Yu Xuan Su : étoile montante du concours complet hong-kongais

Alors que les sports équestres sont très majoritairement dominés par les Etats-Unis et l’Europe, les pays asiatiques continuent cependant de se développer, et s’imposent peu à peu dans la discipline. Ap.D Connaissances est parti à la rencontre d’une étoile montante du concours complet asiatique, Yu Xuan Su, cavalier représentant Hong Kong au niveau international depuis deux ans en championnat.

Un jeune homme à la double casquette : athlète de haut niveau et étudiant brillant

Âgé tout juste de 21 ans, Yu Xuan Su est né à Hong Kong où il a vécu toute sa vie jusqu’en 2016, année marquant un tournant puisqu’il décide de déménager au Royaume-Uni afin de poursuivre ses études et sa carrière sportive. Cette décision n’a pas été des plus faciles à prendre : « C’était un challenge au départ, parce que ma famille était à Hong Kong et j’allais habiter dans un continent différent où je ne connaissais personne ». Malgré tout, le cavalier a réussi à s’adapter rapidement : aujourd’hui habitué au mode de vie et étudiant à King’s College London, l’une des plus prestigieuses universités anglaises, le jeune homme allie à la fois sport de haut niveau et études en suivant une licence de philosophie.

Allier études et sport de haut niveau n’est bien sûr pas sans difficulté, puisqu’il doit jongler entre son entraînement aux écuries, ses cours et sa vie sociale. Il nous confie d’ailleurs que la première année à l’université a été compliquée au niveau de la gestion du temps et de l’équilibre à trouver entre toutes ses activités : « Le plus important est d’être efficace avec son temps : j’essaie de travailler mes cours quand je me rends aux écuries ou quand je voyage pour les concours, je passe du temps avec mes amis le soir lorsque je suis à Londres… Il faut clairement aimer ce que l’on fait ! Ça m’aide aussi beaucoup que mes chevaux soient à Queenholme, je sais qu’on s’en occupe très bien quand je ne suis pas là ».

Très actif, l’équitation n’est pas le seul sport qu’il pratique puisqu’il se passionne aussi pour le fitness et s’est essayé au rugby : « J’ai grandi en faisant pas mal de rugby à l’école et j’ai aussi fait des compétitions de bodybuilding et de powerliftingDepuis que j’ai environ quinze ans, je passe beaucoup de temps à la salle de musculation afin d’améliorer mon fitness et me mettre en condition pour tous les sports que je pratique, et c’est devenu une passion à côté de l’équitation. Même s’il n’y a pas de lien direct, je pense que le travail que je fais au niveau fitness m’a clairement aidé quant à ma façon de monter : je suis plus musclé, j’ai bien plus de contrôle et je ne me fatigue pas facilement. Jusque-là, j’ai réussi à tout équilibrer, même si quand j’étais plus jeune, il m’arrivait assez souvent d’arriver à un concours avec des bleus et un œil au beurre noir d’un match de rugby de la veille ! ».

L’équitation : un sport nouveau pour sa famille

Contrairement à de nombreux champions, le jeune homme n’est pas issu d’une famille de cavaliers, et son entourage s’y connaissait d’ailleurs très peu en sports équestres avant qu’il ne décide de s’y mettre. Cependant, il peut compter sur le soutien de ses parents qui l’encouragent dans la pratique : « D’une certaine façon, l’intérêt de mes parents pour les chevaux et le sport s’est développé quand ils m’ont vu progresser au fil des années ». Passion partagée puisque ses parents ont même appris à monter ! L’équitation fait alors peu à peu partie de la vie familiale à part entière, son père le conduisant en concours la plupart des week-ends et sa famille étant présente pour l’aider et le soutenir.

C’est à l’âge de sept ans qu’il se met pour la première fois sur un poney, lors d’un camp d’été à Hong Kong. Sa passion pour le sport débute pourtant avant même qu’il ne commence à monter : « J’étais fasciné par ce sport où les athlètes étaient aussi proches d’un animal, et à quel point le lien qu’ils pouvaient avoir était fort ». Par la suite, il prend davantage de cours d’équitation au fil des années et se rend compte qu’il adore monter et passer du temps avec les chevaux. C’est d’ailleurs ce lien avec l’animal qu’il apprécie le plus : « J’aime beaucoup de sports, mais ce qui sépare l’équitation du reste est ce lien nécessaire avec votre cheval, vous ne devez pas seulement vous concentrer sur vous-même mais il est aussi important d’être capable de gérer et travailler avec son cheval ».

Depuis deux ans, Yu Xuan est basé à Queenholme Equestrian, en Grande-Bretagne, où il s’entraîne avec Tanya Kyle, cavalière de complet ayant concouru au plus haut niveau (CCI 4*). L’équipe est complétée par Mark Kyle, son mari, qui a fait partie de l’équipe d’Irlande de concours complet lors des Jeux Equestres Mondiaux et Jeux Olympiques à plusieurs reprises. Bien entouré, le Hong Kongais leur est très reconnaissant : « Ils m’ont pris sous leur aile et m’ont permis de me développer, à la fois en tant qu’athlète et homme de cheval. Je continue à apprendre tous les jours et je me sens extrêmement privilégié de faire partie d’une équipe aussi géniale ». S’il est uniquement avec Tanya en ce moment, il a également travaillé par le passé avec des cavaliers de saut d’obstacles tels que l’Australien Clive Reed.

Le choix du concours complet

Si la discipline phare, ou du moins la plus populaire des sports équestres est le saut d’obstacles, Yu Xuan a lui, fait le choix du concours complet, discipline mélangeant dressage, cross et hippique. Très complet, ce sport se déroulant sur trois tests permet donc de voir des duos très polyvalents. Monter en complet est également un défi, et nombreux sont les cavaliers d’obstacles ou de dressage, même professionnels, n’osant pas s’affronter à un parcours de cross avec des obstacles fixes.

Le complet reste d’ailleurs un défi pour lui : « Je pense que le complet est la discipline la plus exigeante et difficile à courir comme cheval et cavalier doivent être bons dans toutes les phases à haut niveau afin de réussir. Par rapport à d’autres sports auxquels j’ai pu participer, le complet est plein d’humilité : vous pouvez être au top et remporter une épreuve, puis le week-end suivant être trempé et couvert de boue après être tombé dans un gué ». Au sport en lui-même, il faut ajouter l’ambiance et l’atmosphère présentes en compétition : « La communauté du complet est l’une des plus drôles et des plus encourageantes de toutes les communautés sportives dont j’ai pu faire partie ».

La discipline étant divisée en trois tests, pour lui, la phase de cross est la plus compliquée mais également celle qu’il apprécie le plus : « C’est bien plus technique que ce que la plupart des gens pense, il y a différentes façons de sauter les obstacles et il faut franchir des lignes techniques et combinaisons tout en pensant à la vitesse et au terrain. C’est un feeling incroyable que de galoper à travers des champs et franchir de gros obstacles avec son cheval, il n’y a rien de comparable ».

2017-2018 : les débuts d’une grande carrière internationale

En décembre 2017, Yu Xuan participe à ses premiers championnats seniors majeurs que sont les Championnats asiatiques de concours complet. Il amène pour l’occasion Diva de Lux, aussi surnommée Venus, qu’il montait depuis un an. Contrairement aux autres, ce championnat ne se déroule qu’en individuel et n’a pas d’épreuve par équipe : chaque cavalier peut donc prendre le maximum de risques sans avoir pensé à un résultat collectif derrière. Seul cavalier à représenter les couleurs hong kongaises, tout le poids d’une médaille pour son pays repose uniquement sur ses épaules.

« Nous avons fait un bon dressage nous permettant de prendre la deuxième place et avons maintenu ce classement après un sans-faute sur le cross malgré des points de temps. Sur l’hippique, nous étions sans-faute jusqu’à la dernière ligne où j’ai fait une erreur dans le triple ce qui nous a coûté une barre et nous avons fini par repartir avec la médaille de bronze. Cette médaille était un grand succès pour moi mais avec du recul, je pense que les championnats m’ont permis d’acquérir l’expérience et l’exposition à une compétition internationale dont j’avais besoin à l’époque. »

En août 2018, Yu Xuan a l’opportunité de représenter Hong Kong pour la première fois aux Jeux Asiatiques qui avaient lieu en Malaisie. Déjà doté d’une première expérience en championnat international grâce aux championnats asiatiques de concours complet, ce n’est pas totalement novice en la matière qu’il a pu aborder cette grande échéance. Il revient pour nous sur cet évènement.

« C’était une expérience incroyable que de monter pour Hong Kong dans un tel championnat ! Cette année, ma saison de concours a été planifiée afin de préparer les Jeux, et ma jument, Venus, a donné le meilleur d’elle-même jusqu’à la compétition. A Jakarta nous avons dû faire face à la chaleur et l’humidité, choses auxquelles nos chevaux européens n’étaient pas habitués et ce facteur a rendu les entraînements plus difficiles qu’à la maison, mais mon coach et moi-même avons réussi à gérer ça et je suis très content de notre reprise de dressage.

Le jour du cross, j’étais le premier à m’élancer pour l’équipe. Même si c’était l’un des parcours les plus durs et techniques que j’ai jamais montés, Venus était au top de sa forme et nous avons plutôt bien suivi notre plan, tout était presque parfait pendant la majorité de l’épreuve. Tout le long du chemin, elle travaillait et se battait pour moi, et ce jusqu’au bout, j’ai fait mon travail.

Cependant, la chance n’était pas avec nous puisque Venus a montré des signes de faiblesse plus tard dans la journée, et ne s’est pas complètement rétablie pour le lendemain matin malgré tous nos efforts et nous avons donc dû abandonner. C’était vraiment décevant parce que tout allait bien. Mais ces bouleversements arrivent souvent dans notre sport, et la santé de nos chevaux doit toujours passer en premier, particulièrement dans ce genre de situation. Même si ce n’était pas la fin dont je rêvais, je suis reconnaissant de tout le soutien que j’ai pu recevoir de la part de l’équipe après ce qui s’est passé, et suis soulagé que Venus soit de retour à la maison en sécurité et heureuse ».

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Crédit photo : Thailand Equestrian Federation

Le regard tourné vers l’avenir

A l’heure où nous écrivons, les sports équestres grandissent chaque jour en Asie. En tant que cavalier, il est d’avis que le sport et le marché asiatiques se développent et se dirigent dans la bonne direction. Il tient d’ailleurs à ajouter que contrairement à de nombreux pays européens, l’Asie n’a pas la même culture historique ni traditions dans ce sport. Les ressources croissantes qu’apportent les pays ainsi que les efforts fournis permettent cependant ce développement et offrent aux athlètes et à l’équitation davantage d’opportunités et d’exposition.

Yu Xuan a d’ailleurs lui-même vécu ces difficultés de l’intérieur : « En grandissant en tant que cavalier junior à Hong Kong, ce qui a été le plus difficile pour moi était d’avoir la même expérience que les cavaliers juniors en Europe, comme nous n’avions pas la même quantité ni même qualité de compétitions. J’espère que le sport grandira en Asie et que les cavaliers basés là-bas auront les mêmes opportunités et expositions que ceux ailleurs dans le monde ».

Encore jeune et avec une carrière internationale toute fraîche, il rêve cependant comme tous les cavaliers des Jeux Olympiques et travaille avec cet objectif en vue. Il souhaite également évidemment participer aux plus beaux concours de complet qui existent à l’instar des 4* de Badminton et Burghley, mais aussi représenter Hong Kong aux Jeux Equestres Mondiaux et à Aix-la-Chapelle.

Enfin, tout jeune athlète a un modèle, question que nous posions d’ailleurs en dernier à Yu Xuan : quel cavalier admirez-vous ? C’est sans surprise qu’il nous mentionne le nom de l’un des cavaliers les plus talentueux : « Je me rappelle bien regarder une vidéo de Mark Todd sur le cross avec un seul étrier à Badminton de 1995, et être complètement bouche bée devant son équitation. J’admire vraiment Mark, parce qu’il faut être un vrai athlète et réel homme de cheval pour gagner au top niveau pendant tant d’années et avoir autant de chevaux ». A cette grande légende du concours complet, il nomme également Alex Hua Tian, premier cavalier olympique chinois, qui présente d’ailleurs des points communs avec lui : tous deux ont en effet grandi à Hong Kong et ont appris à monter au même endroit. « En tant que cavalier junior, j’ai suivi son parcours aux Jeux Olympiques de 2008 et son progrès et ses succès dans les années qui ont suivi. C’était donc assez spécial pour moi de concourir dans la même épreuve que lui aux Jeux Asiatiques ».

Marie-Juliette Michel