Résultats des Midterms du 6 novembre 2018 : une vague de surprise !

           Au terme de plusieurs mois de campagnes, d’une transformation de ses élections en référendum pour ou contre Donald Trump à défaut d’une figure démocrate pour faire face à ce dernier, retour sur quatre aspects sonnant comme un tournant pour les Démocrates, la présidence de Donald Trump et bien sûr l’Histoire des États-Unis.

Les Démocrates récupèrent « The House of representatives » mais n’arrachent pas le Sénat aux Républicains.

             Traditionnellement, il n’est pas anormal que les premières élections de mi-mandat après l’accession au pouvoir d’un président soient pour ce dernier un véritable revers comme pour Reagan en 1982. Les Démocrates obtiennent donc 222 sièges alors que 218 sièges sont nécessaires afin de contrôler la Chambre des représentants. Cela se traduit par un gain de 27 sièges là où les Républicains en perdent le même nombre avec 196 sièges gagnés. Les Américains attendent encore le résultat pour 17 sièges mais il est certain que la victoire des Démocrates affaiblit la politique intérieure de Donald Trump, si celui-ci, dont le programme économique fait ses preuves, ne retourne pas la situation à son avantage en accusant les Démocrates d’empêcher l’application de son programme.

Il est important de souligner également que le leader des Démocrates à la chambre basse du Congrès, Nancy Pelosi, que Donald Trump a appelée pour la féliciter, représente une figure de rejet pour les Républicains qui la trouve trop libérale et déconnectée des classes moyennes, renforçant ainsi la division qui fait rage dans le pays des pères fondateurs.

            Le Sénat, quant à lui, reste rouge. Fait assez inédit dans des élections de mi-mandat pour le parti au pouvoir, les Républicains gagnent même deux sièges face aux Démocrates et gardent ainsi le contrôle sur une institution qui pèse dans les équilibres politiques américains contrairement en France par exemple où le Sénat possède un rôle politique mineur vis-à-vis de l’Assemblée Nationale. Ce maintien des Républicains au Sénat est revendiqué par le Président Trump sur son réseau social fétiche, où il qualifie la victoire de son parti dans les midterms de « Trumendous ».

                En ce qui concerne les élections des gouverneurs américains, 23 gouverneurs démocrates et 25 gouverneurs républicains sont pour l’instant élus, les résultats étant incertains pour certains états. Ces élections ont une importance capitale pour Donald Trump car les gouverneurs représentent de véritables relais dans chaque État fédéré.

Victoire des femmes et des minorités.

   Cette élection peut aussi être considérée comme une sorte de pied de nez à Donald Trump, souvent critiqué pour ses propos envers les femmes et les minorités puisque de nombreuses candidates, enfin de nombreuses candidates noires, latino-américaines et musulmanes ont été élues.

En effet, pour la première fois dans l’Histoire américaine, deux femmes musulmanes Ilhan Omar (Minnesota), Rashida Tlaib (Michigan) et deux femmes amérindiennes Sharice Davids (Kansas) et Deb Haaland (Nouveau-Mexique) font leur entrée à la Chambre basse du Congrès.

                    116 femmes ont été élues à l’occasion de ces élections de mi-mandat, un record historique qui se fonde déjà sur un nombre inédit de femmes candidates, notamment chez les Démocrates. Sous l’étiquette des Républicains, des femmes sont également élues à l’instar de Marsha Blackburn dans le Tennessee puis de Martha McSally dans l’Arizona qui devient la première sénatrice de cet État.

La Démocrate Alexandria Ocasio-Cortez devient la plus jeune femme élue au Congrès de l’Histoire à 29 ans, après avoir créé la surprise en remportant les primaires démocrates pour l’investiture.

A noter également l’élection de Jared Polis, premier gouverneur officiellement gay d’un État américain, celui du Colorado.

 

     Une femme aurait pu créer une autre surprise. Soutenue par Oprah Winfrey, elle serait devenue la première femme noire gouverneure d’un État américain. Malheureusement, la fraude électorale en aurait décidé autrement.

L’affrontement entre Stacey Abrams et Brian Kemp, illustration d’une Amérique divisée.

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               Il est vrai que l’affrontement entre Stacey Abrams et Brian Kemp pour le poste de Gouverneur a été suivi avec attention. Les résultats ne sont toujours pas tombés, le candidat républicain devançant d’une courte tête mais la candidate noire démocrate conteste la victoire de son adversaire. En effet, alors que Monsieur Kemp était secrétaire d’état de Géorgie, il aurait profité de sa fonction pour faire passer une loi durcissant les conditions de vote et visant particulièrement la population noire de l’État. Ainsi 35% des noirs de Géorgie n’auraient pas pu voter à cause de cette loi, privant ainsi des personnes susceptibles de voter démocrate et plus particulièrement Stacey Abrams. Cette technique a été appliquée dans d’autres États afin de limiter le vote d’autres minorités, c’est ce que l’on appelle le « voter suppression ». Cette question avait cristallisé le débat organisé entre les candidats en vue des élections le 6 novembre 2018.  L’issue de ce scrutin reste encore incertaine mais elle illustre la fracture que connaît plus que jamais les États-Unis entre les Démocrates et les Républicains, mais aussi entre les différentes communautés existant aux États-Unis.

               Ce qui est sûr est que les Démocrates n’ont pas connu de « vague bleue » pourtant annoncée malgré leur victoire à leur Chambre basse mais cela a peut-être permis à ces derniers de dégager des candidats potentiels afin d’affronter Trump en 2020. Ce dernier, malgré des résultats économiques satisfaisants, clive les Américains sur la question de l’immigration, les minorités ainsi que les femmes qui pourraient enfin se mobiliser et s’organiser à l’instar des fans de Trump afin d’éviter un 2016 2.0.

Melchior Delavaquerie