Entretien avec Clémence de Blasi : journaliste indépendante

Crédit Photo : Charles Delcourt

A l’occasion d’une intervention dans le cadre d’une conférence organisée par l’académie ESJ de Lille, j’ai pu échanger de manière très riche avec Clémence de Blasi. Cette journaliste indépendante, passée par Sciences Politiques Bordeaux et diplômée de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille évoque son parcours très riche ainsi que l’avenir du métier. Retour sur l’interview.

Quelles sont les raisons personnelles qui vous ont orientées vers la presse écrite ?

Cela a été progressif. De base, je cherchais un job d’été dans la Creuse. Je n’ai pas trouvé. Toutefois, j’ai eu une expérience bénéfique dans le journal PQR La Montagne où j’ai rencontré de nombreuses personnes. Mais il a fallu des années pour que je me rende compte que je voulais faire du journalisme mon métier.  Mes expériences à intervalles réguliers tous les étés garnissaient mon carnet d’adresses. A 23 ans, j’ai décidé de faire du journalisme mon métier malgré la question du statut précaire qui se posait régulièrement dans mon esprit et qui revient parfois.


Le quota d’articles que vous avez à rédiger est-il quantifiable ? Si oui est-il variable ?

Ce nombre demeure très variable.  En fait, cela dépend de ce que je propose.  C’est très intéressant puisque je peux travailler dans des registres différents. Je suis en mesure de me lancer dans des domaines variés selon mon envie, tout dépend ensuite de la demande de la part des différents partenaires médiatiques.

Comment rester dans une démarche qualitative quand le temps manque et que l’information doit être transmise rapidement ?

Etant journaliste indépendante, cette problématique ne me concerne pas vraiment contrairement aux journalistes en rédaction qui ont des quotas d’articles à fournir. Je bénéficie de plus de recul pour traiter une actualité plus « froide » et non dans l’immédiateté. Par conséquent, un arbitrage en termes de volume horaire est à faire. L’avantage de prendre plus de temps est, comme je l’ai dit, le fait d’analyser le sujet en profondeur. Néanmoins, il est évident qu’en tant qu’indépendant, on ne compte pas ses heures. La frontière entre vie privée et publique est assez poreuse. Personnellement je ne me sens pas faite pour être dans une rédaction et les contraintes engendrées, je préfère de loin la liberté que me permet ma situation. Je conseille à ceux qui veulent devenir indépendants de mettre minimum 3000 euros de côté. Les premiers mois ne sont pas les plus simples mais tout finit par rentrer dans l’ordre.

Dans quelle mesure le développement du numérique a-t-il impacté votre profession ainsi que votre manière de procéder ?

Ma profession n’a pas tellement de rapport avec le numérique dans la mesure où l’essence de mon travaille s’effectue sur le terrain, ma manière de procéder n’est donc pas très impactée par l’avènement du numérique.

Dans un contexte de coupes budgétaires et de manque de moyens dans la presse (L’AFP compte économiser sur la masse salariale), le métier n’est-il pas exposé à plus d’instabilité qu’auparavant ?

Il y a indéniablement moins d’argent dans le milieu. Après, je pense que ce métier ne peut pas disparaître. La presse n’a jamais été bénéficiaire, ni rentable. L’accès à l’information relève de l’intérêt général.

Pensez-vous que le rapport entre le journaliste et la société a changé ? Si oui est-il inquiétant ?

Les gens ne nous font plus confiance car une partie d’entre nous s’est détournés du cœur du métier.   Le bâtonnage de dépêche et le manque de mobilité contribuent à déliter notre rapport avec la société et à rester dans un entre-soi.


Votre pire expérience journalistique ?

J’ai subi du harcèlement lors de ma première pige lorsque la personne que j’ai interviewée me faisait des approches forcées et incessantes, heureusement j’ai appelé ma rédaction et tout s’est bien terminé.

Votre meilleure expérience journalistique ?

Je n’en ai pas une en particulier. Cela fait peut être très cliché mais je me lève tous les matins avec 1000 choses à faire avec impatience tant j’aime mon métier !

Milan Busignies