Lin Zhao, le combat par les lettres contre le maoïsme

Le parti communiste chinois est officiellement fondé le 1er juillet 1921 et se dresse à la tête de la Chine depuis le 1er octobre 1949 comme parti unique. Mao Zedong, issu d’une riche famille de paysans entre ainsi en scène et devient la figure incontournable du communisme chinois, adulé par les crédules d’Occident, jusqu’en 1976 qui a coûté la vie de soixante à quatre-vingt millions de personnes par ses politiques, ses laogai (équivalents au goulag) et crimes en tout genre. La suppression d’opposants était en vigueur, mais rien n’a jamais empêché le peuple chinois de s’exprimer sur leurs conditions et protester sur le sort qui leur était jeté. Une figure de la contestation s’appelle Peng Lingzhao plutôt connue sous le pseudonyme Lin Zhao (« Lin l’illustre »).


Une jeune femme engagée et fidèle à la Révolution

Lingzhao naît dans une famille favorisée de Suzhou non loin de Shanghai d’un père magistrat et d’une mère anciennement résistante sous l’occupation japonaise. Encouragée par sa mère et contre les objections de son père (qui était pro-Kuomintang), à la proclamation de la République populaire de Chine par Mao Zedong sur la Place Tian an-men le 1er octobre 1949, elle décide de quitter sa famille et se consacrer entièrement à la Révolution. Sa première mission est de participer à l’expropriation des propriétaires terriens durant l’été 1950 afin de redistribuer les terres. Avec Mao comme une « étoile rouge dans [son] cœur », elle obéit aux ordres et exécute les propriétaires contestataires. À ce moment-là, elle choisit d’abandonner son nom Peng Lingzhao pour se renommer Lin Zhao et s’éloigne de sa famille. En 1952, elle entre au Quotidien du peuple de Chanzhou et rédige ses premiers articles. En pleine ascension, elle intègre l’Université de Pékin en 1954 dans le domaine des lettres et littérature chinoise ; on la décrivait comme déterminée et rigoureuse, engagée dans plusieurs comités. Son ambition était de devenir la meilleure journaliste du temps de Mao.


Une étudiante contestataire

Étudiante brillante, elle lit beaucoup à côté de son cursus et réalise que l’idéologie maoïste ne lui convient pas et n’est pas la réalité qu’elle souhaite vivre. À ce moment précis, Mao Zedong essaie de communiquer avec la population par la Campagne des Cent fleurs (1957) pour restaurer l’image du parti communiste. Le 19 mai 1957, elle et d’autres étudiants postent une affiche avec écrit « Il est temps ! » et est alors cataloguée comme dissidente pour avoir formulé des critiques à l’égard du parti communiste chinois. Comme punition, elle reçut l’obligation d’effectuer des tâches ménagères à l’Université. Elle échappe à la rafle de mille cinq-cents autres étudiants et professeurs de l’Université de Pékin qualifiés de « droitistes » le 25 décembre 1957. Assignée à des corvées et travaillant à la bibliothèque de l’Université, elle rencontre un homme qui devient son compagnon. Ils souhaitent se marier, mais le parti éloigne son conjoint et l’envoie dans un laogai. Durant l’hiver 1959, Lin Zhao tombe gravement malade et demande à aller à Shanghai pour être soignée et récupérée des forces très vite.


Une ennemie politique avec l’écriture comme arme

En octobre 1960 durant son séjour à Shanghai, le parti communiste découvre qu’elle et d’autres personnes aident à la publication et à la diffusion d’un journal critiquant le régime communiste. Elle est alors emprisonnée à vingt ans de prison mais fait des aller-retour entre l’hôpital et la prison de Tilanqiao (Shanghai) en 1962 pour des raisons médicales. Son statut de prisonnière politique l’amène à être battue et torturée parfois plusieurs fois par jour. Sa condition la rend encore plus déterminée et renforce sa foi (elle s’est convertie au christianisme autour de 1963). Elle a une fois écrit « Je n’ai jamais été soulagée lorsque j’avais une gastrite, lorsque j’étais en train de mourir, ni même pendant ma période menstruelle. Cependant, je n’ai jamais été diminuée ». Pour protester contre le régime, elle écrivait des poèmes critiquant le régime dans des cahiers et enchaînait les grèves de la faim les unes après les autres allant même une fois jusqu’à la tentative de suicide. Le 31 mai 1965, on l’informe qu’elle passera vingt ans en prison, ce à quoi elle répond « Ce jugement n’a pas de sens pour moi. Vous les dirigeants totalitaires et sinistres traîtres ne serez pas uniquement les accusés mais aussi des pécheurs poursuivis par la justice. Vive la justice, vive la liberté ! ». Le 6 mai 1966, on l’informe qu’elle fait désormais partie des opposants à exécuter. Ses cahiers et ses stylos lui sont retirés pour qu’elle cesse de critiquer le régime, toutefois elle a trouvé une autre solution. Désormais, elle s’exprime en utilisant des épingles à cheveux et son sang pour écrire sur ses draps blancs des poèmes, des odes à la liberté et des critiques du communisme.


Acte d’accusation de Lin Zhao


Le 29 avril 1968, elle est condamnée à mort et est fusillée à l’aéroport de Shanghai. La police du régime retourne alors chez ses parents pour les informer de l’exécution de leur fille et réclament un demi yuan pour la balle qui a servi. Son père se suicide par overdose de médicaments et sa mère sombre dans la folie avant de se suicider elle aussi.

C’est en 1980 que la justice réhabilite Lin Zhao qui est considérée comme une martyre du communisme. Son combat acharné l’a conduite à la mort, toutefois sa mémoire reste immuable en Chine où elle représente la résistance au communisme réprimant chaque pensée inverse à l’idéologie.


Augustin Théodore Pinel de la Rôte Morel