Interview Politique

Ap.D Politics : Benjamin Tison, membre de Génération.s

Etudiant en 1ère année de science politique à l’université de Lille, Benjamin Tyson a d’abord été adhérent au Mouvement des Jeunes Socialistes pour ensuite rejoindre Génération.s, le parti politique créé par Benoît Hamon suite à sa défaite au 1er tour de l’élection présidentielle de 2017. Il est membre du comité des étudiants de Lille, organisation de la jeunesse de ce parti. Retour sur ce mouvement et sur son parcours politique personnel.

-Peux-tu nous définir le mouvement auquel tu appartiens ?

« J’appartiens à Génération.s le mouvement, plus particulièrement au comité des étudiants de Lille. C’est un mouvement qui s’est créé suite à la défaite de la gauche aux présidentielles et aux législatives, donc le contexte de création n’est pas très joyeux et on s’attend à beaucoup de travail. Il est basé sur les valeurs de l’écologie, de la justice sociale, de la solidarité, valeurs centrales à gauche. Pour l’instant il y a plus de 50 000 sympathisants, on ne peut pas parler d’adhérents puisque ce n’est qu’une inscription sur internet, et sur Lille on est plus de 500 (si on compte le comité de Lille et le comité des étudiants de Lille). »

-Quelles sont les valeurs que vous défendez en priorité dans ce mouvement ?

« Moi personnellement, j’aime bien la valeur de la justice sociale car elle regroupe un peu tout. Elle regroupe par exemple l’aspect écologique, parce que souvent ceux qui pâtissent des conséquences du réchauffement climatique sont les plus pauvres, et donc la justice sociale est une valeur centrale à gauche. Si j’avais une valeur à défendre, ça serait plutôt celle-là. Or sur le spectre des mouvements de la gauche, il y en a qui ont un peu abandonné cette valeur et qui ont opéré des rapprochements récents avec Emmanuel Macron par exemple, qui ne défend pas forcément la justice sociale, on le voit bien dans sa politique actuelle. »

Comment s’organise le fonctionnement interne de cette organisation ?

« Au niveau national, on a une coordination politique qui s’est mise en place, coordination politique qui n’a pas vocation à durer ad vitam aeternam. Ça se constitue autour de pôles, par exemple le pôle relations internationales, et donc il y a un peu des structures de partis classiques. Ce qu’il y a d’innovant dans ce mouvement est qu’on a aussi un Conseil de membres, composé d’une trentaine de personnes tirées au sort à l’automne, et qui actuellement travaille sur la structuration nationale du mouvement donc pour l’instant il n’y a rien de fixé, tout est provisoire et 30 militants travaillent à la question des statuts, de la cotisation (pour l’instant l’adhésion est libre).
Sur le plan local, le comité de Lille et des étudiants de Lille ont fait un système relativement similaire car c’est un genre de comité d’animation et de conseil d’organisation, et on a aussi choisi de le faire par tirage au sort car ça reprend l’idée du Conseil des membres au niveau national. Dans le comité des étudiants, nous sommes huit (de tous campus) à proposer ce conseil d’organisation et on essaye de structurer, d’assurer une présence sur tous les campus (publics comme privés) donc on essaye d’être actif sur les différentes universités, sur La Catho, Science Po et aussi sur les antennes de Roubaix et Tourcoing, car ce sont des endroits où les partis politiques et mouvements de jeunesses ne sont pas toujours présents. »

-Quels sont les moyens utilisés dans le but de vous visibiliser au maximum, notamment auprès des jeunes ?

« Pour l’instant on est assez actifs sur les réseaux sociaux car tous les jeunes peuvent s’y retrouver, après on fait beaucoup de tractages devant les facs. Après ça dépend des campagnes qu’on a, là on a eu une campagne contre la sélection qui vient de se terminer (avec un peu un échec de la mobilisation), et on va bientôt avoir une campagne sur les exilés (réfugiés, migrants) avec laquelle on va essayer d’être vraiment présents car on considère que les jeunes s’investissent beaucoup dans ces questions. Donc voilà, tractages, réseaux sociaux principalement et on essaye de prendre des thèmes centraux qui peuvent intéresser les gens. »

-Comment es-tu entré en politique ?

« Je suis rentré en politique par le Mouvement des Jeunes Socialistes, j’y suis d’ailleurs toujours officiellement adhérent mais je pense que je vais bientôt le quitter. C’est faire partie du MJS qui m’a amené à être représentant des Jeunes avec Hamon dans le nord pendant la primaire, et de fil en aiguille je suis arrivé à ce mouvement de Génération.s car j’ai décidé de suivre Benoît Hamon, j’ai adhéré pour la ligne un peu frondeuse. Je considérais que le PS revendiquait un peu une hégémonie sur la gauche, donc c’était le cadre dans lequel il fallait agir et là on se rend compte que ce n’est plus trop le cas car pendant les législatives on a eu certaines tentatives de rapprochements de candidats avec Emmanuel Macron donc je sais pas comment le PS peut aujourd’hui se revendiquer comme hégémonique à gauche alors qu’il a bien du mal à communiquer avec les autres organisations de gauche, même sur le plan local. Donc le but de ce mouvement est aussi de dialoguer avec toute la gauche, et c’est pour cela que j’y suis investi. »

-Ta ligne idéologique est-elle toujours restée la même ou a-t-elle connu des changements, et a-t-elle vocation à évoluer ?

« Ma ligne idéologique personnelle a forcément un peu évolué car au départ j’étais dans l’optique d’agir au sein du PS donc c’est déjà un changement d’idéologie de quitter ce parti, même si c’est vrai que c’est aussi l’idéologie du PS qui a changé et pas seulement la mienne, il y a un changement de ligne politique qui ne permet pas de dialoguer avec toute la gauche et d’être central à gauche. Après avec Générations.s, on part sur des valeurs centrales à gauche, on considère que tout le monde peut venir dialoguer avec nous (peu importe l’origine politique) et le but de développer des mouvements actuellement est clairement dans cette optique. Notre but est de rassembler tous les gens de gauche (FI, PS, EELV) et on revendique une « anarchie » car on a, certes, une petite hiérarchie mais on a pas de cadre comme n’importe quel autre parti politique. »

-Pour quelles raisons as-tu adhéré à ce mouvement en particulier ?

« Parce que j’ai suivi Hamon dans son « délire politique » comme l’appelle Olivier Faure, 1er secrétaire du Parti Socialiste, alors que quand eux font 40 000 votants à une élection interne nationale nous on revendique 50 000 sympathisants donc je sais pas où placer la barre du délire. Donc j’ai suivi Hamon car je trouve qu’il y avait une cohérence dans son projet, qui se retrouve en plus dans le mouvement actuel. Par exemple, quand il disait qu’il n’était pas l’homme providentiel et qu’il n’aimait pas cette manie courante de la Vème République (homme car actuellement il n’y pas beaucoup de femmes providentielles) et je trouve que cela se retranscrit assez bien dans le fonctionnement du mouvement actuel. Donc c’est aussi ça qui me plaît, chaque adhérent (peu importe son ancienneté, peu importe son parcours militant, syndical précédent ou actuel) peut vraiment s’investir activement dans le mouvement. Au comité de Lille par exemple, on a fait des commissions communes aux deux comités, ce sont des commissions thématiques où l’on parle de justice sociale, de l’Europe, de la démocratie, de l’écologie etc. et dans ces commissions beaucoup de gens viennent, et chaque idée est bonne à soulever. »

-Quels sont les sujets qui vous semblent les plus prioritaires dans la conjoncture politique actuelle ?

« C’est une question difficile parce que dans tout ce que fait actuellement le gouvernement il y a un point commun quand même. C’est une idéologie néolibérale qui veut qu’il y ait une concurrence entre tous et qui mène vers des réformes d’inspiration libérale (SNCF, enseignement supérieur, immigration). Donc pour moi la priorité se porte sur un seul sujet, lutter contre les politiques néolibérales qui rajoutent toujours des obstacles et il faut combattre cette idéologie, quelle que soit la forme qu’elle prend. »

-Selon vous, que signifie « être jeune » en politique ?

« Cela dépend des organisations dans lesquelles on milite. Etre jeune socialiste et jeune républicain ce n’est pas la même chose, être jeune Génération.s n’est pas la même chose non plus. En tout cas, être jeune chez Génération.s ça veut dire être écouté, avoir une voix au chapitre, pouvoir soulever des idées et les soumettre au national, malgré son âge. Je pense que par rapport à d’autres organisations, s’engager chez Génération.s signifie vouloir co-construire un projet pour la gauche de demain. Pour le Mouvement du 1er Juillet (1ère fondation de Génération.s) le mot d’ordre était de « reconstruire la gauche » donc c’est vraiment le but de cette organisation. Après, dans d’autres organisations plus anciennes, il y a des hiérarchies, la parole n’est pas forcément très libre (surtout quand on est jeune adhérent) tandis qu’à Génération.s j’ai eu de nombreux retours disant qu’il y avait une certaine égalité entre les anciens et les plus jeunes.
Après être jeune en politique de manière général c’est s’engager pour ses convictions et sur les centres d’intérêts des jeunes (enseignement supérieur). »

-Quel message pour la jeunesse ?

« Il y a une citation de Hamon que je ne connais pas par cœur mais c’était une phrase qu’il avait dit lors de l’un de ses meetings : « je veux que la jeunesse se saisisse du pouvoir », et c’est vraiment l’esprit de ce mouvement. La jeunesse a vraiment sa place dans le débat public et peut agir à son échelle. Ensuite je pense que la jeunesse doit vraiment s’engager dans le contexte actuel car des politiques sont menées que l’on subira plus tard de plein fouet, quand on rentrera dans la vie active par exemple (conséquences des ordonnances travail…)
Donc engagez-vous, venez construire un projet pour la gauche de demain et ne soyez pas résignés vis-à-vis de la politique ou des organes politiques. Engagez-vous quelle que soit la manière, il y a pleins de façons de s’engager et chacun peut le faire selon ses compétences et ses centres d’intérêts. »

Interview réalisée 16 mars 2018 à Lille.

Sarrosquy Aurélien, Ozdemir Biken, Gilot Claudie

Pour en savoir plus :

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