[TRIBUNE] L’avortement : un droit, une lutte.

Il y a quelques semaines, j’apprenais avec déception et grande tristesse que l’avortement était toujours illégal en Argentine après un vote du Sénat. Encore une fois, le corps de la femme est privé de ses droits. L’avortement en Argentine continuera de manière clandestine et tuera de nombreuses femmes, comme dans beaucoup de pays du monde encore aujourd’hui. Au Salvador, des femmes sont mises en prison pour avoir fait une fausse couche et l’avortement est considéré comme un crime. En 2018, des choses si terribles, si dénuées de sens existent encore. Quand est-ce que toutes les femmes du monde auront le droit de disposer librement de leur corps et de leur propre vie ?

Aux États-Unis le droit à l’avortement est de plus en plus menacé mais dans un pays rongé par le conservatisme et l’individualisme, surtout depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, ce n’est même plus étonnant. Le président américain voulait nommer un juge anti-avortement à la Cour Suprême en remplacement d’Anthony Kennedy, juge en faveur de l’avortement qui est parti à la retraite en juillet dernier et qui bloquait les votes anti-avortement. Le président américain a donc un objectif : interdire le plus possible l’avortement dans le pays. Un homme donc, riche, vieux, décide donc pour des millions de femmes de toutes classes sociales, de tous âges qui font le choix de l’avortement.

Un avortement n’est jamais facile, les femmes qui avortent ne font jamais ce choix par plaisir. Les raisons sont diverses ; viol, pas envie d’enfant, pas prête… Et surtout, ces raisons ne regardent que ces femmes. Personne ne doit interférer dans ce choix des plus personnels. Surtout pas les hommes qui ne seront jamais dans ce cas-là. Un dicton a été créée « pas de vagin, pas d’opinion » et dans ce domaine, c’est plus que vrai.

Mais le comble, c’est que des femmes sont aussi contre l’avortement. A ces femmes, je voudrais juste leur demander : est-ce que l’avortement de ces femmes gâche votre propre vie, est-ce que cela affecte votre quotidien ? La réponse est évidemment non. Mais au contraire, vous, les femmes anti-avortement, vous gâchez la vie de ces femmes qui veulent avorter. Et ces enfants que vous voulez tant, s’ils évoluent dans un milieu où ils ne sont pas désirés, seront-ils heureux ? Non. Pourquoi voulez-vous tant vous mêler de choses qui ne vous regardent pas ? Vous militez pour « la vie » mais ces femmes que vous privez d’avortement légal pourront mourir lors d’un avortement illégal. La vie des mères est donc moins importante qu’un fœtus sans conscience ? Le « pro-vie » invoque donc une mort de la mère, mais aussi de l’embryon.

Les fake news alimentent fortement, en France, le mouvement anti-avortement « marche pour la vie ». Celui-ci publie des photos sur leur compte twitter, or cette image-ci dessous en l’occurrence est fausse. Ce n’est encore une fois pas un enfant dans le ventre mais un embryon dénué de conscience, de sentiments. L’image est certes choquante mais totalement fausse. Et cela est d’autant plus révoltant.

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Des mouvements jeunes anti-avortement apparaissent comme « les Survivants ». Ces personnes se sont appuyées sur les travaux de Marie Peeters et Philip Ney pour décrire le « syndrome du survivant » ; selon eux une personne qui a échappé à un avortement peut développer des symptômes comme la « culpabilité existentielle » ou encore « l’attachement anxieux » durant sa vie. Philip Ney, militant pro-vie, est le seul psychiatre qui reconnaît ce syndrome, mis à part Marie Peeters : sa femme ! Cette base scientifique semble donc bien fragile…

Le droit de disposer librement de notre corps est loin d’être possible. Et même lorsqu’il semble acquis, il ne l’est finalement jamais. Il ne faut donc pas relâcher le combat, toujours reconnaître que le droit à l’avortement en France a été un combat rude et honorer celle qui l’a mené, Simone Veil. Il faut également soutenir les femmes de tous pays qui n’ont parfois aucun droit et sont condamnées à pratiquer des IVG clandestins.

A Bailleul, dans la Sarthe, les médecins de l’hôpital ne pratiquent plus l’IVG. Le docteur Bertrand de Rochambeau, président du syndicat des gynécologues refuse de les pratiquer. Il a déclaré dans un entretien accordé à Quotidien qu’il n’est « pas là pour retirer des vies ». Alors que comme le rappelle Valentine Oberli durant cet entretien, au sens juridique, un enfant à naître n’est pas une vie. Lui, s’obstine. Comment peut-on, en 2018, voir une telle régression ? La non pratique de l’IVG est un droit, mais celle d’y avoir recours aussi. Si ces médecins ne veulent pas aider les femmes, ne veulent pas les sauver parfois, alors pourquoi avoir choisi cette spécialisation ?
En Italie, 70% des gynécologues refusent de pratiquer cette intervention. L’avortement, même s’il est légal, est très difficile à obtenir.

Le combat est toujours là, que le droit soit présent ou absent.

                                                                                                                                      Anaïs Lefebvre