« If your pictures aren’t good enough, you’re not close enough » – Robert Capa

Je vous propose, en fond sonore, d’écouter cette chanson, sur laquelle l’article que vous vous apprêtez à lire est basé, et qui permet d’introduire la passionnante mais néanmoins tragique histoire de la vie de Gerda Taro et Robert Capa.

(version lyrics : https://www.youtube.com/watch?v=Mx2dROUwHak )

Cette chanson, écrite et interprétée par le groupe américain alternatif Alt-J, décrit les derniers instants du photographe Robert Capa, et rend hommage au couple de photographes de guerre, Robert Capa et Gerda Taro.

Entre ironie et tristesse, la chanson rapporte ainsi l’histoire de deux photographes de talent, révoltés, liés dans l’horreur des conflits.

Gerda Taro, née Gerta Pohorylle en 1910 à Stuttgart, est issue d’une famille juive bourgeoise d’origine polonaise.

Les idées de militante anti-fasciste qu’elle soutient s’accentuent avec la montée du nazisme.

Taro est contrainte de déménager.

Elle arrive à Paris en 1933, où elle découvre le monde de la photographie, fréquente les cafés de Montparnasse et est introduite dans le milieu des militants de gauche.

Elle entretient une relation amoureuse avec le hongrois Endre Friedmann.

Pour parvenir à faire décoller sa carrière et celle de son compagnon, elle propose de modifier leurs noms : elle sera désormais Gerda Taro, et lui, le photographe “américain”, Robert Capa.

Brunete, en Espagne, 1937.  Taro a 26 ans.

Avec son compagnon et collègue, elle couvre la guerre civile espagnole.

En ce jour de juillet, elle part seule en mission pour prendre quelques clichés, lorsqu’un char républicain percute la voiture dans laquelle elle se trouve.

La photographe meurt de ses blessures le lendemain.

portrait pris sur le vif par Gerda Taro, d’une femme membre d’une milice républicaine, en plein entraînement, Barcelone.

portrait pris sur le vif par Gerda Taro, d’une femme membre d’une milice républicaine, en plein entraînement, Barcelone.

Le travail de Gerda Taro restera longtemps caché et sous-estimé, mélangé avec celui de Capa.

Ses œuvres finiront par être redécouvertes des années après la mort de la photographe, donnant ainsi une toute nouvelle dimension au travail de sa vie.

Gerda Taro (immortalisée par son compagnon), se reposant contre une borne kilométrique.

Gerda Taro (immortalisée par son compagnon), se reposant contre une borne kilométrique.

Amour de Robert Capa, femme courageuse, belle, éduquée, mais aussi émancipée, politisée et symbole de l’antifascisme, dont l’art a souvent été maintenu dans l’ombre de celui de son compagnon, Gerda Taro semble désormais ressuscitée, grâce à de multiples recherches, de biographies, et même d’œuvres musicales qui nous permettent de la découvrir, ou la redécouvrir, elle et son travail, encore davantage.

Capa au cœur brisé et profondément marqué par la mort de Gerda Taro, désireux de se rapprocher au plus près de l’action, continue les reportages photos en zone de conflits. Il se porte volontaire lorsque le magazine Life cherche un photographe pour couvrir la guerre d’Indochine, et part explorer le terrain aux côtés de l’armée française.

Le 25 mai 1954, soucieux de capturer une photo parfaite, il s’écarte du chemin balisé et saute sur une mine. Il perd la vie quelques instants plus tard, 17 ans après la mort de Gerda Taro.

“Indochina, Capa jumps Jeep, two feet creep up the road

To photo, to record meat lumps and war

They advance as does his chance, oh

Very yellow white flash

A violent wrench grips mass, rips light, tears limbs like

rags

Burst so high finally Capa lands

Mine is a watery pit

Painless with immense distance”

Traduction :

“Indochine

Capa saute de la jeep, ses deux pieds grimpent sur le sol

Pour photographier, pour enregistrer les morceaux de viande

et la guerre

Ils avancent, et c’est sa chance — flash éblouissant

(très jaune et blanc)

Une violente masse l’attaque, la lumière déchire les

larmes, les membres comme des lambeaux

Projeté si haut, Capa atterrit enfin

La mine est un trou plein d’eau.

Sans douleur, très loin”

« The song’s about that period just before he steps on the landmine. The two seconds before and two seconds after. It’s a four-minute song about four seconds. » Joe Newman, chanteur de Alt-J.

Joe Newman explique ici que l’intégralité de leur chanson “Taro”, d’une durée d’environ quatre minutes, est axée sur les quatre secondes englobant la rencontre frontale et fatale de Capa avec le terrain miné vietnamien.

un des logos de l’album du groupe Alt-j, “An awesome Wave”, comprenant “Taro”.

un des logos de l’album du groupe Alt-j, “An awesome Wave”, comprenant “Taro”.

Joe Newman et le groupe Alt-J parviennent à souligner l’horreur et la brutalité de la scène, par cette œuvre musicale, tout en y ajoutant une certaine poésie qui laisse entendre que Capa rejoint finalement l’amour de sa vie, Gerda Taro. Chaque seconde, de l’explosion jusqu’à sa mort, les rapproche davantage.

“To Capa, to Capa, Capa dar after nothing

Reunited with his leg and with you, Taro”

(“Pour Capa, pour Capa, Capa le noir et après plus rien

Réuni avec sa jambe et toi, Taro”)

Clara Bousquet

Photos :

https://namu.wiki/w/%EB%A1%9C%EB%B2%84%ED%8A%B8%20%EC%B9%B4%ED%8C%8C

http://fotonotizie.blogspot.com/2009/03/mostra-fotografica-capa-gerda-taro.html

Liens :

https://standardandrichesofmusic.wordpress.com/2014/03/10/alt-j-hommage-camoufle-a-gerda-taro-et-robert-capa/

https://www.ina.fr/audio/PHD86038742/