Le numérique dans le milieu carcéral

              Le milieu pénitentiaire a toujours été controversé. C’est un système qui ne fait pas l’unanimité, et ses modalités sont, d’autant plus, débattues. La réforme du 24 novembre 2009 positionne la prison comme un lieu servant à la réinsertion des détenus. Malgré cette position juridique, le milieu n’est pas interprété de la même manière par tout le monde. Beaucoup perçoivent encore celui-ci, comme un lieu de punition et de privation de liberté. Cependant, ce n’est pas l’objectif premier de la prison. Celle-ci n’a pour objectif que de priver de la liberté d’aller et venir. Signifiant, ainsi, que tout autres droits fondamentaux doivent être respectés dans le système correctionnel. Nous ne considérons plus la prison pour son pouvoir de punition mais bel et bien pour sa capacité de réinsertion. L’environnement carcéral doit, alors, être utilisé à bon usage. La période pénitentiaire doit servir à la réinsertion du détenu sans nuire à ses droits fondamentaux. La question de la technologie dans les milieux correctionnels s’avère être une opportunité pour plusieurs dimensions. Le numérique touchant à la vie carcérale des détenus, serait un outil immanquable à la réinsertion mais son usage se tournerait également au service du personnel chargé des prisons. C’est pourquoi, en mai 2017, à Prague, l’ICPA (International Corrections and Prisons Association) a organisé avec l’EuroPris et CEP une conférence internationale sur la technologie numérique dans le secteur correctionnel. L’ICPA souhaitait ainsi, encourager les secteurs privés à accroître les innovations technologiques résolvant les problèmes des établissements correctionnels. Pour ces raisons, l’idée d’une implantation digitale facilitant la réinsertion des détenus n’est alors pas sans débat. Si cette question fait des siennes, c’est, avant tout, à cause de la redéfinition philosophique et éthique de la prison. Il semble faire consensus aux yeux d’un ensemble de citoyens, que donner la possibilité aux détenus de toucher au numérique relève d’une liberté trop importante.

              Pourtant, le numérique n’est pas nouveau dans les prisons. Au sein de leurs murs, les détenus peuvent accéder à la télévision de manière légale depuis 1985. Si auparavant, la mise en place de la télévision a connu d’innombrables critiques, il n’en reste pas moins, maintenant, inconcevable de ne pas offrir cette possibilité aux détenus. Il y a, toutes fois, une inégalité avérée du coût de celle-ci en fonction des sites correctionnels. En effet, dans les établissements privés, l’accès aux chaînes coûte 18€ par cellule par opposition aux établissements publics où il ne coûte que 9€ par cellule. Malgré cela, la télévision reste bénéfique pour la vie en détention. Celle-ci permet une ouverture sur le monde extérieur limitant ainsi, les tensions à l’intérieur des murs. C’est dans le même schéma logique que s’inscrit le reste des nouvelles technologies. Nous avons également connaissance que, de manière illégale, circulent facilement, au sein des milieux correctionnels, les téléphones ou les nouvelles consoles de jeux-vidéos, souvent donnés par projection au-dessus des murs, ou encore par les surveillants des prisons.

               En 2011, Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté, prônait la mise en place des nouveaux moyens numériques permettant le respect du droit à la communication. Il entendait par-là évidemment que les nouvelles technologies facilitent la communication, notamment par les messageries électroniques. Le numérique pourrait alors être considéré comme un droit. Un droit qui aiderait au respect du droit fondamental que les liens familiaux représentent. La prison doit au maximum, éviter de nuire à ce droit. Par Internet, il serait possible de leur donner accès à des applications de communication gratuites et rapides telles que l’envoi d’e-mail, ou des télécommunications par Skype. Cette possibilité devrait, évidemment, être ajoutée aux possibilités de communication déjà actuelles. De plus, les réseaux de communication sont des lieux d’expression canalisant les frustrations des détenus.

                     Pour cela, il serait possible de mettre les ordinateurs sous le serveur central. A Beveren, en Belgique, la prison possédait une prison cloud.  Avec à disposition une prison cloud, les détenus pourraient, également, apprendre une formation leur permettant de pratiquer un télétravail et pourraient, alors, gagner, selon la loi, 45% du SMIC ce qui se révèle être beaucoup moins en pratique selon Adeline Hazan, contrôleur général des lieux de privation de liberté. Le télétravail serait un avantage considérable puisque, dans les locaux de la prison, il n’y a pas assez de travail pour chaque personne détenue.

                    Le numérique faciliterait les démarches administratives qui seraient bien plus rapides. Les détenus pourraient même accéder à leurs dossiers juridiques. Cela leur donnerait l’accès au droit, aux informations juridiques avec le site legifrance, par exemple. Ils auraient la possibilité de consulter leurs comptes bancaires ou les sites associatifs. Le numérique faciliterait la prise de connaissance des informations sur leurs états de vie, mais également sur la culture générale. En effet, le numérique apporterait une facilité d’accès à la culture générale avec la possibilité de consulter Wikipédia, des vidéothèques ou encore des bibliothèques virtuelles offrant de meilleures possibilités de lecture. Il serait d’autant plus favorable que la lecture en prison permet de réduire considérablement les violences. Toutes ses sources d’informations mises à disposition des détenus permettraient de maintenir leurs identités citoyennes et civiles.

                    Afin de donner une chance aux détenus de pouvoir se réinsérer dans la société après le séjour correctionnel, l’accès aux nouvelles technologies serait grandement souhaité. Il est important de prendre conscience qu’il existe une fracture numérique entre les détenus et le reste de la société. L’accès au numérique réduirait cette fracture et la distorsion sociale qui, souvent, amène à l’isolation du détenu. Cette isolation a pour conséquence une instabilité psychologique qui ne permet pas une réinsertion. Ce n’est pas le seul atout pour la réinsertion ; la pratique du monde numérique donne les connaissances nécessaires pour le contexte professionnel actuel. Il est effectivement handicapant de ne pas savoir utiliser un ordinateur, Internet, ou les logiciels de bureautique dans le milieu professionnel. C’est ce qu’offre le numérique au sein des prisons. Beaucoup de détenus ne sont pas diplômés et sont analphabètes. En donnant l’accès à des formations à distance avec un suivi précis entre l’enseignant et l’élève, les détenus peuvent mettre à profit leur séjour en prison afin de mieux arriver sur le marché du travail, ce qui est le premier pas vers une réinsertion réussie. Lorsque leur sortie approche, les détenus pourraient également mieux la préparer avec l’accès à internet. Cela les aiderait à trouver du travail sur des sites d’offres d’emplois et leur donnerait l’occasion de faire les démarches de pôle emploi en ligne.

      C’est également une ressource pour les personnes chargées des prisons. Le numérique représente une solution pour la gestion des informations et de la vie en détention. Les nouvelles technologies peuvent centraliser les dates d’entrées et de sorties, lister les effets personnels, et permettre une collaboration entre les différentes entités locales. Cela donne la possibilité aux surveillants de contrôler en temps réel et à distance les détenus. Il est également possible, comme dans les cyberbases justices déjà installées en France, d’identifier les opérations réalisées par un détenu sur l’ordinateur. C’est, également, une mise à profit pour les acteurs intervenants du monde pénitentiaire comme les associations, les avocats ou encore les enseignants, car le numérique permet un gain de temps et une démarche plus efficace.

            Par conséquent, le numérique serait un véritable atout au service des détenus et de l’ordre, qu’il soit en amont dans le domaine pénitentiaire, ou dans le domaine démocratique de notre société en favorisant la réinsertion. Il existe, maintenant, plusieurs prisons qui possèdent des nouveautés technologiques. Certaines sont reconnues pour être des prisons du futur telle que Beveren en Belgique, d’autres sont plus lentes mais restent progressives comme les sites correctionnels en France (le centre de détention des femmes à Rennes, le centre pénitentiaire de Metz, la maison d’arrêt d’Amiens, la maison d’arrêt de Bordeaux-Gardignan, la maison d’arrêt de Baumettes, la maison centrale de Saint Martin en Ré, l’établissement pour mineurs de Lavaur) ayant en leur sein des Cyberbases Justices. Il y a, évidemment, des mises en place et des filtrages à réaliser avant que le modèle numérique en prison puisse s’y instaurer sans risques afin d’éviter une liberté d’aller et venue virtuelle. Comme le bug en septembre 2014 dans la prison de Beveren en Belgique, laissant aux détenus la liberté d’envoyer des mails à qui ils souhaitaient, nous le montre, cela doit encore se perfectionner. Néanmoins, pour aller vers son perfectionnement, il est nécessaire d’apporter des financements, et une volonté certaine de la part du gouvernement. Celui-ci se révèle absent selon l’association GenepiFrance.

Bettina Laouar