Une histoire à raconter : Mossadegh ou une autre histoire populaire de l’Iran, l’espoir pour la démocratie de l’Iran.

Il est de ces histoires qui tendent à s’oublier, il est de ces personnes dont l’héroïsme restera muet. Il est de ces vies perdues pour une cause oubliée. Il est de ces histoires à raconter.

Mossadegh, l’espoir de la démocratie en Iran ou la tragique victime du coup anglo-américain, raconte par sa tragique vie, l’Histoire Moderne de l’Iran entre espoir et trouble. Entre aurore et crépuscule. Son Histoire raconte comment, à la suite d’un événement historique, l’histoire d’un pays peut brutalement changer du jour au lendemain.

L’Iran, pays ancestral du savoir, berceau de tant et tant d’illustres sages et temples de la religion philosophique monothéiste avec le zoroastrisme, a de nos jours une histoire immédiate des plus compliquées à déchiffrer. Il est aujourd’hui quasiment impossible d’aborder neutrement le cas de ce pays et pour cause, le discours du 29 janvier 2002 de George W.Bush qui qualifie, entre autres, l’Iran comme ennemi du monde et faisant partie de l’axe du mal avec la Corée du Nord et l’Irak. Depuis ce jour, les rapports diplomatiques des pays atlantistes sont des plus tendus et inaudibles. A raison ou à tort.

Mais derrière ce mirage de poussière qui nous brûle les yeux, se cache une histoire fabuleuse ; une autre histoire moderne qui aurait pu être écrite si, en 1953, il ne s’était pas passé ce qu’il s’est passé. A la manière de la série 22.11.63, revenons sur ce moment précis qui changea le cours de l’Histoire de l’ancienne Perse.

Mossadegh, un premier ministre trop populaire.

L’histoire de Mossadegh en elle-même n’a rien d’ordinaire. Dès son plus jeune âge, il vit des choses qu’aucun gamin normal de cet âge ne peut imaginer vivre durant sa vie. Rien d’étonnant que son destin fut aussi grand et tragique telle une tragédie grecque.

Mossadegh est né en 1882 à Téhéran et meurt en 1967. A l’âge de 14 ans, il devient le gouverneur financier de la province de Khorassan, succédant ainsi à son père avant de poursuivre ses études supérieures à Paris. Durant les années 20, de retour en Iran, il est plusieurs fois nommé à des ministères tels que ceux de la finance et de la guerre. Il est également élu plus tard au parlement iranien avant de prendre sa retraite forcée de la vie politique. En effet, il est opposé au couronnement du nouveau Shah, Reza Khan et il le fait savoir :

« Reza Khan gouverne très bien le pays et il faut qu’il continue à le faire. Pour cela, il doit rester Premier ministre. S’il devient Roi, soit il respecte le principe de monarchie démocratique, constitutionnelle, et il ne doit pas gouverner, et cela serait dommage. En revanche, s’il se décide à gouverner en tant que Roi, il devient par définition un dictateur, et nous ne nous sommes pas battus en faveur de la démocratie pour avoir encore une fois un Roi dictateur ».

Il revient finalement en 1941 à la vie politique, et dix années plus tard, il est élu premier ministre de l’Iran avec une tâche importante à accomplir : développer le pays tout en gardant le principe primordial de tout peuple « l’autodétermination des peuples ». Pour cela, il est élu sur un programme très social, comparable au courant socialiste, et l’une de ses mesures phare est la nationalisation du pétrole iranien permettant une rente pétrolière conséquente et donc une rentrée d’argent pour l’Etat qui permettrait de mieux redistribuer les richesses. Mossadegh se trouve élu démocratiquement, et devient même pour le Moyen-Orient et les pays atlantistes « L’Homme de l’année » selon le Times. Cependant, ce titre ne va pas lui tenir bonne compagnie très longtemps. Rapidement, les grosses puissances atlantistes vont s’apercevoir que son élection peut porter préjudice à leurs intérêts dans cette région du monde.

L’Histoire de Mossadegh est des plus intéressantes à partir de ce passage. En effet, plusieurs histoires se croisent à travers son histoire : l’Histoire future de L’Iran, mais aussi l’Histoire géopolitique du Moyen-Orient et surtout, le début du commencement de l’ingérence Américaine.

Le coup d’Etat contre Mossadegh

Le 19 août 1953, Mossadegh est démis de ses fonctions sous la pression étrangère, notamment britannique et américaine, qui reproche au premier ministre, la nationalisation du pétrole iranien et d’avoir exproprié la géante compagnie pétrolière Anglo-Iranian Oil Company. Période de guerre froide oblige, l’épouvantail communiste est brandi. Les Anglais accusent Mossadegh d’être au service de l’URSS et la peur du rouge réveille alors l’Amérique. Pourtant, pour Mossadegh, son raisonnement était simple, et loin de la bipolarisation du monde. En effet, Mossadegh était plus dans le courant des non-alignés. Pour le premier ministre iranien, son raisonnement est simple : si les entreprises étrangères voulaient exploiter le pétrole iranien, celles-ci devaient tout simplement payer le pétrole à son juste prix au peuple iranien. Pour le premier ministre, le peuple iranien devait profiter de son propre pétrole.

Alors les Britanniques, avec l’aide des Américains, ont commencé à réfléchir à comment intervenir pour éviter de trop grandes pertes d’intérêt économique. Les Américains étaient anxieux à l’idée d’une intervention militaire au Moyen-Orient, alors ils déployèrent la CIA pour venir en aide aux Anglais. Le nom de code de cette opération est “L’opération Ajax”. La CIA vient de déclassifier les notes se rapportant à ces événements.

image : http://www.france24.com/fr/20130819-iran-cia-etats-unis-coup-etat-1953-mossadegh-teheran-shah-battle-for-iran

La CIA a donc envoyé un agent spécial nommé Kermit Roosevelt (un parent de Teddy Roosevelt) pour tenter de corrompre le gouvernement iranien. Devant cet échec, il fomenta une rébellion contre le gouvernement en payant des personnes pour monter et fomenter un coup d’Etat de l’armée iranienne menée par le général Fazlollah Zahedi, alors même que Mossadegh jouissait du soutien de la majorité du peuple.

La résidence du premier ministre est alors bombardée et Mossadegh ne doit son salut qu’à une échelle qui lui permet de fuir. Cependant, il est jugé quelques jours plus tard par le Chah qui est de retour. Celui-ci proclame la peine de mort, mais finalement il fera trois ans de prison et sera libéré par la suite.

Le Chah et l’Anglo-Iranian Oil Company reviennent donc en Iran. La compagnie pétrolière retrouve ses biens, en changeant son nom par  » British Petroleum ». Les Américains ne sont pas en reste, car grâce à cette action, la puissante Standard Oil profite de l’affaire pour entrer sur le marché iranien. Le rêve d’une nationalisation du pétrole pour le peuple iranien se trouve bien loin devant l’arrivée des géants de l’argent.

L’éviction de Mossadegh confirme l’échec de la première tentative d’un pays du tiers monde d’acquérir la maîtrise de ses richesses naturelles. L’événement a nourri de profonds ressentiments chez les Iraniens. Mais cet événement marque également la naissance d’une nouvelle arme géopolitique, d’une nouvelle sorte de soldat avec la figure de Kermit Roosevelt : la naissance des assassins économiques.

Durant toute la seconde partie du XX siècle, que ce soit au Chili, en Equateur, au Nicaragua, au Venezuela, en Argentine, et autres pays du Tiers monde, la CIA envoie les assassins économiques dans toute l’Amérique Latine pour maintenir sa présence et sa mainmise sur les aspirations nationales de ce territoire clé des Etats-Unis. En cette période de guerre froide où la peur du rouge devient la névrose de l’Amérique, les assassins économiques se retrouvent être le fer de lance de la destinée manifeste américaine. Mais cela est une autre histoire à raconter.

Baptiste Teychon