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« Angry white men », « Black Lives Matter ».. Vers « des » sociétés américaines ? Ancrage et héritage des minorités aux Etats-Unis.

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« I believe Donald Trump can win the election. Why? Angry white men. She (Hillary) needs to win more of them and based on yesterdays (primary) results, she is not. » (radio.foxnews.com)22894771_800334996806026_423593441_n

« Angry white men » (« Hommes blancs en colère »), un slogan, une revendication, un phénomène qui rappelle un passé sombre de l’histoire américaine.

Ce courant moderne, aux prémices silencieux, est désormais en pleine expansion depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. On parle même de l’émergence d’une « manosphère », un réseau de sites web et de forums en ligne dans lequel la misogynie atteint son plus haut paroxysme.

Au-delà d’être un phénomène qui suscite l’intérêt de nombreux médias, peut-on se demander si les Etats-Unis ne font pas face à ce que l’on peut appeler un « rappel du passé » ?

« Angry white men », « black power », « women’s league »… Les Etats-Unis sont caractérisés par une séparation constante de leur société. La société américaine se divise en minorités aux caractéristiques variées depuis l’époque coloniale ou l’esclavagisme du XVIème siècle. On parle de « minorités » en droit, en philosophie et dans les sciences sociales, pour désigner des communautés d’appartenance unies par des liens religieux, ethniques, linguistiques ou culturels.

Si l’on remonte l’histoire américaine, des droits et des privilèges sont accordés aux Américains blancs, venus majoritairement d’Europe, en matière d’éducation, d’immigration, de droit de vote et de citoyenneté. Alors que certaines minorités telles que les asio-américains, les latinos-américains, les amérindiens sont victimes d’exclusion xénophobe et d’autres formes de discrimination fondées sur l’ethnicité dans la société américaine.

Ce phénomène de minorités s’accentue largement dans les années 50’s/60’s avec une forte ségrégation raciale qui marque la société américaine, alors en pleine transformation face à une immigration en hausse et à une industrialisation.

Cette séparation en minorités est à la fois physique, matérialisée par la séparation des « noirs américains » avec les « blancs » dans l’espace public, les villes, les systèmes de services. Cette séparation est la plus emblématique des Etats-Unis des années 60. La ségrégation et la discrimination, phénomènes jugés banals à l’époque, renforcent un phénomène de communautarisme au sein des villes notamment de la côte Est des Etats-Unis. Si l’on prend le cas de la ville de New-York, les minorités se répartissent l’espace public. Les « noirs américains » s’établissent dans les quartiers d’Harlem et du Bronx tandis que « les blancs » vont monopoliser les quartiers de Manhattan et de Greenwich dès le début du XXème siècle. Désormais c’est une ville mondiale davantage cosmopolite, en plein phénomène « d’embourgeoisement » de ces quartiers ; mais cette répartition en minorités reste ancrée dans les mœurs.

Si l’on dépasse cette séparation physique de la société américaine, on observe un attachement à l’esprit de minorités chez beaucoup d’américains. Par exemple, le fait que le rap US née de la banlieue de Compton à Los Angeles soit une caractéristique des revendications de la minorité noire américaine et que le terme WASP « White Anglo-saxons protestant » soit davantage associé à la minorité blanche américaine montre que les Etats-Unis ne sont pas une société homogène mais compose un système de « sociétés ». Le système de minorités est ancré dans une conception américaine de la revendication. Chaque minorité est née de la revendication, d’une histoire propre à elle-même qui sépare chaque américain.

La société américaine est donc basée sur un système de minorités, qui une fois regroupé sous « The Star-Spangled Banner » (« la Bannière étoilée ») forme la nation, le peuple des Etats-Unis. Un peuple américain à identités multiples.

Il n’est pas archaïque de parler de minorités actuellement lorsque l’on examine la campagne électorale de 2016, son déroulement et son aboutissement. « Womens for Trump », « Womens for Hillary », « Black Lives Matter » (« les vies des noirs comptent »), « White Lives Matter » (« les vies des blancs comptent »): ces multiples revendications, ces positionnements politiques dévoilent les différentes caractéristiques de « ces » sociétés américaines qui s’affrontent sur l’espace public et durant la course à la Maison Blanche.

Le phénomène « Angry white mens » rejoint cette idée selon laquelle une part de la population, la minorité des hommes blancs, est en colère face à « trop » de féminisme à l’issu du mandat de Barack Obama, jugé comme étant un homme « antimacho ».

Le système de minorités, base d’une conception de la société américaine, fait l’objet d’une appropriation du politique. L’idée de dépasser cette conception de minorités et de division est propre au politique dans sa course au pouvoir.  Voulant être le « Président de tous les américains »,   c’est un enjeu de rassembler au-delà des minorités. Cette idée fût visible lors de la campagne de la candidate démocrate Hillary Clinton et de son slogan « Stronger Together ! » (« Plus fort ensemble ! ») mais aussi dans le positionnement du 45ème Président des Etats-Unis, Donald Trump qui voit dans le mouvement « Black Lives matter » un mouvement restrictif qui doit laisser place à un « All Lives matter » (« Toutes les vies comptent »).

Le système de minorités s’inscrit dans le passé américain et reste d’actualité. Mais en prenant compte de la démographie américaine, de l’immigration et des nouveaux enjeux internationaux, les minorités ne vont-elles pas devenir des majorités pour certains groupes de populations comme les latino-américains ? Va-t-on vers une recomposition de la société américaine ?

Sarrosquy Aurélien 

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