La Transition (1975-1982).

Suite à la mort du dictateur Franco le 20 novembre 1975, l’Espagne entre dans une période de plusieurs années que l’on peut définir comme la Transition politique à la démocratie. Cette époque se traduit par une rupture politique totale avec le franquisme et sa continuité. Le choc et la violence de la Guerre Civile de 1936 et le désir de ne pas répéter les mêmes erreurs ont grandement guidé cette transition et la politique postfranquiste.

Ce changement de régime politique s’est ainsi découpé en deux temps, une première période allant jusqu’aux élections de 1977 ou 1978 avec la nouvelle Constitution ; et une seconde jusqu’aux élections de 1982.

De la réforme politique à la rupture démocratique

      Si la loi de succession de 1947 voulait que Don Juan accède au pouvoir, celui-ci renonce à la couronne au profit de son fils Juan Carlos I qui souhaite constituer une monarchie où il serait roi de tous les espagnols. Il entame ainsi une première série de réformes qui restent limitées et donnent lieu à une monarchie dotée d’institutions semi-démocratiques. En conséquence de cette position à cheval sur deux orientations politiques, les différents plans de démocratie limitée du Gouvernement de Carlos Arias Navarro (président depuis 1974) sont rejetés à la fois par l’opposition qui souhaite une rupture totale avec le franquisme, mais également par les groupes issus de la dictature. L’opposition démocratique unie et l’ampleur des mouvements sociaux vont ainsi jouer un rôle d’une grande importance lors de la transition.

Une opposition reconstruite

       L’opposition à la continuité du franquisme se réorganise et s’unit. C’est d’ailleurs de cette façon que le mouvement ouvrier se reconstruit et que de nouveaux groupes syndicaux, légaux ou non, sont créés, et nourris par une crainte croissante de conflit et de lutte. Si au départ, ce mouvement provient des traditionnels noyaux ouvriers, peu à peu, il s’étend à toute l’Espagne urbaine : les années 60 sont alors marquées par de nombreuses grèves ainsi que des répressions violentes par les forces de l’ordre public. L’un des conflits les plus marquants est sans doute celui de l’entreprise Forjas Alavesas ayant duré plusieurs mois, où l’intervention de la police a donné lieu à cinq morts.

La Junta Democrática s’unit à la Plataforma de Convergencia Democrática et cette dernière, apparue en 1975, souhaite une période de transition avec un gouvernement provisoire et la consultation du peuple quant au choix d’une monarchie ou d’une république. Cependant, le PSOE (parti socialiste ouvrier) et le PCE (parti communiste) ne parviennent pas à s’entendre ni à mener l’antifranquisme. Finalement, l’idée d’une grève générale est abandonnée en 1976 et la décision est prise de se tourner vers une « rupture convenue », négociée avec le gouvernement.

Le premier pas sous le gouvernement Suárez

      En juillet 1976, le roi congédie Arias Navarro, ce qui permet à Adolfo Suárez de lui succéder et de devenir le nouveau président de l’Espagne. Le nouveau gouvernement doit cependant faire face à une grève générale le 12 novembre 1976 et à la résistance de soutiens au franquisme. Malgré cela, la loi pour la réforme politique est approuvée avec une majorité de 425 votes sur 531, ce qui permet d’accélérer le démantèlement des institutions issues de la dictature.

Des syndicats sont légalisés tels que la UGT (Union Générale des Travailleurs) ou bien les Commissions Ouvrières, mais surtout le Parti Communiste. Autant la gauche que la droite se reconstruisent : la gauche, avec le Parti Socialiste Ouvrier peut ainsi compter sur un nouveau leader sous les traits de Felipe González ; tandis que la droite fonde l’Alliance Populaire avec Manuel Fraga à sa tête.

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La mise en place d’un système multipartiste

      Les premières élections du 15 juin 1977 donnent lieu à la victoire de l’UCD (Union du Centre Démocratique) et du PSOE, ce qui permet l’instauration du système politique actuel, à tendance bipolaire. Le premier gouvernement de l’UCD traduit la diversité de la coalition électorale et les réformes entreprises sont le résultat d’accords entre les différentes forces politiques et sociales alors unies. C’est ainsi qu’une série de réformes d’urgence sont entreprises, dont font partie les Pactes de la Moncloa ou bien le décret d’une deuxième amnistie.

Les Pactes de la Moncloa sont des accords entre les différences forces politiques afin d’affronter la crise économique alors présente en Espagne, au moment probablement le plus tendu de la Transition démocratique. Enrique Fuentes Quintana, rédacteur du texte original reprendra d’ailleurs une déclaration faite par un politique républicain en 1932 : « Ou bien les démocrates mettent fin à la crise économique espagnole, ou la crise met fin à la démocratie ».

L’élaboration de la nouvelle Constitution

     La Constitution espagnole actuelle n’est autre que celle issue de cette période transitoire. Sa rédaction commence en 1977 avec un premier texte rédigé par le socialiste Pablo Castellano qui est finalement abandonné. Différents sujets controversés sont abordés dans cet écrit fondamental : l’intégration du terme « nationaliste » dans la réorganisation du territoire de l’Etat, mais aussi le rôle de l’Eglise et de la religion dans l’éducation ou bien encore la peine de mort pour ne donner que quelques exemples.

La Constitution est approuvée le 31 octobre 1978 avec 325 votes en sa faveur, 6 à son encontre et 14 abstentionnistes. Elle est soumise au vote du peuple par référendum le 6 décembre de la même année, et acceptée à 88%. Elle définit l’Etat espagnol comme un Etat démocratique de droit, reconnaît entre autres le droit à la grève, l’existence de nationalités et de régions, que la souveraineté réside dans le peuple et l’égalité devant la loi de tous les Espagnols, et a recours à la séparation des pouvoirs.

La réorganisation territoriale de l’Etat

      L’existence de communautés autonomes et des régions est un sujet qui a fait débat en Espagne depuis le début de la Guerre Civile. Ce débat s’est d’ailleurs retrouvé pendant la dictature franquiste, et a été source de tensions. Cette réorganisation du territoire débute par un système d’auto-gouvernement pour les régions dotées de « nationalités historiques », c’est-à-dire avec une langue propre et autochtone.

Ainsi, la Generalitat (Parlement catalan) est rétablie par Suárez le 2 juillet 1977, suite à un accord avec Tarradellas. La situation au Pays Basque est, elle, plus complexe puisqu’a surgi depuis la fin du Franquisme, le groupe terroriste ETA qui continue de sévir, et le gouvernement basque demeure toujours en exil. La reconnaissance légale des Statuts d’autonomie des différentes régions se fait progressivement entre 1979 et 1983, ce qui se traduit dans la Constitution qui reconnaît l’existence de différentes nationalités et de régions pouvant constituer leur propre gouvernement.

     Les dernières décennies du vingtième siècle ont donc permis à l’Espagne de se reconstituer, tant au niveau interne qu’international, et de devenir un pays moderne et développé, intégré aux institutions internationales et européennes.

Marie Juliette Michel