Julie Uteau : l’espoir d’une passion.

Il y a des métiers qui fascinent tels des contes pour enfants. Il y a des métiers qui font rêver comme une belle rencontre. Il y a des métiers si enivrants qu’ils nous font oublier la dureté du métier, qu’ils nous font oublier ce qu’est vraiment ce métier.

La profession de comédien fait partie de cette catégorie tant adulée et redoutée à la fois. Emplie de mystère et de fantasme, cette profession est souvent pleine de clichés et il est difficile d’avoir une réelle idée sur les vérités du métier ; une vérité qui soit sans maquillage, qui retrace à la Bandini, la dureté du rêve d’artiste.

C’est pour cela, qu’à travers le regard de la jeune comédienne Julie Uteau et de son parcours, nous vous proposons d’écouter et de comprendre ce que la profession de comédienne veut réellement dire : plongeon dans ce portrait caravagiste.

Première partie : Le parcours

Ap,D Connaissances :

Bonjour Julie Uteau, merci de nous recevoir quelques heures avant le début de ta première représentation au théâtre des Cerisiers à Bordeaux. Pour commencer, peux-tu te présenter rapidement ?

Julie Uteau :

Alors bonjour, je m’appelle Julie Uteau, j’ai 29 ans et je suis comédienne. Voilà à peu près ! Je me suis présentée vite ; c’est bien je trouve comme ça on a plus de temps pour le reste. (rires)

Ap.D Connaissances :

A partir de ton vécu et de ton parcours, peux-tu nous parler du métier de comédienne, qui est souvent bien éloigné de la réalité et de la célébrité ?

Julie Uteau :

Oui ça c’est sûr. Si j’étais célèbre, on le saurait (rires). Déjà, comédien c’est un métier de passion, on ne le choisit pas forcément au début.

On fait du théâtre par passion, car on aime jouer et incarner d’autres histoires. Mais on le voit également comme rêve. Un rêve de strates et de paillettes. Mais très vite, lorsqu’on commence à faire des écoles comme moi j’ai fait, des écoles de théâtre ainsi que des castings, on se rend compte que ce n’est pas cela. Que ce rêve de strates et de paillettes n’était finalement qu’un doux rêve, une étrange illusion qui nous a guidés vers cette voie.

La compétition est vraiment présente dans cette profession et il faut savoir la gérer. Tu sais, c’est un métier assez précaire, instable, où il ne faut pas avoir peur de se remettre en question car on ne sait jamais ce qu’il va se passer le jour même. On n’a pas d’horaire fixe, pas de salaire fixe et forcément comme toute personne, on a un loyer à payer. Donc on fait des petits boulots alimentaires à côté en attendant. Mais le problème, c’est que travailler à côté, ça empêche de se concentrer sur la création artistique car tout simplement, on a moins de temps à consacrer à notre carrière artistique et puis avec le boulot, on a d’autres soucis. C’est un cercle vicieux. Donc parfois, il y a des comédiens qui abandonnent et qui continuent leur travail alimentaire et d’autres, qui essaient de faire les deux car la flamme est toujours présente au plus profond d’eux.

Voilà, comme tout métier dans le monde de l’art, c’est une profession très instable et vraiment un métier de passion. Mais personnellement, passé cela, je m’y retrouve vraiment dans ce métier. Quand je monte sur scène et que j’échange avec mon public, je me sens vraiment à ma place, je sens que quelque chose se passe en moi. Ça me donne envie de me battre.

Ap,D Connaissances :

Tu baignes dans le théâtre depuis toute petite, quel moment a fait basculer ta carrière ou t’a donné une nouvelle impulsion ?

Julie Uteau :

En fait c’est drôle…ce qui m’a donné cette impulsion, c’est justement la coupure avec le théâtre. J’étais déçue de ce métier et il y a 5 ans, j’ai décidé de faire une pause et de reprendre mes études en DUT d’animation socio-culturelle, donc toujours en lien avec le théâtre, mais en arrêtant de jouer. Et je me suis rendue compte que je ne pouvais tout simplement pas arrêter de jouer donc j’ai terminé mon diplôme et ensuite, j’ai décidé de reprendre le théâtre avec cette nouvelle envie et énergie. A la suite de ce choix, j’ai eu une rencontre avec un metteur en scène d’un théâtre de Bordeaux qui m’a fait jouer 20 dates avec le théâtre des Salinières. Ensuite, j’ai eu une rencontre avec le théâtre en Miettes qui m’a proposé de donner des cours et j’ai décidé également de reprendre un seule-en-scène que j’avais joué avant cette coupure.

Voilà, l’impulsion vient de cette coupure qui m’a donné l’énergie de reprendre et ensuite, tout s’est enchaîné pour le moment. Parfois, il suffit juste de prendre du recul avant de replonger dans cette aventure qu’est la vie.

Ap,D Connaissances :

Que diriez-vous à un jeune qui veut se lancer ?

Julie Uteau :

Je lui demanderais déjà s’il a vraiment envie de faire ce métier, s’il est passionné.

Ensuite, je lui dirais de prendre conscience de la dureté du métier de comédien. Mais, je ne lui dirais pas non plus de ne pas le faire, de ne pas tenter car il faut essayer. S’il n’essaie pas, il sera frustré. Et le plus important, c’est d’essayer les choses qu’on veut faire. C’est pour cela que moi, je continue. Je n’ai pas encore réussi comme j’aimerais mais je me donne les moyens d’y arriver et si un jour, je vois que cela n’a pas réussi, au moins, je pourrai me dire que j’ai essayé.

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Crédit photo : Catherine Passerin

 

Deuxième partie : la pièce

ApD Connaissances :

Parle-nous un peu de l’auteur de la pièce.

Julie Uteau :

Gérard Levoyer est un auteur qui écrit beaucoup de monologues et là, il a fait un recueil de monologues de femmes qui s’appelle « elle(s) ». Il écrit beaucoup sur les femmes car c’est un sujet qu’il aime bien traiter de par sa complexité et sa profondeur.

En fait, je ne trouvais pas de compagnie avec laquelle jouer et je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose moi-même. Je suis donc tombée sur son recueil « elle (s) » grâce à ma mère qui l’a rencontré, il y a quelques temps.  Ensuite, on a eu beaucoup d »échanges avec Gérard, et ce qui est vraiment bien, c’est que c’est un auteur qui laisse ses droits. Il encourage vraiment la création et fait la pub de tous les comédiens qui jouent ses pièces. C’est une personne qui est dans l’échange et qui accompagne les comédiens.

Apd Connaissances :

Et donc pourquoi un monologue ? Pourquoi cette envie de vouloir monter en solo ?

Julie Uteau :

Alors à la base, ce n’était pas un solo. On avait commencé il y a longtemps, avec une amie des Cours Simon, et elle a simplement changé de voie. Elle a trouvé sa véritable passion et la chose qu’elle aimait vraiment faire.

Et comme j’avais une date fixée pour la représentation, je me suis dit « je vais le faire toute seule ». Et finalement, je m’amuse réellement toute seule. C’est pleins de monologues de portraits différents de femmes et j’aime incarner les différentes histoires et raconter ce que ces femmes traversent. En plus, c’est assez drôle, je change souvent de vêtements sur scène. Donc voilà, pour cette pièce ça va mais en revanche, j’ai été contente l’année dernière de rentrer dans une compagnie et de jouer avec d’autres comédiens car c’est mieux de partager la scène avec d’autres amis comédiens.

ApD Connaissances :

Parle-nous un peu des différentes femmes que tu incarnes.

Julie Uteau :

Le personnage principal de la pièce est une jeune fille qui va venir dans son petit grenier, sa salle de jeu on imagine. Dans cette salle de jeu, il y a une valise avec plein de costumes différents et elle va s’amuser à raconter différents portraits de femmes qu’elle a croisées dans sa vie.  Du coup, elle passe du comique au dramatique au fil des différents portraits de ces femmes actuelles. Enfin, tout ça est implicite bien sûr ; chacun comprend à sa façon l’enchaînement de la pièce. C’est une sorte de fil rouge narratif, un peu comme un doux conte d’hiver qu’on écoute au coin de notre cheminée.

Ap, D Connaissances :

Où trouves-tu la force d’incarner tous ces personnages ?

Julie Uteau :

Je pense que cette force, ce sont les personnages eux-mêmes qui me la donnent. On s’oublie au profit des différents portraits qui nous poussent à transmettre l’énergie et l’émotion enfouies à l’intérieur de nous. Et quand on arrive à incarner ces personnages et non à les interpréter, alors toute la force dont on a besoin est là au bout de nos doigts.

Pour finir, j’aimerais vraiment vous dire que c’est un très beau métier, que je vis pleinement ma passion qui me mène sur une route poussée par le hasard et que les moments de doutes sont des moments de création et de force.

Bien sûr que c’est un métier qui peut être dur et qu’il est loin des fantasmes de la société, mais une dureté belle. Et lorsqu’on regarde derrière nous à la fin d’un spectacle, on se dit : « c’était bien ».

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Crédit photo : Catherine Passerin

Baptiste Teychon