch qui sera malgré tout confirmé. 

Très vite, Kamala Harris se fait remarquer pour son style inquisiteur et ses questions intransigeantes lors de l’audition de plusieurs membres officiels du gouvernement, notamment des procureurs généraux tels que Jeff Sessions ou William Barr, et de la secrétaire à la sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, au sujet de la politique d’immigration de l’administration Trump.

Elle vote contre Brett Kavanaugh lors de sa nomination comme juge à la cour suprême, même si celle-ci sera cependant confirmée.

Elle vote pour la condamnation du président Donald Trump lors de son procès d’impeachment pour abus de pouvoir et obstruction du congrès. Il sera finalement acquitté.

Si l’on en juge ses votes mais aussi les lois qu’elle a pu soutenir, Kamala Harris est l’une des sénatrices les plus à gauche de cette institution. Elle est notamment sponsor sur la loi de Bernie Sanders visant à instituer un système de santé universel à payeur unique (Medicare For All) et elle soutient une loi décriminalisant la marijuana au niveau fédéral. Elle a sponsorisé le Green New Deal proposé par Alexandria Ocasio-Cortez et défendu au Sénat par le Sénateur démocrate Ed Markey. Dernièrement, elle a introduit une proposition de loi avec Bernie Sanders qui engagerait l’État fédéral à un versement mensuel de $2000 pour chaque Américain tant que la pandémie de Covid-19 séviera dans le pays.

Candidature à la primaire démocrate (21 janvier 2019 – 3 décembre 2019)

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Longtemps pressentie comme favorite pour les primaires démocrates désignant le ou la candidat.e destiné.e à affronter Donald Trump aux élections présidentielles de novembre 2020, elle annonce sa candidature officielle le 21 janvier 2019, enregistrant un record de donations dans les 24 heures suivant l’annonce de sa candidature, et rassemblant 20 000 personnes lors d’un meeting à Oakland en Californie le 27 janvier 2019.

Son ascension continue après le premier débat des primaires démocrates durant lequel elle accuse Joe Biden de s’être opposé aux mesures de déségrégation lorsqu’il était sénateur et d’avoir fait l’éloge de sénateurs ségrégationnistes. Elle monte alors dans les sondages et est un temps considéré comme l’une des principales rivales de Joe Biden et de Bernie Sanders. 

Lors du second débat en août 2019, Kamala Harris est cependant attaquée par Joe Biden et par la représentante Tulsi Gabbard sur son bilan en tant que procureure générale de la Californie. Elle chute alors dans les sondages et ne parviendra jamais à remonter, faisant face à un électorat de plus en plus conscient et mobilisé sur les questions de réforme du système de justice criminelle. Son bilan en tant que procureure de district et procureure générale de la Californie deviennent dès lors un désavantage, et des erreurs manifestes de campagne avec un programme parfois flou lui feront perdre cette position de challenger (elle reviendra par exemple sur son soutien apporté à un système de santé universel à payeur unique, et indiquera vouloir finalement préserver l’existence d’assurances privées), malgré un soutien notable d’une partie des électeurs démocrates, en particulier des femmes noires.

Elle abandonne le 3 décembre 2019 et annonce son soutien à Joe Biden en mars 2020.

Durant sa campagne, Kamala Harris a défendu des positions plutôt modérées mais jugées plus progressistes que celles de Joe Biden. Elle n’arrivera cependant jamais à convaincre les électeurs de Bernie Sanders et d’Elizabeth Warren, plus à gauche, et l’électorat centriste lui préférera le jeune Pete Buttigieg et l’expérimenté Joe Biden.

Un choix logique comme colistière de Joe Biden

Dès lors qu’il est devenu clair qu’il serait le candidat démocrate faisant face à Donald Trump, Joe Biden s’est engagé à choisir une femme comme candidate à la vice-présidence. Il a alors mis en place une équipe expérimentée chargée d’interviewer et d’enquêter sur plusieurs candidates potentielles. Après la mort de George Floyd et les manifestations Black Lives Matter, mais aussi en raison du soutien déterminant qui lui a été apporté par la communauté noire lors de la primaire, il est de plus en plus appelé à choisir une candidate de couleur. 

Aussi, après avoir hésité entre Kamala Harris, Susan Rice (femme de couleur, conseillère sécurité à la Maison-Blanche sous Barack Obama et ancienne ambassadrice aux Nations-Unies, mais jugée trop inexpérimentée car jamais élue), Gretchen Whitmer (gouverneure du Michigan, état clé pour l’élection de novembre) et Elizabeth Warren (sénatrice de l’aile gauche du parti, candidate aux primaires, qui lui aurait assuré un soutien de l’électorat progressiste), il annonce le 11 août 2020 avoir retenu Kamala Harris.

Ce choix s’explique pour plusieurs raisons. Joe Biden voulait quelqu’un proche de lui idéologiquement, afin d’être sûr d’avoir une partenaire fiable en ces temps de crise, ce qui excluait Elizabeth Warren. Il a voulu choisir une femme de couleur pour répondre aux préoccupations de l’électorat démocrate au sujet du racisme et des violences policières, ce qui excluait la gouverneure Gretchen Whitmer. Il voulait enfin quelqu’un d’expérimenté, ayant eu plusieurs mandats, ce qui excluait Susan Rice. 

Aussi, jamais un choix n’aura été aussi déterminant, puisqu’il est fort à parier que s’il est élu, Joe Biden ne sera pas candidat à sa réélection. Peut-être ne s’agit-il donc que du début de l’ascension fulgurante et historique de Kamala Harris au sein du parti. Difficile d’imaginer en tout cas un scénario où Joe Biden, en raison de son âge avancé, refuse d’être candidat à sa réélection, et où Kamala Harris, devenant alors la candidate naturelle du parti, doit cependant faire face à une primaire. 

Il est donc fort probable que ce choix ne soit pas seulement historique pour la vice-présidence, mais aussi car il implique la probabilité qu’en 2024, Kamala Harris devienne la deuxième candidate d’un des deux grands partis à la présidence des Etats-Unis (après Hillary Clinton) et la première candidate de couleur à la tête d’un ticket présidentiel.

Maxime Col