« Khalil », le nouveau roman de Yasmina Khadra

Qui est Yasmina Khadra ?

Derrière ce pseudonyme, se cache Mohammed Moulessehoul. Il a choisi ce pseudonyme pour son épouse à laquelle appartient ces 2 prénoms. Yasmina Khadra est un écrivain algérien, connu pour ses nombreuses œuvres, dont certaines ont été adaptées au cinéma, notamment « Ce que le jour doit à la nuit » qui a été réalisé par Alexandre Arcady.

Son dernier livre, « Khalil » est publié le 16 août 2018 aux éditions Julliard.

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Rencontre avec Yasmina Khadra à la Fnac de Lille

Pourquoi avoir choisi ce titre de roman ?

Tout simplement parce que « Khalil » est le surnom d’Abraham, voulant dire le confident.

Nous sommes dans le contexte des attentats de novembre 2015 qui ont touché la France, et à travers ce roman, Yasmina Khadra explique comment un jeune, Khalil, a pu finir avec une ceinture d’explosifs autour de la taille.

L’argument avancé par Yasmina Khadra repose sur l’idée selon laquelle, c’est toujours un problème familial qui est au commencement, une personne qui n’a pas le sentiment d’avoir auprès de lui des parents qui lui donnent satisfaction. Le jeune va donc chercher sa famille ailleurs, et cet ailleurs, c’est la rue. Dans la rue, le jeune va avoir des rencontres malheureuses. Souvent, c’est un jeune très fragilisé, qui va avoir besoin d’une certaine forme de reconnaissance, de visibilité, et tous les êtres humains ont besoin d’une visibilité.

Ainsi, dans son roman, le personnage Khalil va prendre la voie des intégristes. Ce jeune Khalil a deux amis, Driss et Ryan, qu’il a connu à l’école. Ryan a une maman qui s’occupe de son fils, qui le motive à aller à l’école, une mère très attentive qui voulait faire de lui quelqu’un. Pour le cas de Driss, il a suivi le même chemin que Khalil, qui est celui de la radicalisation.

Pourquoi ces jeunes tombent dans l’endoctrinement ?

Yasmina Khadra nous explique que c’est tout un processus, un jeune ne devient pas radical du jour au lendemain. Comme dit plus tôt dans l’article, on va donner de la visibilité à ce jeune pour qu’il puisse se sentir exister. On va dire à ce jeune que ce n’est pas lui qui est mauvais, mais la société.

Souvent, les personnes qui viennent interférer dans l’esprit de ces jeunes les fascinent, ils ont un certain charisme, et apparaissent alors comme des sauveurs, des héros, des modèles à suivre… C’est un travail de longue haleine.

Pour exemple, certains jeunes qui sont allés en Syrie, devaient au départ y aller, non pas pour faire la guerre, mais pour « aller aider des « frères » qui sont blessés », « qui ont besoin de soins, de nourriture, de logistique… ». Ils vont d’abord aller les aider, puis un jour, on leur donnera une arme et ils iront au front.

Les raisons de l’écriture du roman « Khalil »

Yasmina Khadra est parti d’un fait réel pour écrire son livre. Son ambition est de rendre les lecteurs humains. Pour lui : « on ne réfléchit plus, on a peur ! Mais peur de quoi ? Peur de quelque chose qui n’existe pas. »

Ce livre a été écrit pour deux projets :

Tout d’abord pour sensibiliser ; c’est un livre qui s’adresse aux jeunes, l’écrivain souhaiterait qu’il soit enseigné aux élèves, notamment pour éloigner les jeunes de la radicalisation.

Puis, pour lutter contre le courant intellectuel (rassemblant des politiques, des philosophes…) qui essaie de déplacer le problème, qu’est le terrorisme. Ce courant va accuser l’Islam, le Coran, les musulmans. « C’est un courant qui veut le malheur des peuples. Il veut donner à la population un ennemi, et lorsqu’on a un ennemi, on va l’attaquer. Il veut juste installer le malheur dans les nations. »

Ainsi, ce roman est une interaction avec tous ces « pseudo-experts qui viennent sur les plateaux télévisés ».

 

Mehdi KERROUCHE