Culture Histoire Moyen-Orient et Afrique du Nord

Une histoire à raconter : Massoud, le lion du Panshir.

Il est de ces Histoires qui tendent à s’oublier, il est de ces personnes dont l’héroïsme restera muet. Il est de ces vies perdues pour une cause oubliée. Il est de ces histoires à raconter.

Commençons par l’éternité, par la fin de cette Histoire entamée un jour de septembre 2001. Chacun de nous, en entendant « septembre 2001 », a la même image en tête. Celle du 11 septembre, tragique jour marquant le début d’une guerre sans fin et sans honneur.
Mais l’Histoire de Massoud ne prend pas fin le 11 septembre, elle prend fin deux jours avant. Le 11 septembre se perçoit alors comme l’explosif au bout de la corde allumée quelques jours plus tôt, le 9 septembre 2001.

Le 11 septembre 2001, l’Amérique subissait une vague meurtrière d’attentats fomentés par la nébuleuse organisation terroriste d’Al-Qaïda. Deux jours avant, le commandant Massoud, le « Lion du Panshir », était assassiné par des partisans d’Oussama Ben Laden. Massoud avait interpellé les Etats-Unis, quelques jour avant, sur une possible attaque sur leur sol.
Revenons donc sur l’histoire de cet homme, sur l’histoire du Général Massoud.

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Sa jeunesse : des études à la résistance.

Ahmed Chah Massoud est né en 1953 dans un petit village de la province de Pandjchir, en Afghanistan. Ce pays compte 34 provinces, surnommées des « velayat ». La province du Pandjchir, appelée également « Panshir » signifie cinq lions en dari.

Massoud a fait ses études au lycée français « Isteqlal » de Kaboul et il poursuit ses études d’ingénieur du génie civil à l’école polytechnique de Kaboul. Enfant, Massoud ne rêvait pas de guerre mais plutôt de devenir architecte et de faire rêver les gens grâce à ses structures. Finalement il fera bel et bien rêver les gens, mais davantage par ses discours et ses actes.
Il finit par rejoindre la résistance en 1973, alors âgé de 20 ans. Il passa sa jeunesse dans des camps de résistances, lui qui voulait être architecte et ingénieur en Afghanistan.
En 1973, Mohammed Daoud Khan est propulsé au pouvoir par le biais d’un coup d’Etat soutenu par le parti communiste afghan, donnant naissance à la République d’Afghanistan. Ces évènements vont entraîner l’apparition du mouvement islamiste et islamique, qui s’oppose à la progression du communisme dans le pays.

Massoud lui, participe à l’Organisation de la jeunesse musulmane (Sazman-i Javanan-i Musulman), qui est la branche étudiante du Jamiat-e Islami (en), la « Société islamique ».
L’université de Kaboul est le centre de l’activisme politique de cette période. En 1975, suite à l’échec du soulèvement de la Jeunesse Musulmane, une fracture profonde et pérenne se cristallise entre le mouvement islamiste et le mouvement islamique, scindant ainsi la « Société islamique ».
D’un côté, les partisans de la modération se rassemblent autour de Massoud et de Rabbani (ancien président de la Société islamique). De l’autre côté, les plus radicaux suivent Gulbuddin Hekmatyar, qui fonde le Hezb-e Islami. Le conflit entre les deux mouvements est considérable et Hekmatyar a même tenté d’assassiner le jeune Massoud, alors âgé de 22 ans.

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Gulbuddin Hekmatyar

Cependant, tout s’accélère en 1978.

Massoud, contre l’emprise des soviétiques.

Le Lion du Panshir dirige alors une petite centaine d’hommes, armés de fusils datant du début du XXème siècle, face à l’ogre soviétique. Bien que la révolte s’accélère, les moudjahidine de Massoud sont composées d’individus qui ne sont pas des militaires professionnels. Ce sont des simples paysans, des hommes simples souhaitant s’opposer à l’invasion de leur pays mais ne souhaitant pas faire partie d’un jeu d’échec opposant l’URSS et les Etats-Unis.
En 1978, les communistes prennent officiellement le pouvoir. A l’époque, Massoud pense qu’une révolte armée contre les communistes recevrait un puissant soutien du peuple. Après une déroute subie le 6 juillet 1979, il réussit à chasser les troupes communistes afghanes du Pandjchir. Par cet acte, il va commencer à fonder sa légende, ce qui va lui permettre d’haranguer à ses côtés les commandants locaux. En 1980, sa force militaire comptait seulement 1 000 guerillos mal équipés. En 1989, Massoud compte près de 13 000 Moujahidines et d’un équipement plus sophistiqué, avec des trésors de guerre récupérés sur les combattants soviétiques.

Massoud, pour tenir face aux Soviétiques, décide de structurer les secteurs sous son contrôle en mettant en place des institutions politiques démocratiques fondées sur 5 comités : un comité militaire, chargé du recrutement et de la répartition des armes, des vêtements et des vivres, un comité économique, un comité culturel, un comité des services secrets, chargé de s’infiltrer dans Kaboul, et un comité de justice.

« Je pense que notre succès est dû à quatre raisons : la première, c’est que nous combattons tous, le combattant fait la guerre avec l’ennemi pour gagner le Janat (« jardin de Dieu »). Ils pensent ainsi : si nous mourons, nous gagnerons le Janat. Pour cette raison, ils n’ont pas peur de la mort. La première raison, c’est l’aide de Dieu. La deuxième raison, c’est que les moujahidines sont très courageux, ils sont prêts à continuer la guerre. La troisième raison, c’est la structure de la vallée, faite de montagnes et de rivières. Elle nous est favorable, et elle est défavorable à l’ennemi. La quatrième raison, c’est que l’ennemi ne connaît pas cette vallée. » Massoud

En 1985, Massoud passe une trêve de deux ans avec les généraux soviétiques, ce qui lui permet d’étendre son influence dans tout le nord-est du pays. En 1986, au plus fort de la guerre contre les troupes soviétiques, Ahmed Shah Massoud fonde le Shura-e Nazar (« conseil de surveillance »). Ce conseil va vite devenir le véritable centre politique de tout le nord de l’Afghanistan. Les provinces de Kapisa, Parwan, Kaboul, Kunduz, Baghlan, Balkh, Takhar et Badakhshan se trouvent pour la première fois rassemblées sous un seul commandement. Cette organisation est alimentée essentiellement par l’aide humanitaire, le commerce d’émeraude et de lapis-lazuli et, vraisemblablement, par le trafic de drogue. Finalement, en 1989, Massoud gagne. Les troupes soviétiques se retire, laissant un pays libre, ou du moins un pays sans influence communiste.

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Guerre d’Afghanistan

Après les soviétiques, le deuxième combat de Massoud.

Après le retrait des troupes communistes, Massoud n’est cependant pas en mesure de contrôler immédiatement Kaboul. En effet, il doit faire face à la milice du pachtoune (celle d’Hekmatyar), qui est financée par les services secrets américains et pakistanais. En effet, la tactique des Américains était de soutenir les combattants les plus fondamentalistes, estimant qu’ils seraient les plus féroces face à la menace soviétique et les plus dociles face à leur intérêt.
Ainsi, Hekmatyar a reçu au cours du conflit près de 80 % de l’aide américaine. En 1990, après l’entrée de l’armée soviétique à Bakou pour reprendre le contrôle de la capitale de l’Azerbaïdjan, qui vient de se soulever, il appelle les musulmans vivant en URSS à se soulever : « Qu’ils déclenchent la lutte contre la domination soviétique et conquièrent leur liberté le plus vite possible ».

En 1992, Massoud passe un marché avec le sulfureux Abdul Rachid Dostom, le chef d’une milice ouzbèke ayant combattu pour l’armée soviétique, afin de rentrer sans combattre dans Kaboul. Les forces du commandant Massoud entrent alors dans Kaboul le 29 avril. Un premier gouvernement provisoire est mis en place le 28 juin, présidé par Burhanuddin Rabbani, leader modéré du Jamaat-e Islami. Massoud est nommé ministre de la Défense.

La rivalité entre les différentes factions politiques, et notamment entre Massoud et Gulbuddin Hekmatyar, provoque la seconde bataille de Kaboul. Cependant, le mouvement extrémiste prend de plus en plus de place dans le cœur du pays et les talibans gagnent en prestige. Entre 1994 et 1996, soutenus par l’armée pakistanaise et la CIA, les talibans ont réussi à conquérir l’essentiel du pays et à instaurer une dictature fondamentaliste. Le 27 septembre 1996, Kaboul tombe dans leurs mains. Le mollah Omar, chef des talibans et « commandeur des croyants », prend le contrôle du pouvoir.

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Le mollah Omar, chef des talibans

« La capitale se retrouve donc sous contrôle taliban.
Des étudiants du Livre qui le comprennent comme des ânes
C’est toute une nation qui part en fumée
Des dirigeants corrompus et leurs promesses consumées
Nos sœurs et nos mères interdites d’éducation
Plus qu’un pas en arrière pour ma civilisation
Indifférence totale de l’Occident
Qui croit encore que la guerre se déroule sans incident
Ma résistance, telle une bouteille à la mer
Qui s’échoue sur une île inhabitée comme le désert
Mais il reste en mon peuple assez d’espoir
Pour maintenir les rangs, changer le cours de l’histoire  » Medine

Massoud, indépendant et opposé aux extrémistes religieux ou politiques, entretient des relations tumultueuses avec les pakistanais, les américains, les saoudiens, et les tendances pro-iraniennes ou pro-saoudiennes de son propre parti, le Jamaat-e Islami. Les américains eux, ne font pas confiance à Massoud et leur politique internationale vise à soutenir les autorités du Pakistan, qui elles-mêmes soutiennent les talibans. Les puissances étrangères lui retirent progressivement leur soutien logistique ou matériel. Mais Massoud parvient néanmoins à repousser les offensives talibanes sur son fief du Pandjchir, terre sacrée de la résistance Afghane.

De la vie après la lutte armée :

Le 2 juillet 2000, il reçoit une délégation de femmes dans la vallée du Pandjchir et signe la Charte des droits fondamentaux de la femme afghane, rédigée et promulguée quelques jours plus tôt à Douchanbé (Tadjikistan) par des Afghanes en exil. Il est invité en avril 2001 à Strasbourg par la présidente du Parlement européen, Nicole Fontaine. Il y dénonce les ingérences étrangères et sollicite une aide financière pour répondre aux nécessités des familles qui fuient le régime taliban et se réfugient dans la vallée du Panjshir. En août 2001, quelques jours avant son assassinat, il confie à un groupe de Français que l’aide humanitaire n’est jamais arrivée.

Dimanche, 9ème jour de septembre, Massoud a rendez-vous avec la presse du monde arabe. Les auteurs de l’attentat porté contre Massoud sont deux Tunisiens, Dahmane Abd el-Sattar et Rachird Bouraoui el-Ouaer, deux membres d’Al-Qaida. Ils ont pu s’approcher de lui en se faisant passer pour des journalistes, munis de faux passeports belges et grâce à une lettre de recommandation du Centre d’observation islamique (organisation basée à Londres). Les deux faux journalistes se font alors exploser à l’aide d’une ceinture de TNT.

-« Admiratif d’un combat hors du commun. Je vous salue, frère Massoud, de la part de tous les miens. » 
-« Peut-être avez-vous quelques questions à poser ? Faisons besogne avant que l’heure de prier ne vienne s’imposer »
-« Dites-moi commandant, êtes-vous prêt à mourir ? Croyez-vous que votre esprit mérite le martyr ? »
-« Mais qui êtes-vous ? Quel genre de question posez-vous ? »
Et pourquoi la caméra n’est pas branchée mais sur vous ? » Échange romancé entre Massoud et ses tueurs.

À plusieurs reprises, Massoud avait essayé d’attirer l’attention de la communauté internationale sur le danger incarné par Oussama ben Laden. Selon certains, il préparait même une confrontation d’importance avec l’appui des Etats-Unis contre les talibans et Al-Qaida.
Massoud est vénéré comme un saint dans la vallée du Pandjchir, où sa tombe fait l’objet d’un pèlerinage, et il fait figure de héros national pour une partie de la population. Les talibans et la partie du peuple qui les soutiennent, lui confèrent un autre rite et une toute autre histoire.72027-massoud

« J’en ai passé des soirées comme celle-ci, à regarder le ciel illuminé par les tirs de mortier. J’ai passé 48 ans de ma vie sur cette planète, et je peux encore revoir mon pays en fouillant bien dans ma tête. Un pays qui voulait vivre en paix, loin des jeux de pouvoirs des grandes puissances politiques. Un pays qui, pour gagner sa liberté et vivre, a su se sacrifier et mourir. Oui je revois encore ce pays, mais ma mémoire me trahit comme mes alliés. Des milliers de souvenirs qui attendent d’être coloriés. Kaboul restera présente dans mon cœur, autant que la guerre dans mon regard. D’abord les russes, mais ce sont mes propres frères qui auront ma peau. Ce soir le lion du Panshir s’éteint, et avec lui, la résistance afghane. »

Sources :

-« Massoud l’Afghan », livre de Christophe de Poffily

-https://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/le-commandant-massoud_1777045.html

-http://geopolis.francetvinfo.fr/afghanistan-le-commandant-massoud-entre-mythe-et-realite-117625

Teychon Baptiste

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