American Vandal : la série la plus intelligente de 2017 ?

Énorme carton aux États-Unis et véritable surprise de 2017, la série Netflix American Vandal est parvenue à se frayer un chemin entre la saison 2 de Stranger Things et de The Crown, ou encore la saison 5 de House of Cards. Cela est dû notamment à une intelligence cachée, qui porte un message terriblement actuel.

La recherche de la vérité

Toute la saison 1, articulée autour de huit épisodes d’environ trente minutes, s’organise pour développer un thème important : la vérité. Lorsqu’on lit le synopsis, on peut être très rapidement surpris et se demander si American Vandal n’est pas une vaste farce pour adolescent. 27 sexes masculins ont été dessinés sur les voitures des employés d’un lycée. Un suspect est rapidement reconnu coupable, Dylan, et deux élèves, Peter et Sam, qui tentent de le disculper. Netflix s’est par ailleurs assuré que la série serait sérieuse avant de s’engager dans sa distribution. Effectivement, derrière ce résumé qui laisse sourire, se cachent un voire plusieurs messages qui ne laissent pas indifférent. L’enquête que mènent Peter et Sam n’est pas anodine, elle est une recherche de la vérité alors que très vite, on se rend compte que les preuves à l’encontre de Dylan sont particulièrement instables et s’appuient sur des témoignages flous. Pourtant, tout le lycée croit dur comme fer que Dylan est l’auteur de l’acte. L’accusation s’appuie alors davantage sur son passé que sur l’acte présent, qui n’est d’ailleurs pas réellement prouvé étant donné que les images de la caméra de surveillance ont été effacées. Renvoyé, il ne peut alors s’appuyer que sur le documentaire de Peter et Sam pour prouver son innocence, quand bien même celle-ci est réelle. Cette recherche de la vérité doit s’appuyer sur une méthodologie précise de concordance des faits. Peter le dit lui-même, lorsqu’il y a une part d’incertitude et un voile qui se place devant la vérité, il faut toujours revenir aux faits car seuls ceux-ci peuvent témoigner de ce que tout le lycée attend : la vérité.

La déontologie du journalisme

American Vandal est une sorte de caricature des docu-fictions, tel que Making a Murderer, qui ont du succès. La saison 1 est filmée comme un documentaire et utilise les mêmes procédés et effets que les docu-fictions, avec notamment des témoignages. C’est une caricature car elle est en fait une critique de ces documentaires, exagérant les effets et s’appuyant sur un crime qui n’en est pas vraiment un, bien moins grave que les meurtres évoqués dans Making a Murderer. Pourtant cette parodie est sérieuse, on s’y croirait vraiment, le casting est impeccable et cela nous permet de plonger immédiatement dans un univers parodique qui devient oppressant au moment où tout le monde se met à mentir et à découvrir la véritable face de chacun. American Vandal ne fait que poser la question de la déontologie du journalisme. En faisant cela, la série essaie de poser également des limites. À la base, l’entreprise de Peter et Sam a tout de la bonne idée mais dès que le documentaire devient viral en ligne, les deux apprentis documentaristes doivent maintenir la même pression et le même suspens. Suspens d’ailleurs involontaire, car personne ne sait réellement ce qu’il s’est passé. Peter et Sam s’engagent alors parfois au-delà de la limite, dévoilant des secrets au grand public et n’étant jamais très loin du sensationnalisme qui guette toujours dans ce genre de situation. À force de vouloir absolument dire la vérité, les deux protagonistes pensent qu’il est loyal de dévoiler toutes les vérités, c’est-à-dire les plus difficiles, celles que les lycéens et professeurs aimeraient garder pour eux. Cela devient alors une entreprise de chasse aux sorcières, où le moindre écart peut valoir à un individu sa présence dans le documentaire, et donc son jugement par tous ceux qui le voient.

La société du jugement

Cette société est présente de deux manières : matérielle et immatérielle. La justice prend une autre forme car elle devient accessible à tous via Internet. Beaucoup décident de juger comme bon lui semble, cachés derrière un pseudonyme. Cela est parfaitement montré dans American Vandal et les réseaux sociaux impliquent alors que les individus doivent soigner leurs apparences dans une logique goffmanienne. C’est celui qui ne soigne pas son apparence qui est ici accusé, non pas forcément à cause de ce qu’il a fait dans un passé proche, mais à cause de ce qui a construit son image, son attitude dans un passé plus ancien et qui tend à s’ancrer dans la durée. Trouvant ici l’occasion de renvoyer enfin Dylan, le lycée n’hésite alors pas à se détourner des méthodes de justice, du régime de la preuve pour parvenir à ses fins. Tout le monde croit en la culpabilité de Dylan, mais peut-être un peu trop. Finalement, pour réussir à passer l’étape du lycée, il faut bien paraître ou paraître bien, se fondre dans la masse en ressemblant à cette masse, en s’uniformisant à ses conventions. Les règles sont alors fixées par les personnes dominantes au sein du lycée, professeurs comme élèves. Ceux qui ne suivraient pas ces règles seraient alors rejetés, jugés différemment car différents à la norme voulue par une minorité d’individus. Ce jugement matériel est suivi progressivement, au fil de la viralité du documentaire sur les réseaux sociaux, par un jugement immatériel : le jugement 2.0.

Les réseaux sociaux sont des plateformes nouvelles de justice, très prisées parce qu’elles offrent un moyen d’expression instantané et une manière de faire la justice soi-même. Les scandales sur Twitter ou sur Facebook deviennent alors des sources de droit informelles, une jurisprudence qu’il ne faudrait pas reproduire. L’hashtag est ce symbole qui réunit une communauté : dans American Vandal, de multiples communautés voient le jour, chaque communauté ayant sa propre théorie sur l’affaire du lycée Hannover. Les théories se diffusent alors comme une trainée de poudre et de deux camps, les « dylannistes » et les « antidylanistes », on passe à de très nombreux camps. La vérité n’a alors plus droit de cité et la liberté d’expression, très large, permet de dire la première chose qui passe par la tête des individus. Les protagonistes malgré-eux du documentaire ne sont donc que des marchandises qui s’échangent sur le marché des réseaux sociaux : ils offrent un produit, leur degré de culpabilité ou bien leur image, à des consommateurs, à une opinion qui agit sur les réseaux sociaux, qui ne sont qu’une représentation de la société de consommation actuelle. American Vandal est donc tout sauf un « dick joke sketch » et a marqué le paysage des séries en 2017, de par son intelligence, son originalité et son incroyable propension à s’inscrire dans le monde contemporain.

Mudry Nicolas