Retour sur deux des plus belles compétitions équestres d’Europe

En l’espace de deux semaines en mars, deux des plus grands prestigieux concours de saut d’obstacles se sont tenus en Europe : la première étape du Rolex Grand Slam à ‘s-Hertogenbosch aux Pays-Bas et le Saut Hermès à Paris. Dans deux ambiances distinctes et aux enjeux totalement différents, les meilleurs cavaliers du monde du jumping se sont réunis pour s’affronter.

Rolex Grand Slam : Henrik von Eckermann s’impose

Le Rolex Grand Slam, circuit mythique du saut d’obstacles a débuté 2019 aux Pays-Bas pour sa deuxième édition, cette étape indoor ayant été rajoutée l’an passé. Pour remporter le Grand Slam, un cavalier doit s’imposer dans les quatre compétitions, qu’importe l’ordre du moment que ces victoires sont successives. Les quatre principaux tournois ont lieu en Europe et en Amérique du Nord : le CHIO d’Aix-la-Chapelle en Allemagne, le CSIO de Spruce Meadows à Calgary au Canada, le CHI de Genève en Suisse et enfin les Dutch Masters à ‘s-Hertogenbosch aux Pays-Bas. Le seul à avoir réussi cet exploit est le Britannique Scott Brash sur Hello Sanctos, à l’époque où l’étape néerlandaise n’avait pas encore été ajoutée, remportant Genève en 2014 puis Aix et Spruce Meadows en 2015.

L’aspect financier est évidemment à prendre en compte, des dotations de plusieurs millions étant en jeu, avec au total plus de 3 millions d’euros en cas de Grand Slam. À cela s’ajoutent divers bonus :

  • Bonus de deux millions d’euros en cas de victoire du circuit
  • Bonus d’un million d’euros en cas de trois victoires successives
  • Bonus de cinq cent mille euros en cas de deux victoires successives
  • Bonus de deux cent cinquante mille euros en cas de deux victoires dans un même cycle.

L’Egyptien Sameh El Dalah, vainqueur à Calgary et l’Allemand Marcus Ehning, vainqueur à Aix et Genève avaient fait le déplacement, et tous les regards étaient tournés vers eux, ces deux athlètes ayant le plus à jouer. Cependant aucun des deux ne se qualifiera pour le barrage, le centaure laissant une barre à terre et prenant un point de temps dépassé, tandis que le premier a malheureusement été éliminé suite à une chute.

Gagnant du Grand Prix Coupe du Monde d’Amsterdam en janvier dernier, le Suédois accompagnée de sa fidèle jument Toveks Mary Lou semble être en grande forme en ce premier quart de l’année de 2019. Parti à Den Bosch avec sa baie de treize ans pour un dernier 5* avant la finale Coupe du Monde qui aura lieu la première semaine d’avril, cet évènement “préparatoire” s’est soldé par un énorme succès.

Le couple n’avait couru que la grosse épreuve du vendredi soir, qualificative pour le Grand Prix Rolex et réalisant un précieux sans-faute, avait finalement décidé de ne pas participer au barrage, le ticket pour le Grand Prix étant décroché. Côté tricolore, Kévin Staut et Simon Delestre ont tous deux aussi participé à l’épreuve phare du dimanche. Leader du circuit Coupe du Monde, Daniel Deusser était aussi au départ, ainsi que le numéro un mondial Steve Guerdat, le champion d’Europe en titre Peder Fredricson, le tenant du titre Niels Bruynseels, ou encore le cavalier Rolex Kent Farrington.

Au grand désespoir du public local, aucun cavalier à la veste orange n’est parvenu à réaliser de parcours sans-faute dans le Grand Prix Rolex. Pourtant, Maikel van der Vleuten et Marc Houtzager, respectivement en selle sur Verdi TN et Sterrehof’s Calimero n’ont fait tomber aucune barre, mais piégés par le temps, ont terminé avec un point de pénalité, les privant de la finale à vitesse.

Au final, cinq hommes représentants quatre nations étaient au barrage : Henrik von Eckermann et Peder Fredricson pour la Suède, Daniel Deusser pour l’Allemagne, Niels Bruynseels pour la Belgique et Steve Guerdat pour la Suisse. Malheureusement pour le gagnant de l’édition 2018, une grosse faute a poussé le Belge à retirer sa Gancia de Muze, et donc de terminer à la cinquième place. Parcours difficile également pour Daniel Deusser et Scuderia Tobago Z qui ont laissé une barre à terre et un temps de 44”38 les menant à la quatrième place.

Carton plein donc pour la Suède qui figure deux fois sur le podium : à la première place grâce à Henrik von Eckermann et Toveks Mary Lou, double sans-faute en 40”45, mais aussi Peder Fredricson et H&M Christian K, quatre points en 41”60 à la troisième place. Se sont intercalés entre les deux, Steve Guerdat et Bianca, double sans-faute également mais avec une demi-seconde de retard sur le vainqueur. Après avoir également terminé deuxième à Genève, il n’y a pas de doute que le Suisse voudra prendre sa revanche à Aix et enfin décrocher la victoire !

Saut Hermès : le doublé pour Simon Delestre et Hermès Ryan des Hayettes

Alors que quelques jours avant le début des hostilités les doutes planaient encore quant au maintien de la compétition, GL events, organisateurs du Saut Hermès ont assuré le bon déroulement de l’évènement, malgré quelques perturbations le samedi suite à la mise en place d’un large périmètre de sécurité autour du Grand Palais.

La France a triomphé à domicile, sous la nef du Grand Palais, s’imposant chaque jour dans les épreuves 5*. Effectivement, le vice-champion du monde individuel et par équipe des Jeux Équestres Mondiaux de 2014, Patrice Delaveau, a remporté la Vitesse d’ouverture le vendredi, en selle sur Vestale de Mazure, avant que son compatriote Julien Epaillard ne s’impose à son tour quelques heures plus tard dans la grosse épreuve à 1.50m avec Usual Suspect d’Auge.

Bis repetita samedi après-midi, puisqu’Olivier Perreau s’offre sa toute première victoire en 5*, et pas des moindres puisqu’il s’agit d’une épreuve à 1.60m à barrage. En selle sur Venizia d’Aiguilly, il s’est imposé avec presque quatre secondes d’avance sur ses poursuivants. Les deuxième et troisième places sont occupés par les Irlandais : Mark McAuley deuxième avec Miebello, et Denis Lynch troisième grâce à Gun Powder.

Cependant, le clou du spectacle avait lieu dimanche : le Grand Prix Hermès. L’an dernier, en 2018, Simon Delestre et Hermès Ryan des Hayettes, couple Hermès, s’imposait et permettait à un Français de remporter l’épreuve pour la première fois depuis la création de la compétition. Le duo était évidemment le binôme favori pour cette dixième édition.

Avec près d’un tiers de parcours parfaits (quinze sur quarante-quatre), une belle finale à vitesse était attendue pour départager les meilleurs couples, une seule femme étant parvenue à se qualifier : Edwina Tops-Alexander (Australie), et trois tricolores : Simon Delestre, Kévin Staut et Patrice Delaveau.

Parmi les premiers à s’élancer au barrage, l’Espagnol Eduardo Alvarez Aznar et son fils de Chef Rouge, Seringat, ont réalisé un beau double sans-faute en 36”15. Pour son premier Grand Prix 5*, l’exceptionnel Dominator 2000 Z, monture de l’Allemand Christian Ahlmann, a débuté sa carrière au plus haut niveau de la plus belle des manières : l’étalon noir de neuf ans s’est offert une superbe deuxième place. Les tenants du titre, Simon Delestre et Hermès Ryan des Hayettes, ont ravi le public français et la maison Hermès : à domicile, le cavalier Hermès s’est imposé royalement avec son petit cheval alezan !

Marie-Juliette Michel