José Marti, l’Héraut de la « Patria Grande »

Il est de ces histoires qui tendent à s’oublier, il est de ces personnes dont l’héroïsme restera muet. Il est de ces vies perdues pour une cause oubliée. Il est de ces histoires à raconter.

Avant de vous conter dans cet article l’histoire d’un singulier personnage, laissez-moi vous raconter comment j’ai croisé sa route. L’été dernier, je suis allé à Cuba dans le cadre de mes études universitaires. Durant mon séjour sur la belle île des Caraïbes, j’imaginais entendre et voir énormément d’éloges sur Fidel Castro et Le Che en ignorant que Cuba compte d’innombrables personnages historiques fascinants et tout aussi importants dans le cœur des cubains. Carlos Manuel de Céspedes, le père de l’indépendance de Cuba ou Antonio Maceo, héro légendaire des guerres d’indépendance sont quelques exemples des autres histoires que Cuba peut nous raconter. Bien qu’il y ait de fabuleux récits à raconter sur ces deux personnages, j’ai choisi de vous parler d’une autre figure tout aussi légendaire : José Marti.

José Marti est une figure mythique de l’indépendantisme cubain et latino, il est sans doute l’homme le plus glorifié et le plus mythifié par le peuple cubain qui le considère comme le plus grand martyr de l’histoire cubaine.

Qui es-tu José Marti ? 

Marti est né le 20 janvier 1853 à la Havane, il s’engage très rapidement, dès l’âge de 15 ans, dans la lutte pour l’indépendance et l’anti-colonialisme espagnol en fondant un journal nationaliste cubain. Un an plus tard, il est arrêté pour trahison à six ans de travaux forcés, mais finalement, il sera libéré six mois plus tard et assigné à résidence. Pour échapper à ce contexte défavorable et à cette répression, il s’exile pendant quatre ans en Europe puis au Mexique. Il revient finalement à Cuba en profitant d’une amnistie des prisonniers politiques mais il se fera de nouveau arrêter et renvoyer en Espagne. Terre des exilés cubains, il finit par s’installer à New York et y vécut pendant quinze ans. De là, il continue ses activités politiques et intellectuelles pour la lutte contre le colonialisme. Il a pour objectif d’obtenir l’indépendance de Cuba en mobilisant le peuple et en le formant intellectuellement pour que les masses opprimées puissent, avec pleine conscience, choisir leur destin. José Marti se bat également pour l’égalité raciale, l’égalité économique et l’égalité des sexes.

Lorsque la guerre d’indépendance cubaine commence en 1895, José Marti n’hésite pas à porter les armes pour se battre pour son peuple, ses valeurs, ses idéaux et pour le monde qu’il souhaite et qu’il a imaginé dans ses écrits pour son peuple. Cependant, lors de sa première bataille contre les Espagnols, il trouve la mort le 19 mai 1895.

Le rêve de la Grande Amérique Latine.

Le désir profond habitant les peuples latinos est celui de créer l’unification de l’Amérique latine pour ainsi devenir un poids régional et mondial. C’est cette idée qui est au coeur de nombreuses révolutions latinos, dans le coeur de Simon Bolivar lorsque celui-ci entreprend les guerres d’indépendance en Amérique du Sud. Bien que ce projet soit popularisé par le Che et Castro, cette volonté date donc depuis bien longtemps et repose sur plusieurs intellectuels.

Marti a lui aussi toujours gardé en tête ce rêve de la  » patria grande », il active cette idée comme une stratégie révolutionnaire qui de nos jours se retrouve dans l’altermondialisme proposé par les peuples latino-américains par exemple.

Pour José Marti, la guerre serait pour l’indépendance, mais comprendrait davantage de buts : ce ne serait pas plus qu’un point de repère dans une stratégie politique à très long terme qui, commençant par Cuba, se poursuivrait par l’indépendance de Porto Rico et par l’unification progressive de l’Amérique latine, face aux tentatives expansionnistes des États-Unis, où les Antilles seraient le premier barrage. Avec cette stratégie, il garantirait l’élimination de tous les vestiges du colonialisme espagnol dans les sociétés latino-américaines et éviterait la création de nouvelles formes colonialistes états-uniennes. Dans le langage de notre temps, on appellerait ceci une stratégie continentale de libération nationale contre l’impérialisme. Il est indubitable que sur ce chemin, seul Bolivar a précédé Martí, lorsqu’il a exigé une union latino-américaine aussi puissante que celle qui se formait au nord de l’Amérique. Toutefois, les époques des deux hommes sont fort différentes ; Bolivar a dirigé la guerre pour l’indépendance de l’Amérique du Sud alors que les États-Unis entamaient leur expansion territoriale vers la côte du Pacifique, en arrachant les terres aux Indiens, et que la Grande-Bretagne dirigeait le concert du monde capitaliste développé ; Martí a connu les années décisives de la transition du capitalisme pré-monopoliste à l’impérialisme aux États-Unis, qui ont assuré leur hégémonie dans les pays des Caraïbes et se sont lancés à contester aux Européens le sud du continent. Ce qui fut une possibilité plus ou moins éloignée au temps de Bolivar était une réalité au temps de Martí. Pour lui, la libération totale de l’Amérique latine passe pas son unification et par la création d’une seule nouvelle république à l’échelle de la population latino-américaine. Une république, qui comme le voulait Marti, se distinguerait radicalement des républiques latino-américaines en place parce qu’elle combattrait la colonie qui survit en son sein. Malheureusement, la libération et l’indépendance de Cuba à la fin du XIX siècle ne dure pas longtemps. En effet, les Etats-Unis remplacent la domination européenne sur cette île en imposant un protectorat sur l’île ainsi qu’en mettant en place la doctrine Monroe sur toute l’Amérique latine.

José Marti est de ces personnes dont le romantisme révolutionnaire et intellectuel donne un souffle semblable aux plus beaux champs historiques. Ses valeurs, son rêve et ses idéaux l’ont poussé à faire l’ultime sacrifice d’une vie. Sans doute pour lui, ainsi que pour tout le peuple Cubain, la plus belle mort possible.

“La liberté coûte très cher et il faut, ou se résigner à vivre sans elle, ou se décider à la payer son prix” – José Marti

Baptiste Teychon