Le retrait du Japon de la CBI ou quand Moby Dick se retrouve menacé

Les baleines restent des mammifères imposants et depuis la nuit des temps, elles fascinent les hommes. Bien qu’elles fussent l’objet d’une chasse traditionnelle puis par la suite industrielle, elles sont désormais protégées par diverses conventions internationales. La chasse est contrôlée par la Commission Baleinière Internationale, mais le 26 décembre 2018, le gouvernement japonais a décidé de se retirer de la CBI remettant ainsi totalement en cause l’équilibre certes imparfait mais trouvé pour maintenir et garantir une potentielle survie de l’espèce.

Les origines de la chasse

Les premières traces occidentales de chasse à la baleine remonte au XIème siècle avec le peuple basque. Du côté de l’Asie, la découverte au début des années 2000 par une équipe de chercheurs de gravures sur le site de Bangudae laisse supposer que l’existence de cette chasse remonte à la préhistoire. Les gravures représentent à la fois des cétacés mais également des scènes de chasse avec des harpons par exemple.

« Photo de chasse à la baleine » – Source Wikipédia 


Pour les Européens, l’intérêt premier de cette chasse fut l’obtention de produits dérivés issus des cétacés. L’huile de baleine était utilisée pour les lampes, comme lubrifiant, savons ou encore dans la peinture. Durant le XIème siècle, les baleiniers basques pouvaient transporter plus de 1250 tonneaux d’huile de baleine.

Avec la révolution industrielle débutée dans les années 1800, la chasse à la baleine prit un tournant et se développa à une échelle industrielle. Désormais, la chasse est organisée, et les hommes construisent des bateaux pouvant chasser non plus uniquement au large des côtes mais en haute mer, la chasse se déroulant ainsi sur de plus longues périodes. En parallèle, les outils de chasse évoluent ; désormais une arme est utilisée par tous les chasseurs : le harpon propulsé.

Enfin, l’origine de cette chasse repose également sur une économie, la viande baleine, les produits dérivés vu précédemment, mais aussi l’utilisation des os pour la production d’outils.

Le rôle de la Commission Baleinière Internationale

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Etats chassant les cétacés mettent en place non sans mal la « Convention internationale pour la règlementation de la chasse à la baleine ». En effet, la surpêche menace les espèces et leur disparition approche à grand pas. La présente convention adoptée par une quinzaine de nations donnera naissance à la CBI chargée de faire appliquer les dispositions prévues dans les textes.

Avec comme but premier de garantir le développement de l’industrie dite baleinière, et en parallèle assurer la conservation de l’espèce, la CBI assure finalement la mission de conservations des cétacés.

La CBI s’est donc donné pour mission de protéger les espèces de cétacés, d’établir des sanctuaires destinés à la protection, de fixer les saisons de chasse et enfin la production de normes destinées à coordonner la recherche sur les baleines.

En 1982, la CBI prend d’ailleurs une décision, la mise en place d’un moratoire sur la chasse commerciale ; après des années d’objection les derniers pays comme la Norvège ou encore le Japon l’accepteront en 1987.

Le moratoire limite la chasse et la régule ; le gouvernement japonais décide de mettre en place en 1987 un programme de recherche dit « JARPA » autorisant la chasse dans le cadre d’étude scientifique.

Actuellement, seulement une poignée de pays pratique encore la chasse et ce malgré le moratoire de la CBI.

La chasse aujourd’hui

Bien qu’un moratoire soit mis en place en 1982, plusieurs points chronologiques le remettent en cause. En 1993, la Norvège décide de reprendre la chasse en bafouant le moratoire. En 2003, c’est l’Islande qui reprend la chasse dans une dimension qualifiée de scientifique. En 2006, l’Islande décide de reprendre la chasse commerciale en bafouant à son tour le moratoire.

Et récemment, le 26 décembre 2018, le gouvernement japonais décide de se retirer de la CBI pour reprendre la chasse commerciale à la baleine mais en se limitant à ses frontières et zone économique exclusive maritime. Le gouvernement japonais justifie son choix par la présence en abondance de baleines, mais en réalité, les cheptels se reconstituent à peine et les effectifs de base ne seront jamais reconstitués.

« Blue whale meat sashimi » – Source Wikipédia Commons


Même si la décision japonaise a fait l’objet d’une vague médiatique dans le monde écologique en cette fin d’année 2018, deux autres pays continuent de chasser la baleine à des fins commerciales, l’Islande et la Norvège.

En Islande, il n’existe qu’une seule entreprise spécialisée dans la chasse ; celle-ci a repris ses activités en juin 2018 après deux années d’interruption. L’Islande a pour but premier la commercialisation de la viande de baleine et la production de produits médicamenteux. Lors d’une saison de chasse, c’est un quota de 191 cétacés qui est fixé par le Parlement islandais.

En Norvège, pour l’année 2018, un quota de 1278 individus pouvant être harponnés fut autorisé, soit une hausse de 28% par rapport à 2017. Le gouvernement Norvégien cherche à promouvoir cette industrie mais en parallèle la demande est en baisse ; il ne reste de nos jours qu’une dizaine de baleiniers.

En 2018, seuls 3 pays dans le monde pratiquent encore la chasse à la baleine : le Japon, l’Islande et la Norvège. D’après plusieurs études, les baleines sont vouées à disparaître à la fois par la chasse, mais également par la pollution des océans. L’exemple flagrant de la disparition programmée de l’espèce est le cas des baleines d’Antarctique qui ne représentent plus que 1% de leurs effectifs d’origine.

Pour aller plus loin sur le sujet

Futura-science.fr « Cétacés nos cousins mers »

Franceculture.fr « La baleine fragile héritage »

Franceculture.fr « Le Japon chasse la baleine mais n’en mange plus »

Lemonde.fr « Chasse à la baleine la Norvège augmente ses quotas pour relancer l’activité »

Iwc.int « site de la commission baleinière international »

Hugo Renart