Elections de mi-mandat, un enjeu majeur pour Trump.

Le 6 novembre prochain, Donald Trump se trouvera face à un important défi. Ce rendez-vous crucial est bien celui des élections de mi-mandat aux Etats-Unis appelées communément « midterms » en anglais.

  

Les élections de mi-mandat approchent, la tension monte pour la Maison Blanche. C’est dans un contexte complètement différent que Donald Trump va parcourir les Etats-Unis en cette fin d’année et la Maison Blanche le sait. Elle a ainsi programmé pas moins de 40 déplacements en deux mois pour le président américain afin de stimuler les candidatures républicaines à travers le pays. Les midterms représentent une sorte de deuxième présidentielle pour l’administration en place, elles peuvent faire et défaire la politique du locataire de la Maison Blanche. C’est la majorité des deux chambres du Congrès qui se joue ; les électeurs américains seront invités à voter pour renouveler la totalité de la Chambre des représentants (435 sièges) ainsi qu’un gros tiers du Sénat (35 des 100 sièges). C’est par la même occasion que le même jour, certains mandats seront renouvelés comme les scrutins locaux, très importants, compte tenu de l’organisation politique du pays (50 Etats souverains). Par exemple, les élus locaux votent des lois qui s’appliqueront au niveau de leurs états, comme avec la peine de mort toujours pratiquée au Texas ou bien entièrement abolie au Michigan.

L’attente des élections de mi-mandat est en général moindre, le taux de participation en témoigne (37% lors des élections de 2010). Cette année, c’est dans une Amérique coupée en deux, que l’avenir de Trump se joue : les votes seront bel et bien décisifs pour le président, décidé à se représenter en 2020 en vantant les fruits de sa politique économique avec un taux de croissance survolant les 4%. Cependant, la tâche s’annonce complexe pour D.Trump, président le plus impopulaire de l’histoire moderne américaine depuis Harry Truman ; 53% des Américains lui sont hostiles.

Ainsi, tous les yeux seront rivés sur le Congrès ce mardi 6 novembre. L’occupant de la Maison Blanche risquerait de perdre sa majorité à la Chambre, et donc de perdre la main sur sa politique intérieure. Obama s’en souvient, en 2014, il a alors été incapable de faire passer des lois au Congrès face à une majorité républicaine (port d’armes, système de santé nouveau,…). Mais Donald Trump reste confiant et a peut-être raison d’afficher et d’assumer cet air de défi, même quand tout semble se liguer contre lui. Ces fameux électeurs de cette « Amérique profonde » tiendront-ils jusqu’au bout ? Continuera-t-il seul ou sortira-t-il renforcé de ces élections ?

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L’enjeu pour ces midterms n’a en effet jamais été aussi fort ; un Trump affaibli par de multiples affaires politico-judiciaires et des démocrates de plus en plus forts dans les sondages. Eux, voient en ce scrutin un référendum anti-Trump et surtout, l’espoir d’une « vague bleue » (le bleu étant la couleur des démocrates) à la Chambre des Représentants, chambre basse du Congrès. Ils pourraient rafler plusieurs sièges, faisant basculer la Chambre à gauche puisque seul 23 sièges sont nécessaires pour faire chavirer la majorité côté démocrate, (la Chambre compte 236 sièges rouges contre 193 bleus pour les démocrates). Surtout que depuis 1946, le parti du président perd en moyenne 25 sièges lors des élections de mi-mandat. « C’est toujours le cas pour l’administration en place, affirme Henry Olsen. Mais ce le sera encore plus cette année, compte tenu des passions que suscite Donald Trump » poursuit le spécialiste du Parti républicain au sein de l’Ethics and Public Center. Si les démocrates emportent le scrutin, c’est toute la perspective de 2020 qu’il faudra réviser, une défaite des républicains s’avèrerait préoccupante pour la prochaine présidentielle. Et plus encore, une large défaite pourrait signifier une procédure d' »impeachment » (de destitution) qui pourrait être engagée par les démocrates, qui, depuis plusieurs mois, font entendre leurs voix contre le président. Cependant, ne pas trop s’avancer sur les probabilités d’une défaite brutale des républicains relèverait du bon sens ; aucun statisticien n’avait prévu la victoire de Donald Trump. Le matin du vote, l’agrégateur de sondages RealClearPolitics donnait Hillary Clinton gagnante à 75 %.

En revanche, si une possible victoire à la Chambre des représentants se profile pour les démocrates, l’accès à la majorité au Sénat semble plus ardu. Certes, la majorité républicaine est plus qu’infime (51 sièges sur 100) mais seuls 35 sièges sont remis en jeu cette année, dont 26 détenus par des démocrates, sur la défensive donc. D’autant que 10 de ces sièges se trouvent dans des Etats remportés par Trump en 2016. Selon FiveThirtyEight, le « Grand Old Party » (parti républicain) a deux chances sur trois de sauver et ainsi conserver sa majorité à la Chambre Haute. Les sénateurs sont élus, eux, pour 6 ans. Un tiers donc est renouvelé tous les deux ans lors de ces « midterms ». Ils sont du nombre de 100 et représentent les Etats fédérés, il y a 50 états donc deux sénateurs par état siégeant au Sénat. Trump peut ainsi se sentir plus confiant pour les élections des sénateurs, sauf immense surprise, la chambre haute du Congrès restera rouge. 

Le même jour, des élections de représentants des Etats fédérés sont généralement organisées, notamment celles des gouverneurs (36 sur 50 états), sortes de président d’état, chef politique et exécutif de leur Etat.

Les prochaines élections de mi-mandat auront donc lieu dans deux ans, celles-ci auront peut-être un impact plus fort. La raison ? La date, 2020. En effet, lors des midterms tombant en fin de décennie, le Congrès devra alors redessiner les cartes électorales puisque le recensement se termine. Ce qui permet ainsi aux élus vainqueurs de pratiquer un redécoupage électoral en faveur (ou défaveur) d’un parti. Une conséquence donc directe sur les élections pour la décennie suivante.

 

Pour l’heure, il reste un mois à Donald Trump et son administration pour espérer une dynamique républicaine et peser un peu plus sur la balance politique. Un mois pour convaincre de probables électeurs, un mois peut-être encore pour tout changer. Tout va vite en politique, voyons si en un mois, Trump réussit à rattraper le temps perdu.

  

Nehla El Majdi