Art Culture Moyen-Orient et Afrique du Nord

D’Etienne, en passant par Nasreddine.

Notre beau pays regorge d’histoire et de monuments, qu’ils aient été imaginés ou faits de pierres. C’est d’ailleurs le genre de chose qui est de notoriété internationale. Que serait notre patrimoine sans Le Louvre et tous nos musées ? Sans leurs toiles et leurs statues ? Autant de noms d’artiste plus connus les uns que les autres, comme celui d’Etienne Dinet par exemple. Père de l’orientalisme et passionné par l’Algérie d’antan, il n’eut de cesse d’exprimer toute sa dévotion à travers ses œuvres.

C’est en 1861 que naît monsieur Etienne Dinet. Issu d’une famille plutôt aisée pour l’époque, il intègre dès ses dix ans l’internat du prestigieux lycée Henri IV à Paris. Il y étudiera pendant une petite décennie, et en ressortira avec son baccalauréat en poche, prêt à vivre de sa passion. À cette époque, déjà, Etienne n’a qu’une obsession : peindre ses pensées. Alors, c’est en toute logique qu’il intègre en 1881 l’école parisienne des Beaux-Arts, mondialement reconnue comme étant une usine à talent. Cette fois, il se retrouve plongé dans la cour des grands, côtoyant les beaux noms de Bouguerau ou encore Robert Fleury. Enfin dans son élément, il déverse toute son énergie dans son travail et cela paie très rapidement. En effet, sa première consécration ne se fit pas attendre car l’année suivante, en 1882, il expose pour la première fois au salon des artistes français. Ainsi, Dinet fait une première impression, une première tentative de succès. Et ce n’est que le commencement.

En 1884, il décide d’élargir son horizon et de partir à la rencontre d’autres peuples, d’autres coutumes, qui seront pour lui une source d’inspiration inépuisable. Le contexte de l’époque obligeant, il fit son premier voyage en Afrique, en Algérie française. Avec toute une équipe de savants entomologistes, il se rêve à découvrir le sud algérien, son Sahara, sa chaleur et ses dunes. Il jette son dévolu sur la région de Bou Saada, qui deviendra par la suite le fief de ses créations. Il faut croire que ce voyage le ravit, puisque ce sera le début d’une belle histoire d’amour entre le peintre et l’Algérie. Dès le premier regard, dès la première nuit il ne parvint plus à s’en détacher, comme un amant épris de sa belle. Ainsi, les années suivantes se sont enchainés les voyages, dans diverses villes toutes plus exotiques et merveilleuses les unes que les autres. Laghouat et Mzab lui servirent d’inspiration pour ses deux premiers tableaux « algériens », Les terrasses de Laghouat et L’Oued M’Sila.

etienne 2etienne 3

Le succès fut au rendez-vous, à tel point qu’en 1886, c’est l’Etat français lui-même qui lui achète une toile afin de l’accrocher dans l’ancien musée du Luxembourg. Ravi de son succès, il se donne pour objectif d’apprendre l’arabe, dans le but de mieux comprendre les us et coutumes du peuple algérien et surtout la culture islamique qui le fascine tant. Son intérêt pour ces horizons l’occupe tellement qu’il passe désormais près de 6 mois par an de l’autre côté de la Méditerranée. Après réflexion, il décida de profiter de son inspiration artistique pour créer officieusement la Société des peintres Orientalistes. (Cf : lien de l’article de Mehdi). Dès lors, les succès s’enchaînèrent un à un. En 1889, il obtient une médaille d’argent à l’Exposition Universelle de Paris, ayant pour thème le centenaire de la Révolution française. Les toiles d’Etienne Dinet parvinrent à se faire une place parmi de monumentales créations, telles que la Tour Eiffel ou encore la machine à vapeur (révolutionnaire à l’époque). Ce franc succès lui permet de participer à la création officielle de la Société Nationale des Beaux-Arts, aux côtés de grands noms comme Rodin.

1900 : nouveau siècle, nouveau tournant dans la vie d’Etienne Dinet.

Passant le plus clair de son temps en Algérie, il installe son tout premier atelier algérien dans la ville de Biskra. Parlant désormais l’arabe couramment, il parvient à peindre la subtilité des émotions de ce peuple africain, en ne cessant de mettre en exergue leurs mœurs, parfois différentes de celles des gens de la métropole. De toute cette effervescence naît le célèbre Esclave d’amour et lumière des yeux.

etienne

Il peint dans ce tableau la séduction et l’amour, la proximité et l’affection d’un couple algérien de l’époque. Si ce thème fut de nombreuses fois au centre de ses œuvres, en 1901 il se met progressivement à changer de registre et de muse. Il se montre d’avantage fasciné par la culture musulmane de ce peuple, bien loin de ce qu’il pût connaître étant enfant.
Cet intérêt pour la religion musulmane fait naître en Etienne Dinet une profonde réflexion quant à l’image qu’il se fait de sa vie future. Tout Homme finit par s’accoutumer peu à peu des réflexions et de l’idéologie d’un peuple lorsqu’il y vit presque les trois-quarts de l’année. C’est donc tout naturellement qu’en 1908, il écrit une lettre à son ami dans laquelle il lui annonce s’être converti à l’islam, quelques années auparavant. Et c’est ainsi qu’Etienne devint Nasreddine. Notez que ce prénom a une signification toute particulière, car il signifie « le salut de la religion ». Par ce choix fort, Etienne souhaite marquer un renouveau dans sa vie, peindre une nouvelle histoire.
Néanmoins, ce tournant ne lui fit pas perdre de vue sa passion pour l’orientalisme. À l’image de la Villa Médicis de Rome, consacrée à l’art, il créé la villa Abd-El-Tif à Alger en 1907. Cette villa deviendra par la suite une source d’inspiration et une référence pour le mouvement orientaliste. Cet apport de culture sur le sol algérien n’est pas la seule chose que Nasreddine ait fait pour l’Algérie. En effet, après une participation en 1912 à l’exposition universelle, il profite de sa notoriété pour faire de nombreuses interventions afin que sa ville bien aimée, Bou-Saada, soit un territoire civil et non militaire. Et il ne suffisait que de demander.

Son intérêt pour le peuple de Bou-Saada le pousse à transformer le château familial en un vaste hôpital ayant pour but de recevoir tous les blessés de guerre en attente de soins intensifs. Mais que se passa-t-il ensuite ? Que devinrent les corps des soldats morts au front ? Cette réflexion fit naître chez Nasreddine l’envie d’amener sa pierre à l’édifice, pour le bien être de sa nouvelle communauté. Il décida alors d’élaborer des esquisses de stèles mortuaires pour les combattants musulmans. L’armistice pointa enfin le bout de son nez et comme une reconnaissance faite à la colonie musulmane, Dinet participa au projet d’un livre, La Vie de Mohamed, prophète d’Allah. Dédicacé par la République elle-même « à la mémoire des musulmans tombés pour la France. »
Cela coïncide avec un événement important de sa vie, la mort de son père, suivie à quelques années près par celle de sa mère.

Sa peine, on peut l’imaginer, est immense. Mais la vie, elle, continue et l’art ne meurt jamais. Dinet le sait bien. C’est d’ailleurs pour cela qu’il inaugure la grande mosquée de Paris en juillet 1926. Peu de personnes le savent, mais Étienne Dinet a activement participé à son élaboration. Il y voyait la chance de faire connaître à la France, et sur son territoire, la beauté et la grandeur de sa religion. Religion à laquelle il se conforme, aussi bien dans les mots que dans les actes. C’est ainsi qu’en 1929, il a effectué le pèlerinage à la Mecque, cinquième pilier obligatoire de la religion musulmane. Cet effort pour sa foi sera néanmoins le dernier.

etienne 4

Étienne Nasreddine Dinet s’est effectivement éteint quelques jours après, d’une crise cardiaque, devant son appartement parisien.
Après le drame qu’il subit avec la mort de ses parents et la proximité grandissante qu’il entretenait avec la mort, il prit l’initiative de construire, avant de mourir, sa qubba (mausolée modeste) définissant ainsi l’endroit où il souhaite se faire enterrer, à Bou-Saada.
Le 12 janvier 1930 eurent lieues ses funérailles, à Bou-Saada, en français mais aussi en arabe, comme il l’aurait souhaité. C’est ainsi que la légende d’Étienne Nasreddine Dinet prit peu à peu forme, tirant sa source dans les éloges qui lui sont faites à titre posthume.

D’Etienne à Nasreddine, ou l’histoire d’un artiste tombé amoureux lors d’un voyage où il se découvrit lui-même.

etienne 5

etienne 6

Latreche Meryem

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s