Kiddy Smile : nouvelle icône House et LGBT française

On se souvient de la prestation du DJ et producteur à l’Élysée pour la fête de la musique en juin dernier. Une prestation qui avait réveillé une droite consternée.

Sur son t-shirt, Kiddy Smile affirmait fièrement : « Fils d’immigrés, noir et pédé ».

Nouveau visage de la House music, Kiddy Smile s’impose aussi comme nouvelle icône noire et LGBT. Sans doute LA révélation de l’année.

Kiddy Smile, alias Pierre Edouard Hanffou, nous ferait presque perdre nos repères. Entre house, pop, hip-hop, et gospel, on ne sait pas trop dans quelle case (musicale) ranger ce grand jeune homme. Au final, ce n’est peut-être pas plus mal. Ces cases nous embarrassent. Nombreux journalistes musicaux se retrouvent sans doute là très embêtés… Zut alors.

Mais si le style singulier de Kiddy nous déstabilise une micro-seconde, sa voix soul et ses hymnes électro fédérateurs nous rassurent vite.

Il faut dire que l’ancien enfant de chœur sait faire le show, et réussit la parfaite alliance entre la House, la mode et la danse.

Mais attention, pas n’importe quelle danse, puisqu’il est le nouveau prince du Voguing. Né à New York dans les années 1970, au sein de clubs gay réservés aux Noirs et aux Latinos, le Voguing reprend des mouvements et des poses de mannequins des magazines, comme Vogue.

D’ordinaire, ce style se danse dans les clubs et les Ballrooms de Harlem. Kiddy Smile a décidé, dans le clip de Let a Bitch Know, de l’importer là où il est né, dans les banlieues. Drôle de mariage. Ou quand le Voguing devient un acte politique.

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Crédits Photos : André & François

Look excentrique, mais minutieusement soigné, Kiddy Smile ne sort jamais sans sa troupe de performers.

Résolument dansant et positif, l’album de Kiddy Smile aborde avec légèreté, mais profondeur, des messages forts et nécessaires.

Son album de 14 titres sorti en août dernier, nous fait danser, mais pas que.

Dans son premier titre « House of Gold », il affirme son militantisme. Racisme, homophobie : Kiddy Smile balaye les clichés et veut rassembler.

Dans son single Be Honest, il revient à ses origines d’enfants de chœur, statut qu’il a vite troqué contre celui de nouveau chef de file de la House Music française. Une House mêlée à un gospel pétillant et entêtant sur le thème du coming out.

Le titre éponyme One Trick Pony, évoque quant à lui la déception en amitié.

Finement taillé pour le dancefloor, l’album aborde aussi des thèmes plus légers, comme dans Dickmatized, ou l’obsession pour le pénis, ou les délicieuses paroles trash assumées dans Slap My B*utt : « Slap my butt and call me slutty, no, I don’t really give a fuck / I really really really need your touch, I really really really want to fuck ».

C’est aussi des titres plus planants, doux, presque romantiques, comme Summer Rain.

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Bref, un petit bijou qui parvient désormais jusqu’aux oreilles ravies des américains.

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Kiddy Smile, c’est de la musique, mais c’est aussi politique.

Ce pied de nez au gouvernement Macron et à sa loi Asile et immigration en juin, lui a permis de se faire connaître plus largement. Voir des artistes comme Kiddy sur le devant de la scène est une bonne nouvelle puisque cette année, l’association SOS Homophobie a recensé une hausse de 15% des violences physiques homophobes. Alors Kiddy Smile est sans doute l’artiste dont on a besoin en ce moment. Un artiste engagé et engageant, ça fait du bien.

Ce qui nous plaît chez Kiddy, au-delà de sa musique, c’est ce qu’il représente. Un artiste français décomplexé, qui fait tomber les barrières, secoue, met de la chaleur dans les cœurs et porte haut et fort des messages de paix, d’égalité, de vivre ensemble.

Mathilde Collet