Interview de Yudimah, rappeur au contact de son public : « Je fais du rap pour rencontrer des gens, c’est con mais je suis là pour ça »

La scène bordelaise aussi peu connue soit-elle, est bien présente et elle a du talent. C’est ce que nous prouve Yudimah. Ce jeune artiste bordelais s’est déjà fait remarquer en faisant la première partie de Kalash à Bordeaux en octobre 2016, puis celle de MHD à Biarritz en novembre 2016. Deux ans plus tard, son nouvel album voit le jour ; il nous en parle. Une rencontre à l’image de ce que cherche à générer Yudimah, un cocktail de sentiments et d’échanges avec ceux qui l’écoutent, un texte qui bouge, qui fait réfléchir, une musique qui parle et qui veut faire parler.

Tout d’abord, merci de nous consacrer cette interview. Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Yudimah, 24 ans, artiste hip-hop bordelais, je viens de sortir un nouvel album qui s’appelle « Energy ». Je pense que dans ce cadre-là, c’est la base.

  • Parle-nous un petit peu de ton parcours, d’où tu viens, de ce qui fait ce que tu es aujourd’hui ?

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Pour commencer, à la base moi je fais de la danse et c’est à l’âge de 13/14 ans, que j’ai découvert la poésie dans un premier temps. J’ai grandi très influencé dans le Mickael Jackson, le RNB, la musique noire américaine et c’est pour ça qu’après avoir découvert la poésie, je me suis mis à tester le rap. Je m’exprimais déjà à travers la poésie mais le rap était plus naturel, et ayant grandi dans le hip-hop, la somme des deux… Je disais souvent que le rap, c’est danser avec les mots. J’ai fait du rap pendant un moment, puis je me suis mis à faire des instrus, m’enregistrer et j’ai « appris » la musique plus en profondeur.

  • Il me semble que tu te produisais sous un autre « nom », Leizy BK avant, en référence à ton « asso » si je ne me trompe pas ?

Oui j’avais un autre nom, et c’est sous ce nom que j’ai créé l’association « Butterfly King », qui avait pour but de faire de la musique et de la vendre afin de récolter des fonds pour des causes qui me tenaient à cœur. Et justement, la première cause sur laquelle je me suis attardé est une cause liée à qui je suis, les enfants soldats au Congo. Moi je suis né en France et je suis franco-congolais. Ma mère est congolaise et est arrivée en France quand elle avait trente ans pour se faire soigner et c’est là qu’elle a rencontré mon père… et me voilà !

  • Tu restes assez proche de tes origines du coup ? par le biais de l’associatif ?

Oui, mais pas que. Pour moi, ça a fait sens à un moment de faire quelque chose pour une patrie que je n’ai jamais vue mais qui fait que je suis ce que je suis. Surtout que j’ai découvert ce qui se passait là-bas assez tard, je n’en avais jamais entendu parler et le jour où j’ai vraiment appris tout ça, c’est en regardant un reportage sur les enfants soldats et tout ce qui se passait au Congo. Et à ce moment-là, je me suis dit que j’avais de la chance, j’aurais pu naître là-bas. Je suis le seul de mes 5 frères et sœurs à ne pas être né là-bas. J’ai eu vraiment beaucoup de chance et quand je l’ai conscientisé, je n’ai eu qu’une seule envie, c’est aider ceux qui n’ont pas eu cette chance.

  • Donc par le biais de « Butterfly King ». J’imagine que tu n’es pas tout seul dans ce projet ?

Ben si… (rires). En fait, j’ai été tout seul, puis j’ai eu une personne qui m’a aidée à un moment, puis finalement je me suis retrouvé tout seul. Après la sortie de l’album, j’ai vendu 150 exemplaires et j’ai pu faire entre 500 et 600€ de gains que j’ai donnés afin de rénover un dispensaire (il en fallait 12 000€…). Puis, je me suis concentré sur ma carrière parce que le noyau de ce projet, tout mon pouvoir pour cette cause que je veux aider, il réside dans ma carrière.

  • Et du coup que pourrais-tu faire pour le futur de cette association ? Quelles sont tes idées ?

Dans un premier temps, j’ai créé « Energy » qui pour le moment n’est que sur les plateformes digitales mais j’ai pour projet de faire des CD pour la cause. Sinon, je m’étais lancé à faire des interventions pour informer les gens parce que je me rends compte que très peu de gens savent ce qu’il se passe réellement. Après, c’est vrai que maintenant, on voit des youtubeurs qui parlent un peu de la cause, etc mais c’est très récent finalement et je pense qu’aujourd’hui encore il y a un manque d’informations donc pourquoi pas à l’avenir continuer à faire des interventions.

  • Est-ce que cet engagement se retrouve dans tes musiques ? J’ai pu souvent lire que tu étais un rappeur « engagé » dans ce que tu proposes ?

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Oui et non… Je fais attention avec ce qui est « rappeur engagé » ou non, parce que pour moi, ça appartient aux autres. Chacun n’a pas la même représentation de ce qu’est un rappeur engagé et comme je n’ai pas envie de devoir répondre aux attentes, moi je dis juste que je vais faire mon truc. À ce propos, là je dirais que je suis engagé dans le domaine plutôt de l’humain, je m’adresse à des gens, je ne suis pas là à faire de la politique ! Je traite plus des problèmes d’humanité, de la confiance en soi, de la motivation, d’où le titre « Energy ». J’ai envie de tendre vers le mieux, d’inspirer à bouger, vraiment ma musique, c’est « Venez on va plus loin, on devient meilleur » !

  • Comment définirais-tu ta musique ? Quelles sont tes principales inspirations ?

Pour les artistes, c’est dur ça comme question !… C’est dur de définir un style, tu peux demander aux autres mais à moi tu ne peux pas vraiment. Moi, j’écoute vraiment de tout, du rock, du rap, du RNB, de la pop… Je reste hip-hop mais aujourd’hui, c’est un ensemble de sous genre comme une espèce de cockpit et il y a tout dedans… donc je peux seulement te dire, j’ai le style Yudimah ! (rires)

  • Justement tu composes à la fois en français et en anglais, pourquoi ce choix ? As-tu une préférence ?

On me pose beaucoup cette question… L’anglais, ce n’est pas ma langue maternelle…

  • Mais tu le parles super bien, on dirait que c’est presque inné chez toi !

C’est gentil mais c’est pour le kiffe. Je rappais en français mais je n’ai pas grandi dans le rap français alors du coup, j’ai essayé juste pour m’amuser en anglais et puis finalement, on me disait que c’était bien, alors j’ai continué mais j’avais un accent « pété » au début ! Puis j’ai appris tout seul, moi j’étais le gars quand il y avait des leçons d’anglais, je recopiais 500 fois le vocabulaire, je mémorisais les mots, je regardais des interviews pendant des heures, on me disait de regarder des séries. Mais moi ce n’était pas mon monde, je voulais en savoir plus sur le monde de la musique, j’ai dû regarder toutes les interviews de Kanye West et celle de Jay-Z aussi entre autres ! Et je m’entraînais encore et encore…

  • Que penses-tu de la scène musicale bordelaise, notamment rap/hip-hop ?

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C’est vrai que la scène du rap bordelaise a du mal à émerger, pourtant il y a des talents ! Mais je pense qu’il y a différents facteurs. Il y a peut-être un manque d’encouragements au début. Je me suis posé la question : « est-ce que ce n’est pas le public ? ». Aujourd’hui, je change d’avis et je me dis que la personne qui va conquérir le cœur bordelais n’est pas encore arrivée… Mais c’est vrai que Paris, c’est la capitale et ici à Bordeaux, on n’a pas de gros labels, ni de gros médias. Mais par exemple, prenons Marseille, ce n’est pas la capitale mais il y a quelques trucs qui sont sortis, on a un œil sur Marseille, et pas sur Bordeaux … enfin ça reste mon avis.

  • Et justement as-tu des projets sur Paris pour te développer un peu plus ?

Pas vraiment, à vrai dire ce qui m’intéresse c’est Bordeaux, je suis vraiment attaché à Bordeaux ! Moi je cherche une vraie connexion avec les gens, je cherche d’abord à rencontrer mon public, je fais du rap pour rencontrer les gens. C’est con mais je suis là pour ça, pour partager avec les gens comme je l’ai dit sur ma page, quand l’album est sorti : « n’hésitez pas à venir, à partager vos sentiments, vos souvenirs, à discuter… ». Limite, j’aimerais organiser un débat avec tout le monde ! C’est vraiment pour ça que je le fais, déclencher des conversations et du partage parce que pour moi, c’est ça la musique à la base. Après si ça s’agrandit oui, pourquoi pas, mais je ne suis pas focalisé sur ça.

  • Sur ce dernier album as-tu eu déjà quelques retours dessus ? Il y a un ou des morceau(x) qui te tiennent tout particulièrement à cœur ?

Oui j’ai eu des retours, très positifs pour moi et j’en suis assez surpris. Pour ce qui est du morceau – je ne pense pas que ce soit le préféré des gens, mais c’est le mien en tout cas – c’est « Promesse », parce que c’est moi qui l’ai produit déjà et parce que ce que je dis dedans c’est très personnel. C’est le plus personnel.

  • Justement c’est toi qui écris tout, qui produis tout ce que tu fais ?

C’est moi qui écris tout oui, mais sur l’album, il y a d’autres producteurs (trois ou quatre) et moi-même.

  • As-tu d’autres projets, de concert notamment prochainement ?

Absolument pas ! Je suis pour le moment en plein démarche, l’album vient de sortir, je n’ai pas de rendez-vous pour le moment mais, restez connectés sur les réseaux sociaux parce que ça va arriver, très vite !

  • Qu’est-ce qu’on pourrait te souhaiter de mieux pour l’avenir ?

De rester moi-même, de rester authentique !

  • Et pour finir, un mot pour les jeunes qui veulent percer dans la musique ? un conseil ?

Il faut être fort. Parce qu’il faut se débarrasser de tout ce qui est inutile : si tu veux vraiment faire de la musique « tu ne peux pas jouer à la « Play » », enfin c’est mon fonctionnement… Mais il faut être fort et croire en ton truc parce que les autres ne vont pas forcément te comprendre, et surtout ne jamais chercher à plaire aux autres ou à un public. À partir du moment où tu fais quelque chose qui raisonne avec toi, ça va forcément raisonner avec les autres, sinon ça sera éphémère, et il n’y aura pas de meilleure connexion. Tandis que si tu fais quelque chose avec le cœur, même si c’est 2 personnes qui l’ont reçu et pas 10 000, ces deux personnes ne t’oublieront pas. 

Vous l’avez donc compris, Yudimah est un passionné, un compositeur, un interprète, qui veut avant tout partager, que ce soit à travers ses textes, ses causes et une manière de concevoir la musique qui lui tient à cœur. Un peu de fraîcheur, d’ « Energy » sur une scène hip-hop bordelaise qui ne réussit pas toujours à se démarquer.

Pour mieux comprendre ce que cherche à exprimer Yudimah, quoi de mieux que d’aller écouter, apprécier et partager son dernier album, disponible sur toutes les plateformes de téléchargement.

Pour ressentir plus encore l’univers de Yudimah, une interview filmée sera prochainement disponible sur la chaîne YouTube d’Ap. D. Connaissances.

Pour écouter son dernier album :

https://fanlink.to/ene (lien spotify, deezer, youtube, amazon, applemusic, soundcloud)

Sa page Facebook :

https://www.facebook.com/yudimahBK/

(N’hésitez pas à lui donner vos retours, il sera très réactif)

 

Mahina VIGNON et Rémi MOQUILLON