Plages désertes, santé dégringolante, population dévastée : les sargasses s’installent.

Nous les oublions souvent, mais au-delà de nos côtes hexagonales, il y a nos compatriotes : les DOM TOM. Ces territoires français dispersés manquent souvent à l’appel quand il s’agit de parler de la « France ». Cependant, ils sont bien présents et certains d’entre eux rencontrent aujourd’hui de grandes difficultés environnementales. Nous allons nous concentrer ici, sur les Caraïbes et les Antilles françaises. Archipel Guadeloupéen, Martinique, Saint Martin, Saint Barthélémy, Guyane.. sont depuis quelques années submergés par des envahisseurs : les sargasses.

Ces perturbatrices sont des algues pouvant atteindre jusqu’à 12 mètres, elles prolifèrent à une vitesse impressionnante, passant par la mer des Sargasses et formant d’immenses « plaques marron » pour finalement s’échouer sur les plages ou dans les ports. Non seulement elles arrivent par tonnes sur les côtes, mais en plus elles sont toxiques.

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Une fois qu’elles sèchent, elles dégagent une odeur semblable au souffre, une odeur extrêmement forte qu’on compare là-bas à des « œufs pourris ». Elles chassent ainsi habitants et touristes jour après jour, les commerçants ferment, les restaurants sont déserts ainsi que les bases nautiques, et les littoraux habituellement dynamiques meurent.

En dehors des plages, les habitants en bordure de mer sont condamnés à vivre avec ces gaz toxiques, sans oublier la menace de ces algues brunes sur la faune, notamment les tortues.

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Mais d’où viennent-elles ?

Contrairement aux idées reçues, ces arrivages de plus en plus importants depuis 2011 ne proviennent pas de la mer des Sargasses mais de l’Amazonie. Alors pourquoi si loin ? Ces algues prolifèreraient grâce aux sources de nutriments (phosphate et nitrate) causées par le lessivage des sols et l’agriculture intensive, en d’autres termes de la déforestation de l’Amazonie. Il faut compter d’autres facteurs comme la destruction des mangroves et la brume de sable du Sahara qui foisonnent ces plantes marines. Elles sont ensuite entraînées par les courants sur le sable blanc des Caraïbes.

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Y a-t-il une solution ?

Au début du phénomène et des arrivées en masse, les habitants, comme à Capesterre de Marie-Galante, se sont mobilisés avec leurs propre moyens : sac poubelle, pelle, masque, et volontaires. Il a fallu des montagnes d’algues pour que les mairies débloquent des fonds afin de fournir les machines et la main d’œuvre. Cependant, malgré les efforts pour le moins importants des habitants et des communes, les algues ne cessent d’arriver par tonnes et les fonds communautaires ne suffisent plus. Plusieurs tentatives pour stopper les algues ont été tentées ; une machine qui ramasse les algues directement en mer (Sargator), des filets, des digues artificielles mais aucune de ces techniques ne s’est montrée satisfaisante. Ces dernières années, les habitants des îles ont mené un combat acharné pour que le gouvernement français prête attention au problème, et plus encore qu’il débloque des fonds pour aider au ramassage. Plusieurs manifestations ont eu lieu, dont une devant la préfecture de Guadeloupe où les forces de l’ordre ont dû faire usage de gaz lacrymogènes.

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Aujourd’hui encore, le problème semble ne pas trouver de solution, certains littoraux antillais sont encore inondés de ces algues brunes. Les plages qui retrouvent leur tranquillité peuvent remercier une production naturelle en baisse et des courants marins qui divaguent.

Il serait peut-être temps de laisser la nature en paix, et peut être que cette dernière nous le rendra.

Mahina Vignon