Le foot féminin, un défi majeur porté par les associations sportives

En 2011, le Président de la FFF, Noël Le Graët, a impulsé un plan de féminisation de la pratique sportive qu’est le football. Alors qu’elle comptait un total de 81 153 licenciées en 2011, la FFF a dépassé la barre des 200 000 licenciées durant la saison 2019-2020, avec une augmentation remarquable du nombre de joueuses, mais également d’éducatrices, de dirigeantes et d’arbitres. Le rôle des associations sportives est majeur dans l’augmentation du nombre de joueuses. Nous avons donc réalisé une interview avec un cadre du club de foot « les Enfants de la Goutte D’Or », Nasser Hamici.

Depuis quand la pratique du foot féminin existe-t-elle au sein du club ? 

La première équipe EGDO en compétition a été engagée en championnat féminines 16 ans lors de la saison 2007/2008. Toutefois, nous avons accueilli des filles depuis 2000 en mixte. Nous avons gagné la coupe de Paris en U15 en 2020 (nous avons gagné en 2002, la coupe de Paris masculin en U15, nous étions la seule équipe mixte).

Quelles ont été les raisons qui ont poussé le club à faire une section féminine ? 

Début 2000, on avait dans nos effectifs deux jeunes sœurs Iméne et Shaira qui ont joué toutes les catégories garçons. Elles étaient les meilleures de l’effectif et surclassaient les joueurs des autres équipes. Elles ont joué ainsi en mixte jusqu’à 15 ans, car dans le règlement, c’est permis. Ensuite, on a décidé de constituer une équipe féminine autour d’elles. Il a fallu communiquer dans le quartier, se battre contre les idées préconçues, et mettre en place une organisation interne assez solide et expérimentée pour mener à bien ce projet.

Très vite, grâce aux résultats et au sérieux de l’accompagnement, l’équipe a grimpé dans les classements et les divisions. Après quelques années, elles ont été les mieux classées du club. Avoir une équipe féminine a toujours été une priorité au club, car on voulait faire comme avec les garçons, utiliser les leviers du sport pour les rassembler et travailler sur l’éducation, le positionnement, l’insertion pro. Dépasser les stéréotypes sur cette question était également un enjeu prioritaire.

Aujourd’hui, combien de licenciées y a-t-il au sein du club ? 

Aujourd’hui, nous avons très peu de licenciées, 15 filles toutes catégories confondues.  Nous avons dans un premier temps été impactés par l’arrêt de l’activité pour des raisons liées à la sécurité de nos adhérentes. Depuis 2016 et jusqu’à l’année dernière, l’accès au stade de la porte des fillettes était devenu très dangereux du fait de la concentration de migrants sur ce lieu et des usagers de drogues. Le trajet jusqu’au stade était devenu périlleux.

Est-il compliqué de mobiliser les filles et les femmes du quartier pour venir jouer au foot ? 

Lors de la saison 2019/2020, nous avons mis en place, en partenariat avec Nike, un plan de développement de la pratique féminine du football en club. L’approche de recrutement des joueuses est différente de celle des garçons. Nous avons mis en place un plan de communication via les réseaux sociaux en nous appuyant sur une jeune femme, Iméne Slimani, qui a été joueuse au club durant plusieurs années. Il était important que les jeunes filles du quartier aient un modèle. Nous avons également créé divers événements sur le quartier afin de mobiliser les jeunes filles et de les sensibiliser à la pratique. Le constat est que beaucoup de jeunes filles répondent présentes lors de ces rassemblements, mais qu’il est difficile de les intégrer et de les fidéliser. Avant la Covid, nous avions une pratique régulière encadrée par 3 jeunes femmes coachs du club. La progression en termes d’inscription était positive. Malheureusement, un manque de motivation de la part des joueuses et d’anticipation sur l’organisation de la part du club a vu cet élan retomber du fait de la crise sanitaire.

Quels sont les objectifs à venir pour le foot féminin au sein du club ?

Aujourd’hui, nous sommes toujours décidés à développer cette pratique féminine. Nous nous appuyons sur ce qui s’est passé pour réorganiser autrement notre démarche. Nous avons créé 2 postes service civique pour nous aider dans cette mission. Dans un premier temps, on va mobiliser une équipe de volontaires en interne afin d’améliorer la qualité d’accueil au club. Établir un plan de communication centré sur le territoire goutte d’or pour commencer et l’étendre par la suite. Nos premiers contacts seront les familles du quartier, les associations accueillant des jeunes filles, les écoles et collèges…

L’idée est de mettre en avant les bienfaits de la pratique en club, de proposer des séances gratuites et encadrées par des éducateurs diplômés, et d’impliquer les parents dans le projet de développement. Notre objectif à court terme est de constituer des groupes de joueuses dans les catégories U8 à U12 et U12 à U15. Et de proposer aux mamans du quartier une activité foot détente afin de les impliquer dans le projet et de créer un comité de Maman du Club sur la question de la place des femmes dans le quartier.

Mehdi KERROUCHE