Ap.D Politics : Rémy Bretton, jeune membre de la France Insoumise.

Ap.D Politics est un projet mené par trois rédacteurs et rédactrices d’Ap.D Connaissances, dans le but de sensibiliser la jeunesse à la politique à travers un large panel d’interviews et de rencontres de militants de différents partis et mouvements politiques, notamment des organisations de jeunesse.

Etudiant en 3ème année de science politique à l’université de Lille, Rémy Bretton est adhérent de la France Insoumise depuis que Jean-Luc Mélenchon s’est déclaré candidat à la campagne présidentielle de 2017. Depuis peu, il est également activement engagé au sein des Jeunes Insoumis.es, structure jeune de la France Insoumise. A travers cette interview, il s’agira de retracer son parcours et son évolution politique, puis d’en apprendre davantage sur la structure, l’organisation, ainsi que les valeurs défendues par le parti politique auquel il appartient.

 -Peux-tu nous définir le parti politique auquel tu appartiens ?

« J’appartiens à la France insoumise, et au niveau de Lille on a récemment monté un mouvement de jeunes, donc les Jeunes Insoumis-es, et le but est d’avoir une structure un peu jeune, pas du tout autonome de la France Insoumise (à la différence de ce que peuvent dire les jeunes socialistes, ce qui n’est d’ailleurs pas vrai car ils ne sont pas du tout autonomes du Parti Socialiste). On revendique des actions centrées sur la jeunesse, les étudiants, les jeunes travailleurs, les jeunes lycéens… et on essaye de socialiser tout ce monde qui ne se voit pas forcément mais qui est pourtant amené à lutter ensemble. C’est une cellule jeune de la France Insoumise. »

-Quelles sont les valeurs que vous défendez en priorité dans ce mouvement ?

« Les valeurs centrales de la France Insoumise, donc notamment la plus égale répartition des richesses, tout ce qui concerne également l’écologie (sortie du nucléaire, économie de la mer…) Ensuite, plus largement, au niveau des valeurs plus sociétales on défend une lutte féministe ou pro-féministe pour les hommes et des luttes un peu annexes, comme en ce moment la lutte contre la sélection, ou encore d’autres luttes annexes où les jeunes peuvent être un soutien dans ce que fait la FI mais en tant que jeunes (lutte pour le soutien aux cheminots concernant la réforme de la SNCF par exemple). »

-Comment s’organise le fonctionnement interne de cette organisation ?

« Alors la structure des jeunes insoumis a grosso modo une équipe nationale, mais c’est une équipe nationale qui n’est pas directement aux ordres, c’est-à-dire que dans chaque région on a des référents (2, et pour Lille et la région du Nord il s’agit d’Aurélien Le Coq et d’Elodie Cloez) et on a une structure nationale qui coordonne tout cela. Par exemple, concernant la lutte contre la sélection il y a eu des réunions au siège national avec les dirigeants nationaux de la FI pour voir comment on allait impliquer des lycéens dans la lutte.

Ensuite, au niveau d’une ville, au niveau des facs, d’une région, on fait plusieurs groupes d’appui car le mode de fonctionnement de la FI au niveau national est une équipe nationale, et sur chaque lieu de lutte il y a des groupes d’appui (par quartiers, villages, agglomérations…) et pour le mouvement jeune on fait exactement pareil. On a par exemple un groupe d’appui pour Lille 1, pour Lille 3, pour Science Po Lille… et après on coordonne tout ça et on fait des réunions pour voir ce qu’on a fait tous ensemble, car on a des luttes particulières sectorielles. »

-Quels sont les moyens utilisés dans le but de vous visibiliser au maximum, notamment auprès des jeunes ?

« On a un mode d’action qu’on essaye de faire passer au maximum, c’est de miser sur l’originalité et l’aspect un peu plus détente. Les vieux partis, les vieux mouvements sont un peu dans la perspective de faire des réunions, des brainstormings etc, ce qui est un peu chiant pour ne pas mâcher mes mots. Nous ce qu’on essaye de faire, c’est des petites soirées, des informations libres. Par exemple, très régulièrement on fait une petite soirée insoumise avec un thème particulier où il y a un karaoké, des présentations des groupes d’appui. Ces soirées nous permettent ainsi de faire venir du monde sans avoir directement une vieille pratique de la politique et dire voilà, il s’agira d’une conférence ou d’un débat, ce qui est un peu chiant donc on fait plutôt une soirée sympatoche quoi. »

 -Comment es-tu entré en politique ?

« Alors moi c’est compliqué parce que de base j’ai pas une famille foncièrement à gauche, mes parents sont plutôt centre-droit/centre-gauche, et moi je me suis socialisé politiquement en rentrant au lycée, où j’ai commencé par une lutte anti-fasciste car le FN s’était installé dans la ville où j’étais (Dignes les Bains, Aix-en-Provence) et avec des potes de lycée on a monté une action anti-fasciste pour lutter contre ça. Au fur et à mesure de cette néo-lutte, j’ai rencontré d’autres gens (collectifs anti-racisme…) et finalement j’ai eu le choix entre aller au NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), et à l’époque ça passait encore (on parle de 2013/2014), ou alors aller au Parti de Gauche. Bon j’allais pas aller au PS parce que même si j’étais pas foncièrement ultra radicalisé je considérais déjà à l’époque que le PS n’était plus du tout de gauche et que ça n’était pas possible. Il faut bien savoir ça, parce qu’il y a beaucoup de jeunes du FI qui étaient auparavant au PS, et qui l’ont ensuite quitté, donc moi j’ai pas eu la malchance de connaître ça. Pour être très franc, mon choix s’est fait sur un critère affinitaire car mon prof d’histoire était au Parti de Gauche et du coup, parce que j’avais envie de lui faire plaisir et aussi parce que je me voyais pas assez encore dans la radicalité de la NPA, je suis allé au Parti de Gauche. Il faut savoir qu’à ce moment-là même, j’ai été contacté par le syndicat lycéen (UNL) dans mon département pour créer une section locale de l’UNL donc quelques temps avant mon engagement au PG, j’ai été à l’UNL et y avait déjà pas mal de gens du PG dans l’UNL, ce qui a pu avoir une influence aussi. »

-Ta ligne idéologique est-elle toujours restée la même ou a-t-elle connu des changements (et a-t-elle vocation à changer à l’avenir) ?

« Alors déjà elle aura toujours vocation à changer, il y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, mais pour être plus précis c’est plus sur des questions stratégiques parce que sur le corpus global de ma vision politique, en 4/5 ans d’engagement je ne l’ai pas vu vraiment changer. Bien sûr il y a des variables d’ajustement selon les contextes, par exemple avant j’étais pour une alliance générale de toutes les gauches et ça a clairement changé depuis 1 ou 2 ans. Ce qui m’a profondément fait revisiter cet a priori stratégique, c’est pendant les régionales avec le fait qu’on ne pouvait pas s’entendre avec le Parti Communiste français dans les listes régionales, et notamment le fait qu’on avait mis Sandrine Rousseau tête de liste (candidate Europe Ecologie Les Verts) dans l’alliance PG-EELV et finalement on a fait un résultat désastreux à 4% avec des frais non-remboursés et le PCF à côté qui a fait 5%, c’était une catastrophe. Mais, d’un autre côté, je me suis dit que ce qui créé de la dynamique ne sont pas les alliances mais plutôt quand l’opinion publique, quand les masses prennent conscience qu’il y a une force politique qui peut émerger et qui peut donner quelque chose. C’est clairement ce qu’on a eu au moment des présidentielles, et c’est pour ça que le cartel des partis n’était pas une dynamique, c’est pour ça que la candidature de Jean-Luc Mélenchon a pu donner un espoir. Donc moi en fait, sur les questions stratégiques, je me réadapte au contexte. Pour l’instant, je pense que la stratégie dans laquelle on est est bonne, et c’est celle qu’il faut continuer à adopter. Et surtout, elle a un fond moral au-delà du stratégique, fond moral qui est encore plus structurant que tout ce que je vous ai dit d’un point de vue purement stratégique. Avec quelqu’un comme Benoît Hamon par exemple, on ne peut pas s’allier parce que le mec n’est pas en capacité de dire qu’à un moment, si les rapports de force fonctionnent pas il sort des traités européens ou de l’UE donc là c’est un aveu de faiblesse. C’est-à-dire que le mec, si on lui en a foutu plein sur la gueule pour parler franchement, bon bah il se tait, bah désolé mais c’est pas comme ça qu’on voit la transformation sociale. Je suis pas antieuropéen au contraire, l’idée de l’Europe est formidable, sauf qu’une Europe où on peut pas amener de politiques sociales est une Europe qui ne sert à rien. »

 -Pour quelles raisons as-tu décidé d’adhérer à la France Insoumise en particulier ?

« Je pourrai vous dire que c’est parce qu’à un moment donné j’ai senti que c’était là que je devais aller mais c’est du pipeau. C’est une dépendance au sentier. Très franchement, j’étais déjà au Parti de Gauche avant, et en 2017 l’opinion que j’avais était que c’était pas notre heure, j’avais des a priori, mais que Jean-Luc Mélenchon était le candidat le mieux placé et le plus légitime pour la gauche radicale. Donc j’ai voulu le soutenir, peu importe le score qu’il allait faire. Mon objectif de campagne d’ailleurs était de 13 ou 14% donc bien loin de ce qu’on a finalement fait. Donc j’ai rejoint la FI car c’était le nouveau cadre stratégique de ce que ma ligne idéologique représentait. »

-Quels sont les sujets qui te semblent les plus prioritaires dans la conjoncture politique actuelle ?

« La répartition des richesses. C’est certain. Un exemple actuel, la fortune de Bernard Arnaud de 60 milliards. Il devient l’une des 10 personnalités les plus riches à l’échelle mondiale. Avec tous ses profits de cette année, il touche plus que 20% des français les plus pauvres. Non mais on marche sur la tête, comment c’est possible que 12 millions de personnes qui travaillent et produisent de la richesse touchent autant qu’un type unique ? Va falloir m’expliquer, comment cet homme est capable de produire autant de richesse que 12 millions de personnes ? C’est pas possible, il y a un problème dans l’équation. Cette question de la répartition des richesses est centrale car c’est la question qui, économiquement, nous permet de nous relancer. On dit toujours qu’il faut être compétitif et relancer l’économie, sauf que ça fait 30 ans qu’on a la même politique économique, c’est-à-dire qu’on dit que les gens ne sont pas assez compétitifs et qu’il faut donc desserrer les droits sociaux, faire plus de flexisécurité dans le code du travail et au final, c’est toujours les mêmes résultats et la croissance ne monte pas. La question qu’on ne se pose pas c’est : économiquement, pourquoi ça rate ? Parce qu’on n’essaye pas d’autres choses. Moi ce que je pense, et il faut pas être super intelligent en économie pour comprendre ça, c’est que quand les gens ont du pouvoir d’achat, ils consomment et quand ils consomment, ça remplit le carnet de commandes. Et attention, on est pas forcément contre le patronat, je suis pour la petite entreprise, qui est défavorisée par rapport aux grosses boites, et c’est pour cela qu’on propose une caisse de solidarité entre entreprises de cotisations sociales en fonction du nombre d’employés, pour favoriser les petites boites. Donc c’est axer la relance sur le pouvoir d’achat, parce que les patrons des petites boites réclament le remplissage de leur carnet de commandes afin de pouvoir pérenniser leur entreprise. Donc il y a un grand chantier social et c’est pour moi la priorité.

Bon l’écologie aussi, en seconde valeur. Je viens d’un département où on a la centrale de Cadarache pas loin, et il faut savoir qu’en France, chaque ville, chaque territoire est à moins de 100 kilomètres d’une centrale nucléaire. Donc sachant que les derniers incidents nucléaires sont tombés sur le Japon, la Russie etc, en France on a un gros potentiel de nucléaire et statistiquement il faudrait commencer à se rendre compte qu’il y a de bonnes chances (ou malchances) que ça nous tombe sur la gueule. »

-Pour toi, que signifie être jeune en politique ?

« C’est sûrement une réponse que vous n’allez pas avoir, et c’est une réponse personnelle, mais pour moi être jeune ou pas, d’un point de vue de ce que ça implique dans l’engagement politique, c’est la même chose pour tout le monde. Déjà jeune, qu’est-ce que c’est ? C’est une classe d’âge, mais ça ne représente rien, derrière une classe d’âge il y a plein de gens et d’ailleurs cette classe d’âge ne représente sûrement pas la même chose pour tout le monde, et derrière le terme jeune il y a plein de choses différentes. Il y a des travailleurs, des étudiants, des lycéens. Ce ne sont pas les mêmes réalités sociales, il y a des héritiers, des gens qui ont un capital social, culturel, politique beaucoup plus inférieurs que d’autres. C’est pas une classe sociale, être jeune en France. Par contre, il y a une domination commune que les jeunes peuvent ressentir : l’engagement politique est plus difficile car derrière vous avez les gros barons qui sont là depuis 30 ans et qui se laissent pas manger leur place par de jeunes souffles. Mais à la France Insoumise on n’a pas ce problème, parce que le mouvement est jeune donc les seuls cadres qu’on a et qui sont hérités du passé sont seulement quelques cadres du Parti de Gauche et y en a pas des masses (5 sur 17 députés par exemple). Donc c’est assez ouvert et émancipateur comme cadre de mouvement, et c’est une question de contexte. Honnêtement, En Marche ! c’est la même chose, quoiqu’un peu moins car ils récupèrent des barons du PS et des Républicains qui se reconvertissent car leur ligne idéologique n’a plus d’avenir dans leur parti. Nous on a la chance que le contexte ne soit pas le même donc on ne récupère que des anciens du PG et si on est capables de mener une bonne action militante, c’est très facile de se faire une place dans la France Insoumise aujourd’hui, mais il faut le vouloir et être motivé. »

-Quel message pour la jeunesse ?

« Très rapidement : lui dire de ne pas attendre. Ne pas attendre pour s’engager, car c’est le moment de dire adieu à l’ancien monde et de prendre son envol dans un mouvement jeune, dynamique, actif et qui prêche de vraies valeurs pour la transformation sociale de la société, l’égalité entre les citoyens et ce qu’ils ont dans les poches et un environnement social et écologique renouvelé. Donc voilà, un message d’encouragement à venir s’engager avec nous. »

Interview réalisée le jeudi 8 mars 2018 à Lille.

Sarrosquy Aurélien, Ozdemir Biken, Gilot Claudie

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