Coronavirus : critique de la globalisation actuelle et transformation mondiale

Depuis l’apparition du COVID-19, de nouvelles critiques de la mondialisation se font entendre dans le milieu intellectuel, militant, au sein de la société civile mais également chez les politiques. Après que le président américain, D. Trump a cherché à avoir les droits exclusifs d’un vaccin en rachetant le laboratoire allemand CureVac., Karl Lauterbach, un médecin et homme politique allemand du Sozialdemokratische Partei Deutschlands (SPD) a rétorqué à D. Trump que « la vente exclusive d’un éventuel vaccin aux États-Unis doit être empêchée par tous les moyens. Le capitalisme a des limites ». Cette déclaration n’est pas anodine et est révélatrice d’une volonté critique du système structurel pour ainsi comprendre de manière globale les relations de pouvoir, la prise de décision ou même les différentes motivations des individus (J. Scott). 

Il n’existe pas un coronavirus, il y a différents types formant une famille de virus pouvant être pathogènes chez les animaux et les Hommes. Ici, le SARS-CoV-2 plus communément appelé le COVID-19 est une maladie infectieuse causée par le dernier coronavirus apparu à Wuhan en Chine. À l’heure qu’il est, la maladie a pris une dimension pandémique, touchant les quatre coins du globe (OMS). La question de la pandémie est directement liée à la question de la mondialisation et du capitalisme par extension. La mondialisation est un processus d’emprise d’un système économique, le capitalisme (J. Adda), de création d’un espace d’échanges et de production mondialisés. Le processus de mondialisation conduit donc à la construction d’un vaste espace de production et d’un vaste marché mondial des biens, des services, des capitaux et de la force de travail, s’affranchissant de plus en plus des frontières politiques des États (K. Marx).

On remarque par ce travail définitionnel qu’il existe un lien très fort entre d’une part la propagation d’un virus et de l’autre la liberté des capitaux. Le questionnement sur la remise en cause du capitalisme à l’heure d’une pandémie, sa responsabilité, l’endiguement par la fermeture des frontières, du repli sur soi ou encore d’une volonté de nationalisation par les États sont des interrogations légitimes de la part de la société civile, des bureaucrates et des élites politiques. Cette pandémie aura des conséquences sur le système politique, économique et sociale du monde. De plus, il aura les questions géopolitiques, d’organisations internationales, de démocratie avec la mise en place de la surveillance par les « big data » (Le Monde) ou encore de légitimité des États sur la manière d’avoir géré ou non cette crise. Le post-COVID-19 pourrait être conflictuel et radical comme nous pouvons le remarquer en France; la continuité des violences policières dans les banlieues ou encore les soignants appellent à construire un mouvement populaire (Bas les masques). Ainsi il est important de se demander dans quelle mesure la crise liée à la pandémie du COVID-19 a  mis en avant les limites d’un monde hyper globalisé ? 

Tout d’abord nous étudierons la mondialisation comme vecteur de la pandémie et de la crise par les flux et les échanges tout en révélant une fragilité de la mondialisation. Ensuite, nous nous pencherons sur la recomposition d’un système mondialisé par la crise démocratique et l’influence autoritaire avec la perte de légitimité de la parole politique, scientifique et d’un renforcement des forces capitalistes vis-à-vis du rôle des GAFA, d’un possible capitalisme dysfonctionnel autarcique. 

La mondialisation : un vecteur de la pandémie et de la crise 

La mondialisation : entre flux humains et des marchandises 

La mondialisation, comme le laisse entendre sa définition, repose sur des échanges de biens et de services, des flux matériaux et humains d’un pays à un autre pays en accord avec le droit international et commercial. Ce modèle d’échange peut se manifester par les organisations internationales, les rencontres des différents pays reposant sur l’idéologie néolibérale (R. Robertson et K.E. White). Réfléchir sur le néolibéralisme et par extension sur le capitalisme revient à travailler sur le désastre d’un changement dialectique transformant les forces productives c’est à dire les technologies, les moyens de communications, les capitaux, les travailleurs, de forces de développement et de progrès en force de destruction qui ne cause que le désastre (K. Marx et F. Engels). Cette façon de voir le désastre peut être liée au virus et sa propagation du fait des mobilités massives polarisées au seins des métropoles mondiales (CSSE). 

De plus, très tôt lorsqu’il y a une épidémie, de nombreuses personnes brandissent la faute au capitalisme et à la mondialisation, ce qui peut être un argument légitime. En effet il existe un lien systémique entre le capitalisme et une pandémie comme mis en avant durant la grippe porcine (M. Davis). Notre mode de consommation, de production ouvrent une « fenêtre d’opportunité » pour la propagation d’un virus. On le constate en Chine qui opte pour le choix de l’agriculture intensive dans un écosystème productif permettant alors que le virus mute et puisse passer directement de l’oiseau, au porc puis à l’humain comme avec le H5N1 de 1997. Ceci est alors amplifié par les politiques mises en place par l’État d’internationalisation ; où une convergence voit le jour entre les politiques et les idéaux économiques permettant ainsi un vaste marché. Alors tous les États cherchent à adopter une stratégie d’internationalisation particulièrement mais aucun d’eux n’est égal et identique (L. Weiss). 

Le Covid-19 révélateur d’une fragilité de la mondialisation: crise sur le système économique et financier. 

Une pandémie est révélatrice d’une fragilité de la mondialisation (H. Farrell and A. Newman). En effet dans ce « village global » où la spécialisation, plus précisément la théorie des avantages comparatifs (D. Ricardo) est devenue un des meilleurs modèles économiques; les États sont devenus maîtres dans certains domaines permettant ainsi la captation du savoir-faire. Les économies des nations étaient entrées dans un vaste système structuré et mondialisé ne laissant aucune indépendance aux États, pouvant ainsi créer des inégalités entre les pays créant une difficile articulation entre souveraineté économique et démocratie sociale (D. Rodrik). Cette façon de faire l’économie peut être bénéfique dans une société stable et pacifiée dès lors qu’une perturbation arrive cela bouleverse tout le champ de ce système économique et social mondial. En observant, on note ainsi une pénurie dûe à une insuffisance de l’offre face à l’augmentation de la demande par de la localisation de l’offre. Ainsi les pays connaissent un remplis sur soi pour protéger leurs intérêts et interdisent l’exportation de masques et d’appareils respiratoires comme l’Allemagne qui brave la solidarité et les accords de libre-échange au sein de l’Union Européenne. 

L’Hyper-globalisation a fait de l’épidémie une pandémie rendant une réponse à la crise impossible ou inefficace (S. Guillou). De plus, on reproche à la mondialisation quatre domaines spéciaux qu’il est important de décortiquer pour prendre conscience de la réalité du choc économique. Dans cette société globalisée, la caractéristique systémique du capitalisme contemporain rend les inégalités endogènes au système (T. Piketty). Toutefois le virus n’est pas un déterminisme social, cela ne nait pas des inégalités mais ce virus va générer plus d’inégalités du fait de la résilience à la maladie dépendant de l’offre de soins et de son accès (S. Guillou). Enfin la question de la financiarisation peut être observée, on l’a déjà remarqué en 2009, il y a une dépendance du cycle économique au cycle financier où le cycle d’endettement fini par s’effondre plongeant ainsi l’économie dans une répétitive dépression (M. Aglietta). Cela ne le rend pas responsable de la pandémie mais la marchandisation des soins médiaux pose énormément de problèmes à l’épreuve de la crise du COVID-19 (S. Guillou). 

Recomposition d’un système mondialisé : crise démocratique et influence autoritaire 

Covid-19: renforcement des risques pour la démocratie: le cas de la chloroquine vis- à-vis de la parole politique et scientifique

Par l’apparition du virus, le COVID-19, les pouvoirs publics ont mis en place des mesures pour freiner sa propagation, une des premières a été le confinement indéterminé et la fermeture de tous les lieux de socialisation : les cafés, les théâtres, les cinémas mais également toutes infrastructures sportives. En tant que telle priver la population de sa liberté de circuler, de pratiques ses plaisirs du quotidien font que les individus sont directement concernés et intéressés par ces mesures. Il y a une prise massive de conscience des nouveaux enjeux mis en avant par les nouveaux mouvements sociaux prônant l’anticapitalisme, la décroissance. On peut ici mettre en avant que les inégalités face à ce confinement entre les individus peut-être juxtaposée à la critique capitaliste où les inégalités au sein des démocraties libérales permettent la re-politisation et la dépolitisation des individus (W. Kim). Le cas de la chloroquine permet d’illustrer ce principe de re-politisation des individus. En effet la chloroquine, cet antipaludique a été envisagé comme traitement contre le COVID-19; un scientifique D. Raoult dira même que grâce à ça sonnerait « la fin de la partie ». Sur cette question, des hommes politiques en réclament les bienfaits comme C. Estrosi, maire de Nice Les Républicains mais également M. Le Pen présidente du Rassemblement National. La population s’est également intéressée à ce sujet créant ainsi une polarisation entre les pro-Raoult et les anti- Raoult. 

On note ici une forme de populisme particulière qui est scientifique, une volonté de faire science par opportunisme. D. Raoult représente à lui seule un symbole populiste par excellence profitant du vide laissé par les politiques et les scientifiques symptomatiques de la démocratie libérale causée par leur incompatibilité (S. Rummens) de ne pas savoir comment gérer une crise. On retrouve ici la réthorique populiste anti-bureaucrate et anti-élite. De plus ce populisme peut être influencé par l’ensemble des crises et des craintes qui se succèdent pouvant rappeler une forme de « modernité liquide » où l’individu est socialement intégré par son acte de consommation et chaque jour ses choix peuvent changer en raison du contexte et des facteurs socio-économiques (Z. Bauman). Par le confinement, on constate un basculement des choix de consommation que le gouvernement appelle « les biens de premières nécessité » créant chez l’individu une forme de frustration; favorisant ainsi la voix populiste. 

La possibilité d’un renforcement des forces capitalistes: entre le rôle des GAFA et l’influence d’un capitalisme dysfonctionnel autarcique.

 

Même si la critique de la mondialisation et du capitalisme par extension est légitime. Le capitalisme par essence repose sur l’inconnu et sur un pari le rendant aussi imprévisible que le virus et le « retour à la normale » (K. Pistor). Certains géants du capitalisme mondial ont pu profiter de ce confinement et de cette crise pour s’élargir. On remarque qu’Amazon a bondi de 28% au premier trimestre, que les applications de télécommunications comme « Messenger » ou « WhatsApp » ont grimpé par l’usage de la vidéo-conférence. Toutefois leur hégémonie peut être menacée par la justice et par la classe politique comme aux États-Unis où elles sont sous le coupe de procédure judiciaire pour violation de la loi anti-trust (RFI). De plus on constate que le « stay home » a même renforcé leur valeur du Nasdaq100, le poids des GAFAM est impressionnant au sein du SP500 également (A. Baradez). On remarque également que la pandémie a favorisé le repoussement du projet de « Taxe GAFA » selon l’OCDE. Ce pouvoir considérable des GAFAM est extrêmement dangereux comme le cas d’Amazon (L. Khan) menaçant la démocratie et l’organisation décentralisée, mais le peuple aime du fait des prix faibles et du service. 

Par ailleurs ce dysfonctionnement du capitalisme est très compliqué du fait qu’il est endogène au système s’installant au niveau de la concurrence mettant à mal la démocratie et la croissance économique (S. Guillou). Le rôle de la mondialisation dans ce coronavirus ne se repose pas sur sa culpabilité mais sur sa responsabilité pouvant renforcer en conséquence les défaillances du capitalisme qui sera dysfonctionnel, non-solidaire et autarcique. Cela peut se rapprocher du capitalisme d’État chinois (S. Guillou). En effet, il y a une recomposition de la géopolitique de la mondialisation. Après la chute de l’URSS, le néolibéralisme est devenu l’idéologie économique hégémonique, on pourrait même avancer l’idée d’une hégémonie culturelle (A. Gramsci) libérale. Ce néolibéralisme lié à l’État providence rentre dans une logique marchande de la politique sociale on peut voir une sorte de commercialisation de la médicalisation qui est un service public (S.F. Schram). Avec le COVID-19 il existe de nombreux exemples comme les vaccins ou encore les masques. La Chine a réussi à étendre son influence à ce niveau renversant sans doute la nouvelle configuration géopolitique. Alors que les États-Unis n’ont pas été à la hauteur sur la réponse mondiale, laissant ainsi une place prépondérante à la Chine qui vient en aide aux pays en difficulté sanitaire. Cette influence pourrait avoir de lourde conséquence sur la diplomatie et la géopolitique où la Chine pourrait être le chef de fil de capitalisme dysfonctionnel d’État.  

Nous pouvons retenir lors de cette démonstration que la pandémie est révélatrice d’une fragilité de la mondialisation. Elle s’exerce de manière systémique un lien avec le capitalisme et de façon cyclique de crise économique et financière. On pense alors ici que cette pandémie peut mener à  un changement d’idéologie économique sauf qu’on remarque que l’évolution géopolitique de la situation peut rendre la Chine comme très influence proposant un modèle de capitalisme étatique autarcique. On peut y voir alors l’apparition d’un capitalisme dysfonctionnel où le rôle des GAFA peut être considérable. Cette mise en exergue du rôle des GAFA est également révélatrice d’une recomposition du système mondial reflétant une crise démocratique avec le renforcement des discours populistes. 

En conséquence du COVID-19 le rapport à la mondialisation va changer, le « retour à la normale» ne sera pas possible. Dans la mesure où la société deviendra de plus en plus polarisée et une grande défiance vis-à-vis des États occidentaux par l’influence de l’État chinois. Les entreprises capitalistes pourront encore se développer et s’enrichir car les États ont montré une faiblesse infaillible sur la scène internationale. La configuration géopolitique aura changé du tout au tout de manière radicale rentrant alors dans une société capitaliste dysfonctionnelle. 

Il est ainsi important pour les États occidentaux de coopérer, de ne pas se replier sur soi, de travailler de manière solidaire et compréhensive.

Theo Wyckaert