Les nymphéas de Monet, ou comment peindre en étant malvoyant ?

« Qui voit la figure humaine correctement ?

  • Le photographe ?
  • Le miroir ?
  • Le peintre ? »

Tu donnes ta langue au chat ? Très bien, petit indice : c’est Pablo Picasso qui avait posé cette question. Antoine de Saint-Exupéry dans Le Petit Prince disait : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux ». Le peintre a trois yeux : deux pour la réalité, et le troisième lui permettant de traduire émotions en formes, couleurs et textures. Mais qu’en est-il lorsque la vision du peintre est altérée ?

 Portrait d’un célèbre peintre actuellement exposé au musée de l’Orangerie à Paris.

Claude Monet (1840-1926) est le fondateur de l’impressionnisme. Il avait cette capacité à retranscrire de façon très poétique les paysages, avec des mouvements flous et des couleurs douces, inspirant un monde onirique.

Le grand homme a passé trente années de sa vie à peindre sur ce qui l’inspirait le plus : sa propriété à Giverny. Ce n’est pas si étonnant lorsqu’on voit la gueule qu’ont les fabuleux jardins de Monet. Inspirés des paysages japonais, les jardins de Monet sont garnis par des bassins d’eau décorés de nénuphars, de mille et une fleurs, d’arbres verdoyants… De quoi s’évader et se ressourcer assez pour toute une vie. J’exagère sûrement, néanmoins on comprend tout à fait que Monet ait souhaité contempler et peinturlurer le panorama pendant trois décennies.

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Quelques photographies du jardin de Monet à Giverny.

C’est donc cet univers qui est à l’origine des Nymphéas de Monet. Jusqu’au 20 août 2018, vous pouvez vous perdre dans les immenses panneaux des Nymphéas au musée de l’Orangerie. Émeraude, bleu, violet ; telles sont les couleurs dominantes des Nymphéas.

Les panneaux étant incurvés, il est très plaisant de s’asseoir au milieu, littéralement entouré par la magnificence du décor qui nous est proposé.

Cela dit, bien que Monet ait grandiosement retranscrit les émotions suscitées par ses jardins, nous pouvons constater une évolution de son travail, notamment avec ces deux images représentant un saule pleureur (à gauche Nymphéas, le matin clair aux saules de 1926).

Analysons cette évolution avec deux images (ci-dessous) du pont japonais selon Monet :

sur la première peinture datant de 1899 (à gauche), la vision qu’il porte sur ce pont japonais est assez proche de la réalité.

En revanche sur la seconde de 1923 (à droite) les formes sont peu distinctes, les couleurs changées. Alors que Monet travaillait avec des couleurs froides et des formes précises, il nous apparaît désormais avec des dominantes de jaune et rouge et beaucoup moins de finesse dans les formes.

Hélas l’artiste n’a pas été épargné et sa vue a été affectée par la cataracte. Un voile opaque s’est déposé sur ses yeux, et ainsi Monet craint de devenir aveugle. En 1922, son ami Georges Clemenceau l’incite à se faire opérer de l’œil droit pour éviter la perte de vue totale. Cette opération lui a permis de poursuivre dans la création artistique. De là naît un nouveau mouvement : l’impressionnisme abstrait.

METRY Séphora

À noter qu’il y a actuellement trois expositions au Musée de l’Orangerie :

  • La collection permanente sur l’impressionnisme (Degas, Renoir, Laurencin…).
  • Les nymphéas de Monet
  • L’abstraction américaine (courant artistique né suite à Monet ; exposée jusqu’au 20 aout 2018 également)