Oscars 2021 : who will win / who should win ?

Nous sommes le dimanche 25 avril et cette nuit auront enfin lieu les Oscars, reportés de deux mois à cause de la pandémie. Après une saison longue et épuisante, certaines catégories restent toujours très indécises. J’ai donc décidé de me prêter au jeu classique outre-Atlantique du « who will win / who should win » afin de partager mes prédictions et choix personnels. 

Meilleur film : Nomadland (will win) / Sound of Metal (should win)

Dans une année particulière, marquée par le report de nombreux films, la sélection des Oscars a laissé plus de place aux films indépendants. Elle paraît tout de même très solide à l’heure de regarder les huit nominés dans une catégorie où l’on regrettera l’absence de One Night in Miami de Regina King. A partir de l’année prochaine, obligatoirement dix films seront nommés. Il n’y a cependant pas trop de suspense ici. Alors qu’il aurait été le spoiler en temps normal, Nomadland a tout simplement écrasé la concurrence, ne laissant absolument aucune miette à ses concurrents, et s’imposant même sur un terrain d’habitude peu accueillant pour les films indépendants, les Golden Globes. Il apparaît tout naturellement que Nomadland est le frontrunner de la catégorie reine. Dans ce magnifique long-métrage qui nous emmène sur la trace des nomades de l’Ouest américain, on y suit Fern (Frances McDormand) qui, après avoir perdu son mari et subi de plein fouet la crise de 2008, achète une camionnette pour y vivre, voyageant au gré des petits boulots et des rencontres qu’elle fait. Construit à la perfection, Nomadland serait un « Best Picture » remarquable, une magnifique ode à l’indépendance pour des êtres ayant tout perdu dans la société capitaliste. 

Mon choix personnel se porte cependant sur Sound of Metal, qui suit Ruben (Riz Ahmed), un batteur perdant l’audition du jour au lendemain. Premier film de Darius Marder, Sound of Metal est une immense claque sur l’acceptation de son handicap et la façon dont on peut apprendre à vivre avec, plutôt que de le penser comme un problème. Encore aujourd’hui, la fin du film me reste en tête. Comme pour les membres de l’Académie, je vais classer les huit films par ordre de préférence. Ainsi, Sound of Metal en 1) ; le délicat Minari, sur l’expérience d’une famille américano-coréenne cherchant à toucher du bout des doigts le rêve américain, en 2) ; Nomadland en 3) ; l’inventif et imprévisible Promising Young Woman en 4) ; Judas and the Black Messiah en 5) ; The Father en 6) ; Mank en 7) ; The Trial of the Chicago 7 en 8).

Meilleure réalisation : Chloé Zhao / Chloé Zhao

Indubitablement, dans cette catégorie aussi, Chloé Zhao est l’immense favorite et cela ne serait pas immérité. Chloé Zhao a créé une incroyable œuvre dont le tournage s’est étalé sur plusieurs États américains et sur plusieurs mois, avec de vraies personnes nomades dont le jeu est confondant de naturel. La catégorie est par ailleurs très solide. On appréciera la présence de Thomas Vinterberg, qui vient confirmer l’appréciation des réalisateurs non-américains par la branche concernée au sein de l’Académie, et dont la direction du quartet d’acteurs aux personnages bourrés de talent est absolument parfaite. David Fincher devrait une nouvelle fois s’incliner, pour la troisième fois, malgré sa maîtrise indiscutable derrière Mank qui, en dépit de son sujet, sur Herman Mankiewicz et le Hollywood des années 1930, ne devrait pas connaître une aussi belle soirée que la matinée de ses dix nominations. Lee Isaac Chung prend une nomination méritée pour Minari tandis qu’Emerald Fennell complète la sélection pour Promising Young Woman.

Meilleur acteur : Chadwick Boseman / Riz Ahmed

On pensait que le regretté Chadwick Boseman allait s’imposer tranquillement dans cette catégorie pour sa composition à la fois énergique et déchirante dans le très bon Ma Rainey’s Black Bottom. Mais la victoire de Sir Anthony Hopkins lors des Baftas vient rebattre les cartes sérieusement. Un scénario à la Colman ? En 2019, Glenn Close dominait outrageusement la compétition et l’Oscar lui tendait enfin les bras, lorsqu’Olivia Colman l’a emporté aux Baftas avant de prendre la statuette dorée. Je pense néanmoins que si Chadwick Boseman va s’imposer, cela devrait se jouer à très, très peu de choses. Cette cérémonie représente la dernière occasion de récompenser sa carrière, et sa performance dans Ma Rainey’s Black Bottom ne démériterait absolument pas. La catégorie est une nouvelle fois assez solide. Peut-être que Gary Oldman aurait pu être remplaçable, au contraire de Steven Yeun, dont le jeu est absolument sans faille dans Minari où il incarne avec vigueur l’espoir remplissant tout son personnage. Si Sir Anthony Hopkins offre, avec The Father, l’une des performances les plus solides de sa carrière, mon choix se porte cependant sur Riz Ahmed, magnifique en Ruben, dont la surdité soudaine lui procure une perte de repères intense, change sa vie et lui permet de se retrouver. La nuance qu’il apporte dans son jeu tout au long de ce parcours initiatique, celui d’apprendre à vivre avec ce handicap nouveau, m’a le plus marqué parmi les cinq nominés ici.  

Meilleure actrice : Viola Davis / Viola Davis

La catégorie la plus imprévisible cette année. Andra Day a pris le Globe, Carey Mulligan, le Critic’s Choice, Viola Davis le SAG et Frances McDormand le Bafta. The United States vs. Billie Holiday n’a pas reçu une très bonne critique et l’Académie n’a pas réellement apprécié le film, mais il faut reconnaître qu’Andra Day réalise des débuts assez incroyables dans un grand rôle. Le manque de soutien derrière le film devrait cependant lui coûter l’Oscar. Carey Mulligan a longtemps eu les faveurs des bookmakers, mais son seul Critic’s Choice ne semble pas suffisant ; il faudra un gros push pour lui permettre d’obtenir le Graal, profitant peut-être alors de la popularité de Promising Young Woman ces dernières semaines. Frances McDormand a pris le Bafta mais cette année, les nominations des catégories d’acteurs et d’actrices ainsi que la catégorie réalisation ont été choisies par un petit jury de douze personnes : pas de quoi offrir une visibilité nette par rapport à d’habitude. Nul doute cependant que sa victoire, cette fois-ci décidée par l’ensemble de l’Académie britannique, offre à McDormand des chances réelles de victoire, potentiellement sa troisième dans la catégorie, d’autant plus que Nomadland est le frontrunner pour « Best Picture ». Viola Davis a quant à elle remporté le SAG, le prix du syndicat des acteurs et actrices, sans aucun doute le plus important. Puisqu’il est impossible d’avoir une visibilité sur cette catégorie, je vais quand même partir sur celle qui a pris le SAG, Viola Davis donc. C’est également mon choix personnel, tant sa présence dans Ma Rainey’s Black Bottom est captivante. Rien que sa performance me donne envie de revoir le film. Nous n’oublions pas non plus Vanessa Kirby, qui offre une composition de toute beauté dans Pieces of a Woman, sans que le film n’obtienne un soutien assez fort pour booster la campagne de l’actrice britannique. 

Meilleur acteur dans un second rôle : Daniel Kaluuya / Paul Raci

Sans aucun doute la catégorie acteurs / actrices la plus lisible. Daniel Kaluuya n’a rien laissé durant toute la saison des récompenses et devrait logiquement remporter son premier Oscar pour sa performance puissante en Fred Hampton dans Judas and the Black Messiah. Leslie Odom Jr. et Sacha Baron Cohen, toujours présents sauf aux Baftas pour ce dernier, partent de bien trop loin malgré leur rôle solide respectivement dans One Night in Miami et The Trial of the Chicago 7. La surprise des nominations, LaKeith Stanfield, ne devrait pas jouer les trouble-fêtes plus que cela. Mais, même si j’ai très bien aimé Judas and the Black Messiah, je ne peux m’empêcher de penser que la présence dans cette catégorie de Kaluuya et Stanfield est un peu galvaudée tant ils sont les deux rôles principaux du film. Encore une fois, nous avons à faire à une « category fraud » qui me force à opter pour Paul Raci en choix personnel, inoubliable et poignant Joe, directeur d’un refuge pour personnes sourdes et malentendantes, dans Sound of Metal.

Meilleure actrice dans un second rôle : Youn Yuh-jung / Youn Yuh-jung

La compétition est encore ouverte dans cette catégorie même si Youn Yuh-jung semble avoir pris une longueur d’avance en prenant le SAG et le Bafta. Maria Bakalova peut encore surprendre après avoir remporté le Critic’s Choice mais la véritable surprise pourrait réellement venir de… Olivia Colman (encore), alors que The Father semble être extrêmement populaire au sein de l’Académie. Pour Amanda Seyfried et Glenn Close (huitième nomination sans victoire ?), le chemin semble trop compliqué pour arriver jusqu’à l’Oscar. Mon choix personnel se porte sur Youn Yuh-jung, absolument merveilleuse dans l’excellent Minari, apportant à la fois une touche comique au film tout en offrant des moments bouleversants. 

Meilleur scénario original : Promising Young Woman / Sound of Metal

Lutte encore une fois très serrée. Qui de Promising Young Woman ou de The Trial of the Chicago 7 repartira avec la statuette ? Si l’on ne peut nier la popularité d’Aaron Sorkin, vainqueur déjà pour The Social Network, j’émets des réserves sur sa capacité à battre Emerald Fennell. Cette dernière sera battue dans la catégorie réalisation et l’Académie pourrait trouver en cette catégorie la possibilité de récompenser Promising Young Woman et sa créatrice. Ensuite, The Trial of the Chicago 7, favori au départ pour la catégorie reine, a connu un déclin qui s’est matérialisé par un snub pour Sorkin dans la catégorie réalisation. La course se jouera peut-être à la photo finish mais je suis confiant dans le fait que Fennell s’imposera ici. Mon choix se porte ici naturellement sur Sound of Metal, pour les mêmes raisons que celles avancées précédemment, avec tout de même une petite hésitation avec Minari. C’est mon film préféré de la sélection et une merveille d’écriture, celle que l’on souhaiterait tous réaliser pour un premier film.

Meilleur scénario adapté : Nomadland / One Night in Miami

Nomadland a quasiment tout raflé dans cette catégorie durant la saison des récompenses, sauf aux Baftas où The Father l’a emporté. Certains voient d’ailleurs ce dernier dépasser Nomadland à la dernière minute mais je pense quand même que cette catégorie fera partie du package qui conduira Nomadland jusqu’au sacre de meilleur film. Je n’ai pas vu Borat malheureusement par manque de temps. J’ai très bien aimé The White Tiger mais mon choix personnel va à One Night in Miami où Kemp Powers obtiendrait une juste récompense tout comme le film, si peu nominé cette année aux Oscars. Avec des dialogues incisifs et une deuxième heure à couper le souffle jusqu’à une dernière scène mémorable, One Night in Miami méritait mieux et c’est ici que je veux personnellement le récompenser. 

Meilleur montage : Sound of Metal / The Father

Comme dit plus haut, il y a certaines catégories indécises et celle-ci en fait partie sans aucun doute. Si The Trial of the Chicago 7 et son montage très visible ont longtemps fait figure de frontrunners, ce statut s’est effrité ces dernières semaines avec la montée en puissance de Sound of Metal. Je pense que Sound of Metal devrait poursuivre sur sa lancée entrevue aux Baftas où il a remporté le prix du meilleur montage et ce, même si The Trial of the Chicago 7 a pris le ACE. Attention à The Father pour une surprise ici ! Et une fois n’est pas coutume, je n’irai pas personnellement dans la direction de Sound of Metal ici mais dans celle de The Father. C’est ici que j’ai envie de récompenser ce film surprenant qui nous place dans la tête du personnage d’Anthony Hopkins, qui est atteint de démence. Le montage de The Father est d’une force absolue, nous montrant les pertes d’esprit du protagoniste de manière spectaculaire. Sans aucun doute l’un des tours de force techniques de cette année. 

Meilleure photographie : Nomadland / Nomadland

Nomadland et Joshua James Richards devraient facilement s’imposer dans cette catégorie, malgré la victoire de Mank chez la puissante ASC. C’est mon choix personnel également, le film offrant des visuels sensationnels, mais pas seulement : la lente et douce caméra suit Fern dans toute son intimité et procure un sentiment de proximité incroyable avec la protagoniste, chaque plan étant travaillé à la perfection pour nous permettre, à travers les mouvements cinématographiques, de ressentir les émotions que nous partage le personnage de Frances McDormand. J’ai profondément apprécié la photographie de Mank, une merveille en noir et blanc, tout comme les choix techniques très intéressants de Judas and the Black Messiah. J’émets en revanche un peu plus de réserve pour News of the World et surtout pour The Trial of the Chicago 7, tant d’autres possibilités se présentaient ici, Minari en tête. 

Meilleurs effets visuels : Tenet

C’est une course avec deux chevaux de tête : Tenet et The Midnight Sky. Je vais partir avec Tenet, choix des Baftas, plus sûrs dans cette catégorie lorsqu’il s’agit de faire ses prédictions. Mais je ne serais pas surpris de voir The Midnight Sky l’emporter ici. Je ne ferai pas de choix personnels, étant donné que je n’ai pu voir que Love and Monsters, qui comporte des effets visuels très intéressants, malgré trente dernières minutes plutôt mal écrites qui viennent gâcher les efforts fournis durant les trois premiers quarts du film. 

Meilleurs décors : Mank / Mank

Les décors devraient représenter le seul Oscar de Mank sur ses dix nominations. Je ne serais pas contre une victoire de Mank tant ses décors sont somptueux, notamment ceux du troisième acte et du dîner final. Néanmoins, autant être honnête, si Emma avait été nominé, mon choix se serait porté sur ce dernier et de très loin. Je n’ai pas vu Tenet donc je me contenterai de parler des trois autres derrière Mank. News of the World est en effet solide sur ce point pour nous transporter dans le Far West. The Father, comme pour le montage, offre des décors censés nous perdre dans les pensées bouleversées de son protagoniste et le réussit plutôt bien. Enfin, Ma Rainey’s Black Bottom produit un cadre intéressant mais peut-être trop proche du théâtre pour sérieusement attraper nos cœurs en ce qui concerne les décors. 

Meilleurs maquillages et coiffures : Ma Rainey’s Black Bottom / Ma Rainey’s Black Bottom

Encore une fois, mon choix personnel va aller de pair avec ma prédiction. J’aime beaucoup lorsqu’un acteur ou une actrice partage son Oscar avec son équipe de maquillage, et cette année, j’aimerais beaucoup que Viola Davis puisse l’emporter de même que l’équipe derrière sa transformation étincelante en Ma Rainey. J’ai néanmoins trouvé Emma une nouvelle fois brillant sur ce point. Je pense que Hillbilly Elegy doit beaucoup à la transformation de Glenn Close et à sa performance qui, même si elle ne méritait pas un Oscar pour ce film, ne méritait sûrement pas une nomination aux Razzie Awards. Quant à Mank, je n’ai pas trouvé qu’il se démarquait réellement dans cette catégorie par rapport à d’autres. Enfin, je regrette de n’avoir pas eu la possibilité de voir Pinocchio avant la cérémonie, film dont j’ai entendu le plus grand bien.

Meilleurs costumes : Ma Rainey’s Black Bottom / Emma

Effectivement, je prédis quatre Oscars sur cinq nominations pour Ma Rainey’s Black Bottom, fait rare pour un film non nommé à l’Oscar du meilleur film. Néanmoins, même si beaucoup ont changé leurs prédictions en fonction de cela, je reste plutôt confiant au moins pour ces deux catégories. Avec maquillages et coiffures, je pense que le film va assez facilement l’emporter pour ses costumes qui permettent au personnage de Viola Davis de paraître encore plus charismatique. Mon choix personnel va cependant se poser sur Emma puisque j’ai envie de le récompenser au moins d’une statuette. Le film méritait peut-être un peu plus de reconnaissance. Ses costumes sont en tous cas sans défaut. Quant à Mank, je pense que sa présence est plus due à un casting étoffé qui indique un travail monstre pour habiller un nombre important d’acteurs et d’actrices. Je n’ai malheureusement pas eu le temps de voir Mulan et donc Pinocchio

Meilleur son : Sound of Metal / Sound of Metal

Certes, Sound of Metal n’a rien eu de la part du syndicat concerné, ce qui reste encore inexplicable. Mais il ne fait aucun doute que le film part avec une très longue avance dans cette catégorie et pas seulement parce que le mot « son » est placé dans son titre. Le travail sur le son a été incroyable pour nous placer dans la tête de Ruben et je pense que j’ai rarement vu, en cinq ans de suivi de la saison des récompenses, un Oscar sonore être aussi évident et mérité. On peut même regretter la fusion des deux catégories sonores en une seule, tant Sound of Metal aurait pu repartir avec une statuette de plus. Je note tout de même les très bons travaux sur Mank et sur Soul, le premier nous plaçant dans un film des années 1930-1940, et le second étant éminemment créatif pour créer des sons dans le monde des âmes. 

Meilleure musique de film : Soul / Minari

Je n’ai malheureusement pas vu Da 5 Bloods, à mon plus grand regret. Soul a tout gagné dans cette catégorie jusqu’à présent et il serait surprenant de le voir perdre. Pour Atticus Ross et Trent Reznor, déjà vainqueurs en 2011 pour The Social Network, la chance est double puisqu’ils sont nommés pour Mank également. Je n’ai cependant pas trouvé la musique aussi mémorable que dans Soul. James Newton Howard est nommé pour sa composition dans News of the World, même si je l’ai trouvée assez classique et sans doute un cran en dessous par rapport à son travail dans A Hidden Life de Terrence Malick. Il devrait d’ailleurs s’incliner pour la neuvième fois dans cette catégorie. Mon choix personnel se porte sans aucun doute sur Minari. Je militais déjà pour une nomination d’Emile Mosseri l’année dernière pour sa musique remarquable dans The Last Black Man in San Francisco, et je suis éminemment heureux de le voir prendre une première nomination pour, peut-être, la meilleure musique dans un film de l’année 2020. 

Meilleure chanson originale : Speak Now / Husavik

Encore une catégorie très incertaine avec trois chansons pouvant brandir l’Oscar. Fight for You et Hear my Voice sont un peu en retrait, même si j’ai absolument adoré cette dernière. Il reste donc Speak Now de Leslie Odom Jr., Io Si de Laura Pausini et Diane Warren, et Husavik du film Eurovision Song Contest. Je place ma prédiction sur Speak Now et je serais très heureux si One Night in Miami parvenait à sortir de la cérémonie avec au moins un Oscar, mais attention à Io Si avec une narrative qui parle pour Diane Warren, malheureuse lors de chacune de ses onze dernières nominations dans la catégorie, mais qui a remporté le Globe avec Laura Pausini. Mon choix se porte cependant sur Husavik, la seule chanson intégrée au sein du film et non au générique. D’une très grande puissance, elle vient apporter une belle fin à un film sympathique… sur le concours des chansons les plus connues dans le monde. La boucle serait bouclée. 

Meilleur film international : Another Round

Another Round devrait s’imposer dans cette catégorie où il n’a eu aucune difficulté à dominer depuis le début de la saison des récompenses. Je ne m’y opposerai pas tant le film est arrivé à point nommé dans cette période de pandémie, une véritable bouffée d’oxygène qui ne manque pas non plus de ses moments dramatiques, avec la performance de haute volée de Mads Mikkelsen. Je ne ferai cependant pas de choix personnel ici puisque je n’ai pu voir que ce film et Collective. Attention peut-être à Quo Vadis, Aida ? qui est présenté comme le véritable long-métrage pouvant concurrencer Another Round

Meilleur film d’animation : Soul

Règle numéro 1 : ne jamais parier contre Disney / Pixar. Wolfwalkers pourrait peut-être néanmoins surprendre ici, mais je vais prédire la sécurité et Soul, une merveilleuse et inspirante œuvre. Encore une fois, pas de choix personnel puisque je n’ai malheureusement pu voir que Soul. Je vais tout de même essayer de rattraper Wolfwalkers avant la cérémonie.       

Meilleur film documentaire : My Octopus Teacher / My Octopus Teacher

Je n’ai pas encore eu le temps de rattraper Time et Crip Camp, et ce à nouveau malheureusement, cependant, puisque je ne doute pas de leur qualité. La catégorie est plutôt puissante, offrant des films à regarder absolument. Également nommé dans la catégorie « Meilleur film international », Collective est un incroyable documentaire roumain sur la corruption des institutions et les efforts de certaines personnes pour la mettre au jour. The Mole Agent est un touchant documentaire chilien sur l’abandon des personnes âgées avec, en espion peu commode, l’inoubliable Mr. Sergio. Mais mon choix, ainsi que ma prédiction, se porteront sur My Octopus Teacher et la formidable relation entre un homme et une pieuvre, parfaitement mise en images et en musique. A voir à tout prix !

Meilleur court-métrage de fiction : Two Distant Strangers / The Letter Room

Je n’ai pas réussi à trouver White Eye ni The Present, dont l’absence sur le Netflix français est assez incompréhensible. Aussi sur Netflix, le favori Two Distant Strangers, dont la réflexion sur les questions raciales se rapproche de Green Book, a une simplicité qui m’a franchement déplu et c’est pourquoi je le prédis sans vouloir le voir gagner. Mon choix se porte sur The Letter Room, une très belle histoire d’un gardien de prison affecté au service courrier et qui se prend d’inquiétude en lisant les lettres d’une femme à un détenu condamné à mort. J’ai également beaucoup apprécié Feeling Through, émouvant et résolument optimiste, sur la rencontre d’une nuit entre un jeune sans-abri et un individu à la fois sourd et malvoyant. 

Meilleur court-métrage documentaire : A Love Song for Latasha / Colette

Une catégorie incroyablement dense avec des documentaires tous plus enrichissants et puissants les uns que les autres. Hunger Ward était tout bonnement introuvable mais trois étaient gratuits et ma prédiction, A Love Song for Latasha, très inventif et touchant sur l’histoire de Latasha, dont le meurtre fut le point de départ des émeutes de 1992 à Los Angeles, est diffusé sur Netflix. Do Not Split, sur les émeutes de Hong Kong, représente un documentaire filmé au plus près de l’action : les plans offrent un aperçu très proche de ce qu’il s’est passé en 2019 et le message se termine sur une note assez pessimiste, tout en gardant l’envie d’y croire en se serrant les coudes, comme le dit le titre de l’œuvre. Mon choix sera Colette, dont la protagoniste éponyme, ancienne résistante qui visite un camp de concentration allemand où a péri son frère, fait preuve d’une dignité à toute épreuve. Un documentaire profondément émouvant dont on ne ressort pas intact.

Meilleur court-métrage d’animation : If Anything Happens I Love You

Je ne ferai pas de choix ici car je n’ai pas réussi à trouver trois des cinq court-métrages en lice, mais le favori, If Anything Happens I Love You, m’a beaucoup marqué, et entre lui et Burrow, l’autre favori, mon choix est très clairement porté sur le court-métrage de Netflix plutôt que sur celui de Disney / Pixar. If Anything Happens I Love You est un formidable et déchirant plaidoyer contre les armes à feu, une plongée de douze minutes au cœur des conséquences de ces armes qui peuvent briser des familles. 

Les jeux sont désormais faits, il ne reste plus qu’à attendre la cérémonie, 93ème du nom, cette nuit. Certains observateurs parlent de nombreuses surprises, et il est vrai que certaines catégories restent très incertaines pour se prononcer avec tranquillité. 

Nicolas Mudry