L’exposition de Gustave Guillaumet : l’Algérie réchauffe Roubaix au Musée de la Piscine

De La Rochelle en passant par Limoges, l’Algérie de Gustave Guillaumet s’installe maintenant au Musée de la Piscine de Roubaix jusqu’au 2 juin 2019. L’exposition retrace la vie du peintre chronologiquement, à travers ses peintures, dessins ou encore écrits. Elle met en lumière aussi bien la vie personnelle de Guillaumet que le contexte géographique et sociétal de son oeuvre. En titubant de pièce en pièce, vous pourrez découvrir une exposition nous donnant à voir l’histoire de l’Algérie en 1860, tout juste colonisée. Déjà populaire à Limoges lors de son deuxième voyage, la présentation de l’oeuvre du peintre orientaliste fait consensus à Roubaix, de par la justesse de son art.

L’exposition offre un itinéraire détaillé de la jeunesse à la maturité du peintre, passant par les épisodes les plus marquants de son existence, qu’ils soient beaux ou terribles. Né en 1840 à Paris, Gustave Guillaumet plonge dans la passion de l’art dès sa jeunesse et consacre sa vie à l’Algérie après sa première rencontre par hasard. En effet, Gustave souhaitait se rendre en Italie mais malheureusement (ou heureusement pour nous), une tempête le retient à Marseille, l’empêchant de se rendre à la destination d’origine. Un bateau partait pour l’Algérie : il embarque. L’idylle commence à cet instant, et fait suivre quelques autres dizaines de voyages vers le pays du Soleil Couchant qu’il admirait et qu’il adorait peindre et dessiner. L’Algérie fut sa muse pour le restant de ses jours. Ainsi, ne se laissant pas rattraper par sa fascination sans bornes, Guillaumet entrepris un travail des plus méticuleux : révéler une vision de l’Algérie différente des clichés diffusés par la peinture orientaliste de son époque.

Il voue son art à décrire passionnément l’Algérie populaire telle qu’il la voit, sans artifices ni caricatures. Il restitue le monde rural qui arbore les territoires algériens et qui le fascine de par sa pureté. Il va même jusqu’à s’installer en Algérie et vivre avec le peuple local dans le but d’apprivoiser les coutumes et les moeurs du pays, tant il les admirait. Gustave Guillaumet est le témoin d’un territoire aux richesses abondantes. C’est pourquoi il mettait un point d’honneur à trouver la bonne luminosité et les bons angles pour révéler au mieux les spécificités de ces espaces. Comme le dit Marie Gautheron, commissaire scientifique à l’exposition, “l’exposition montre à quel point Guillaumet ne travaillait pas au service du fantasme d’une Algérie imaginaire mais qui donne à voir véritablement l‘Algérie du quotidien et des petites gens d’une manière extrêmement respectueuse”. De 1862 à 1884, il entreprend une série de voyage vers ce pays, arpentant ce vaste territoire en quête de populations dont les coutumes et modes de vie restent préservées du contact occidental.

Le peintre est même qualifié d’ethnologue : en effet, ses travaux qui figent des situations de la vie quotidienne du peuple d’Oranie, permettent d’analyser l’évolution de leurs pratiques et histoires. Il a permis d’observer les changements et mutations de la société algérienne à travers le temps. En étant le témoin de ce à quoi il assistait dans l’Algérie populaire dans laquelle il s’est immergé, il a pu restituer les codes culturels de la population. Mais pas que : les codes visuels de l’Algérie constituent une large part du travail de Guillaumet. A travers des paysages typiques, il nous fait voyagé dans cette Algérie des années 1860, tout juste annexée par la France. Les beautés que peuvent offrir ce pays de l’Orient sont très présentes dans son oeuvre : désert aux couleurs vibrantes, paisible soir saharien, la transparence des oasis et les intérieurs modestement décorés…Si son oeuvre appartient au courant orientaliste, l’artiste, lui, propose une autre vision de ce pays auquel il a consacré toute sa vie. Marie Gautheron explique également que “le terme d’Orientaliste convient à Gustave Guillaumet dans un sens et pas dans l’autre ;  il est « Orientaliste » dans la mesure où il ne représente absolument pas la relation du colonialisme comme l’immense majorité de ses contemporains ; il ne nous donne à voir que l’Algérie qu’il souhaite voir, c’est-à-dire, celle qui serait « préservée », pas encore contaminée par le contact colonial”. Si les peintres orientalistes de l’époque mettaient en lumière les aspects “exotiques” du pays, réduisant la personnalité des individus constituant le peuple algérien, Guillaumet leur rend leur importance en refusant de céder à une tendance qui renie la grandeur du pays au profit de fantasmes plaisant aux touristes occidentaux. Ainsi, la femme algérienne représentée dans sa vie quotidienne, jouit d’un statut social et d’un véritable rôle.

D’autre part, il portraiture une réalité tragique du pays. Observateur à l’écoute du peuple, Gustave Guillaumet n’édulcore pas mais présente le pays tel qu’il est, c’est pourquoi la misère de la population algérienne n’est pas occultée dans ses oeuvres. En effet, la population algérienne a connu des temps rudes durant la colonisation française. S’inspirant du réalisme de Millet ou de Delacroix, il rapporte les tragiques événements d’un territoire en pleine crise, sans artifice ni exagération. “La Famine” montre bien la transparence du peintre envers la situation aussi dramatique que la famine qui a dévasté l’Algérie il y a 150 ans. En effet, la période qui s’étend de 1866 à 1868 représente des temps de souffrance pour le pays, traversant une série de catastrophes agricoles. Les conséquences sont affligeantes : un quart de la population trouve la mort. L’oeuvre de Gustave Guillaumet est un des rares témoignages de ce désastre.

La fin de la vie du peintre orientaliste est aussi tragique que ce tableau : il se suicide après les tourments que lui ont causé sa double vie, ses excès de colère et son perfectionnisme abusif. Lors de ses dernières heures, il demande à ce que l’intégralité de ses oeuvres disparaissent avec lui. La famille, perplexe, décide d’honorer sa requête mais conserva tout de même une partie de ses travaux.

Reconnue d’intérêt national par le ministère de la culture, l’exposition “L’Algérie” de Gustave Guillaumet est un incroyable voyage vers l’Orient. Elle nous offre une tendre histoire d’amour entre un peintre et un pays dont l’admiration était sans limite. Pour compléter l’exposition, je vous conseille le livre écrit par le peintre lui même, Tableaux Algériens, dans lequel il décrit de façon très poétique et avec beaucoup de tendresse, la vie pure et sereine d’une Algérie épargnée du colonialisme.

Imane Rachati