Raid La Saharienne : le sport au service de la cause féminine et de la solidarité

S’il est évidemment possible de défendre l’égalité homme-femme et défendre la cause des femmes par le biais d’associations, de manifestations ou de marches, La Saharienne prend le parti de mettre en avant les femmes par le sport.

Pourquoi La Saharienne ?

En 2001, Bruno POMART crée le premier raid aventure féminin, le Raid Amazones, et se voit rejoindre par Pierre COSTABADIE qui l’aide pour la partie média. Ils s’y attèlent pendant onze ans avant de lancer La Saharienne : « On a décidé ensuite de monter un autre projet pour nous focaliser sur le solidaire, reverser aux associations et essayer de faire profiter les gens qui ont moins de chance que nous : nous avons alors quitté cette première aventure pour faire La Saharienne » dit Pierre.

La question que l’on pourrait se poser est pourquoi, en tant qu’homme, lancer un projet qui défendra la cause des femmes ? La réponse est simple : « il y a plus à faire pour la condition féminine que pour la condition masculine. On le fait pour l’émancipation de la femme à travers le sport, et les hommes n’ont pas besoin de nous pour ça ». À cela, il faut ajouter que Pierre et Bruno ont été les premiers à créer ce type de raid : il n’y en avait pas d’ exclusivement féminin il y a dix-huit ans. Ils sont d’ailleurs les premiers à avoir lancé en France un Salon du Sport au Féminin (le SISAF, dont la première édition avait lieu en juin dernier).

Qu’est-ce que La Saharienne ?

C’est un raid multi-sports exclusivement féminin par équipes de deux, qui contient les fondamentaux du raid aventure : trail, VTT, canoë, tir à l’arc. La spécificité de La Saharienne est que l’organisation rajoute toujours d’autres petites épreuves. Par exemple, l’édition 2018 a pu compter sur du lancer de hache, du trail ou du canoé nocturne. Ces sports sont définis selon les envies, les tendances… C’est ainsi que depuis deux ans, le swim-rum a été rajouté. Le tout a lieu en bivouac et dure une semaine dans des lieux plus beaux les uns que les autres : La Saharienne s’est ainsi envolée en Équateur, au Maroc, en Sardaigne, s’est arrêtée cette année en Afrique du Sud et partira au Costa Rica en 2019.

Le classement se fait à deux : « on part à deux, on arrive à deux et c’est le temps de la dernière qui compte donc il n’y a aucun intérêt à se séparer, il faut toujours rester ensemble ». Si évidemment, le sport est l’élément central du raid, il serait faux de croire que seules des sportives aguerries y participent. En effet, tous les profils sont présents : des sportives pratiquement professionnelles aux femmes moins préparées : « on a eu des candidates en surpoids ou qui s’approchaient de la soixantaine ». Il n’y a d’ailleurs pas de limite de temps pour terminer les épreuves : tout le monde les termine, peu importe le temps pris. Il est évidemment recommandé de se préparer et de s’entraîner « parce que le but n’est pas de souffrir et il faut le faire dans les meilleures conditions possibles » mais il est toujours possible de terminer chaque étape.

Cependant, outre la performance sportive et le dépassement de soi, chaque équipe court pour une association. Les trois premières équipes du classement général se voient d’ailleurs remettre un chèque de mille euros chacune, et quatre autres sont tirées au sort pour elles aussi recevoir la dotation. Cet aspect associatif de solidarité est d’ailleurs quelque chose qui était souhaité être mis en avant : « On valorise toujours la performance sportive, celles qui s’arrachent, qui vont au bout et qui vont se battre pour être dans les trois premières pour avoir une dotation pour leur association, mais ce n’est pas parce que tu es première ou troisième que ton association touchera plus. On veut donner un peu plus aux associations et c’est pour cela qu’on en tire quatre autres au sort, c’est là qu’on parle de solidarité ».

Quel impact ?

Le sport a beau être mis en avant, La Saharienne soutient une véritable cause et utilise l’activité sportive comme solution, comme moyen échappatoire. En effet, outre l’argent reversé à sept associations, elle travaille avec l’association Inform’Elles qui lutte contre les violences faites aux femmes, « on essaye toute l’année de les sortir de leur univers à travers le sport et donc on amène certaines de ces femmes avec nous ».

La Saharienne a un effet sur chaque concurrente, que cela soit au niveau physique quant à la préparation sportive, qu’au mental, comme le raconte Pierre : « Tu n’y vas pas pour te battre contre les autres, tu y vas pour te découvrir. J’ai croisé une fille sur le parcours qui n’arrêtait pas de dire ‘mais qu’est-ce que je fais là ?’, elle n’en pouvait plus, puis le dernier jour quand elle a passé la ligne d’arrivée, c’était fini, et une heure après elle est venue me voir pour me dire ‘maintenant je sais ce que je faisais là’ ».

Les témoignages que l’organisation a pu recevoir sont d’ailleurs puissants : « On a reçu une lettre d’une personne nous disant qu’on l’avait sauvé, qu’en nous rencontrant elle s’était rendue compte qu’elle était capable de pouvoir faire quelque chose. Il faut se rendre compte que pour des gens, ça c’est leur quotidien, on est des privilégiés et il y en a pour qui c’est vraiment compliqué ».

Cette année, La Saharienne a eu lieu du 18 au 23 novembre et a été remportée par l’équipe « Les Raideuses 43 », suivie de « Planet Aventurières », et enfin « Les Aravissantes » complètent le podium.

Marie-Juliette Michel